 {"id":97,"date":"2012-11-07T22:48:46","date_gmt":"2012-11-07T21:48:46","guid":{"rendered":"http:\/\/chanin.net\/index.php\/?p=97"},"modified":"2012-11-07T23:09:15","modified_gmt":"2012-11-07T22:09:15","slug":"escalades-dans-les-alpes-dedward-whymper","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/chanin.net\/index.php\/escalades-dans-les-alpes-dedward-whymper\/","title":{"rendered":"Escalades dans les Alpes, d&rsquo;Edward Whymper"},"content":{"rendered":"<h2>\u00ab\u00a0Escalades dans les Alpes de 1860 \u00e0 1869\u00a0\u00bb<br \/>\n(<em>Scrambles amongst the Alps<\/em>)<br \/>\nd&rsquo;Edward Whymper <a name=\"top\"><\/a><\/h2>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/w-cervin.GIF\" alt=\"dessin du Cervin par Whymper\" width=\"227\" height=\"226\" align=\"center\" \/><\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"#stmichel\">De Saint-Michel de Maurienne au Col des Aiguilles d&rsquo;Arves <\/a><\/li>\n<li><a href=\"#sausse\">Descente du col des Aiguilles d&rsquo;Arves sur les chalets de la Sausse <\/a><\/li>\n<li><a href=\"#martignare\">Mont\u00e9e au Col de Martignare vers la Grave<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#meije\">Observation de la Meije depuis les Aiguilles de la Sausse <\/a><\/li>\n<li><a href=\"#brechemeije\">La br\u00e8che de ma Meije <\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p align=\"center\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/w-pioletwhymper.gif\" alt=\"\" width=\"200\" \/><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<h3 ALIGN=left>De Saint-Michel de Maurienne au Col des Aiguilles   d&rsquo;Arves<a name=\"stmichel\"><\/a><\/h3>\n<p>Nous nous r&eacute;un&icirc;mes &agrave; Saint-Michel, sur la route du Mont-Cenis,   le 20 juin 1864, &agrave; midi, et le jour m&ecirc;me, nous nous dirige&acirc;mes   par le col de Valloires, sur le village du m&ecirc;me nom. Le fa&icirc;te   de ce d&eacute;licieux petit passage est &agrave; pr&egrave;s de 1050 m&egrave;tres   au-dessus de Saint-Michel, et de l&agrave; nous e&ucirc;mes une fort belle   vue sur les Aiguilles d&rsquo;Arve, groupe form&eacute; de trois pics de forme singuli&egrave;re,   et qui &eacute;tait l&rsquo;objet sp&eacute;cial de nos investigations. Ainsi que   d&rsquo;autres touristes, nous les avions vues, de bien. des points &eacute;loign&eacute;s;   et elles avaient toujours paru, &agrave; qui les regardait, tr&egrave;s &eacute;lev&eacute;es   et, presque inaccessibles; nous n&rsquo;avions pu obtenir sur aucune d&rsquo;elles d&rsquo;autres   renseignements que les quelques mots contenus dans l&rsquo;itin&eacute;raire du   Dauphin&eacute; par Joanne. Ayant, du col de Valloires, reconnu que, peut-&ecirc;tre,   pourrions-nous nous en approcher par la vall&eacute;e de Valloires,   nous nous h&acirc;t&acirc;mes d&rsquo;y descendre, afin d&rsquo;y trouver, pour la nuit,   quelque g&icirc;te aussi rapproche que possible de l&rsquo;entr&eacute;e de la petite   vall&eacute;e qui remontait jusqu&rsquo;aux Aiguilles.<\/p>\n<p> &Agrave; la nuit tombante, nous arriv&acirc;mes &agrave; l&rsquo;entr&eacute;e   de cette petite vall&eacute;e (vallon des Aiguilles d&rsquo;Arve), et nous y trouv&acirc;mes   quelques maisons situ&eacute;es juste &agrave; l&rsquo;endroit o&ugrave; nous d&eacute;sirions   qu&rsquo;elles fussent. La propri&eacute;taire nous re&ccedil;ut avec bienveillance,   et mit &agrave; notre disposition une vaste grange, sous la stricte condition   qu&rsquo;on n&rsquo;y allumerait pas de lumi&egrave;re et qu&rsquo;on n&rsquo;y fumerait pas la pipe;   d&egrave;s que nous nous f&ucirc;mes accord&eacute;s sur le prix demand&eacute;,   elle nous mena dans le chalet qu&rsquo;elle habitait, y fit flamber un feu superbe,   fit bouillir quelques litres de lait, et nous traita avec l&rsquo;hospitalit&eacute;   la plus cordiale.<\/p>\n<p> Le lendemain matin, nous d&eacute;couvr&icirc;mes que le vallon des Aiguilles   d&rsquo;Arve s&rsquo;&eacute;loignait dans l&rsquo;ouest de la vall&eacute;e de Valloires, et   que le village de Bonnenuit se trouvait situ&eacute;, dans cette derni&egrave;re,   presque exactement en face de la jonction des deux vall&eacute;es.<\/p>\n<p> <img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/w-croz.jpg\" align=\"right\" alt=\"Croz: un des guides savoyards de Whymper\" \/>Le   21, 3 heures 55 du matin, nous part&icirc;mes pour remonter le vallon, travers&acirc;mes   des p&acirc;turages, puis un d&eacute;sert pierreux, profond&eacute;ment ravin&eacute;   par les eaux. A 5 heures 30, nous distinguions tr&egrave;s nette-ment les   deux Aiguilles principales, et nous constations du m&ecirc;me coup que le   ing&eacute;nieurs charg&eacute;s de lever la carte de l&rsquo;&eacute;tat-major   sarde avaient fait sur ce point, comme &agrave; peu pr&egrave;s partout ailleurs,   un travail absolument fantaisiste ; force nous fut de tenir conseil.<\/p>\n<p> Trois questions furent pos&eacute;es :<\/p>\n<p>1&deg; Quelle est la plus &eacute;lev&eacute;e de ces Aiguilles? <\/p>\n<p>2&deg; Au sommet de laquelle devons-nous monter? <\/p>\n<p>3&deg; comment y parviendrons-nous?<\/p>\n<p> Les officiers d&rsquo;&eacute;tat-major fran&ccedil;ais avaient, disait-on, donn&eacute;   aux deux plus &eacute;lev&eacute;es les altitudes suivantes : 3509 m&egrave;tres,   3513 m&egrave;tres mais nous ne savions pas quelles &eacute;taient celles   qu&rsquo;ils avaient mesur&eacute;es. Joanne pr&eacute;tendait (mais sans sp&eacute;cifier   si ces renseignements s&rsquo;appliquaient aux trois Aiguilles) que l&rsquo;ascension   en avait &eacute;t&eacute; faite &agrave; plu-sieurs reprises, et que l&rsquo;une   d&rsquo;entre elles, celle qui mesure 3509 m&egrave;tres, &eacute;tait d&rsquo;un acc&egrave;s   relativement facile.<\/p>\n<p> Nous nous d&icirc;mes alors : nous allons faire l&rsquo;ascension du Pic qui a   3513 m&egrave;tres d&rsquo;altitude. Mais cette d&eacute;cision ne r&eacute;solvait   pas la seconde question. Le pic &laquo;relativement facile&raquo; &agrave;   escalader, selon Joanne, &eacute;tait, d&rsquo;apr&egrave;s la description qu&rsquo;il   en donnait le plus septentrional des trois. Le n&ocirc;tre devait donc &ecirc;tre   un des deux autres, mais lequel? Nous penchions en faveur de celui qui se   trouvait au milieu, mais nous &eacute;tions fort perplexes, car leur hauteur   paraissait sensible-ment &eacute;gale. Lorsque, cependant, le conseil vint   &agrave; examiner la troisi&egrave;me question : &laquo;Comment parviendrons-nous   au sommet ? &raquo; il fut admis. &agrave; l&rsquo;unanimit&eacute; que l&rsquo;ascension   &eacute;tait, sans aucun doute, relativement difficile par les versants oriental   et m&eacute;ridional, et qu&rsquo;il fallait con-tourner la montagne du c&ocirc;t&eacute;   septentrional.<\/p>\n<p> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/w-almer.gif\" width=\"204\" height=\"237\" align=\"right\" alt=\"Almer : un des guides de Whymper\" \/>Ce   mouvement fut donc ex&eacute;cut&eacute;, et, apr&egrave;s avoir gravi quelques   pentes de neige extr&ecirc;mement escarp&eacute;es, dont la pente, par endroits,   d&eacute;passait 40 degr&eacute;s, nous nous trouv&acirc;mes, &agrave; 8 heures   45, dans une esp&egrave;ce d&rsquo;entaille, ou de br&egrave;che, qui s&eacute;parait   l&rsquo;aiguille centrale de celle qui se trouve au nord du massif. Nous &eacute;tudi&acirc;mes   alors le versant septentrional du pic que nous projetions d&rsquo;escalader, et   fin&icirc;mes par conclure qu&rsquo;il &eacute;tait &agrave; peu pr&egrave;s impraticable.   Croz, haussant ses &eacute;normes &eacute;paules, s&rsquo;&eacute;cria : &laquo;Ma   foi ! Je crois que vous ferez bien de le laisser &agrave; d&rsquo;autres! Plus explicite   encore, Aimer d&eacute;clara que, m&ecirc;me pour mille francs, il ne s&rsquo;amuserait   pas &agrave; tenter cette escalade-l&agrave;. Nous tourn&acirc;mes alors nos   regards dans la direction du pic le plus septentrional, et v&icirc;mes que   son versant m&eacute;ridional paraissait plus impraticable encore que les   parois nord du pic central. En cons&eacute;quence, et assez &agrave; contre-c&#156;ur,   nous nous accord&acirc;mes le luxe d&rsquo;un repos de trois heures au sommet de   notre col, car nous &eacute;tions persuad&eacute;s que nous nous trouvions   sur un col.<\/p>\n<p> Nous aurions pu avoir une id&eacute;e plus mauvaise. Nous nous trouvions   &agrave; environ 3200 m&egrave;tres au-dessus du niveau de la mer, et jouissions   d&rsquo;une vue fort &eacute;tendue sur les montagnes de la Tarentaise; &agrave;   quelque distance dans le sud-est, nous voyions le roi du massif du Dauphin&eacute;,   avec lequel nous projetions de faire plus ample connaissance.<\/p>\n<h3>Descente du col des Aiguilles d&rsquo;Arves sur les chalets   de la Sausse<a name=\"sausse\"><\/a><\/h3>\n<p> Trois heures ensoleill&eacute;es s&rsquo;&eacute;coul&egrave;rent ainsi, puis   nous nous d&eacute;cid&acirc;mes &agrave; redescendre. Nous apercevions dans   le lointain les p&acirc;turages d&rsquo;une vall&eacute;e, que nous supposions &ecirc;tre   le vallon, ou ravin de la Sausse, dans la direction duquel descendait une   longue pente de neige. Mais des rochers &agrave; pic nous s&eacute;paraient   de cette pente de neige, et nous &ucirc;mes tout d&rsquo;abord l&rsquo;impression qu&rsquo;il   nous faudrait effectuer notre descente par le chemin que nous avions suivi   pour la mont&eacute;e. Cependant, apr&egrave;s avoir un peu explor&eacute;   les environs de l&rsquo;endroit o&ugrave; nous nous trouvions, nous fin&icirc;mes   par d&eacute;couvrir deux petits couloirs, remplis 4e filets de neige, et   nous r&eacute;sol&ucirc;mes de tenter la descente par le plus septentrional   des deux. Tout escarp&eacute; qu&rsquo;il f&ucirc;t, le chemin &eacute;tait s&ucirc;r,   car ce couloir &eacute;tait si &eacute;troit que nous pouvions &eacute;tayer   nos pieds sur l&rsquo;un de ses c&ocirc;t&eacute;s et nos &eacute;paules sur l&rsquo;autre   ; en outre, les derniers vestiges des neiges d&rsquo;hiver, bien durcis, adh&eacute;raient   au fond du couloir et nous offraient un point d&rsquo;appui solide l&agrave; o&ugrave;   les rochers nous le refusaient. En une demi-heure, nous atteign&icirc;mes   le haut de la grande pente de neige.<\/p>\n<p> &#8211; Nous pouvons descendre en glissant ! sugg&eacute;ra Walker.<\/p>\n<p> &#8211; Non! La pente est trop raide, r&eacute;pondirent les guides.<\/p>\n<p> Notre ami, cependant, s&rsquo;&eacute;lan&ccedil;a en se laissant glisser debout,   et pendant un moment, son adresse lui permit de descendre fort rapide-ment   dans cette position, mais bient&ocirc;t il perdit l&rsquo;&eacute;quilibre et se   mit &agrave; osciller sur ses jambes d&rsquo;une mani&egrave;re qui nous faisait   craindre de le voir, &agrave; chaque seconde, tomber la t&ecirc;te la premi&egrave;re.   Il laissa &eacute;chapper son piolet qui, glissant derri&egrave;re lui, <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/w-escalade.jpg\" width=\"168\" height=\"340\" align=\"right\" alt=\"escalade : un dessin de Whymper\" \/>vint   le frapper rudement. Pendant plus de cent m&egrave;tres, il d&eacute;vala   ainsi, c&ocirc;te &agrave; c&ocirc;te avec son piolet qui, tant&ocirc;t le   devan&ccedil;ait, tant&ocirc;t, ralenti dans sa course, demeurait en arri&egrave;re   ; enfin Walker finit par s&rsquo;arr&ecirc;ter dans les rochers situ&eacute;s au   bas de la pente. Nous f&ucirc;mes presque aussit&ocirc;t rassur&eacute;s sur   son compte, en l&rsquo;entendant nous prier ironiquement de ne pas le faire attendre   trop longtemps &agrave; l&rsquo;endroit o&ugrave; il se trouvait.<\/p>\n<p> Nous suiv&icirc;mes le chemin qu&rsquo;il nous avait ouvert, mais en faisant des   zigzags pour &eacute;viter les petits &icirc;lots rocheux qui &eacute;mergeaient   hors de la neige et qui l&rsquo;avaient fait tr&eacute;bucher. N&rsquo;ayant nulle envie   cependant d&rsquo;imiter ses acrobaties, nous nous laiss&acirc;mes glisser assis   et rejoign&icirc;mes ainsi notre ami au bas de la pente. Alors, par un angle   brusque, nous tourn&acirc;mes &agrave; gauche, et continu&acirc;mes notre   descente en suivant l&rsquo;ar&ecirc;te d&rsquo;une vieille moraine tr&egrave;s &eacute;lev&eacute;e.   Les boues de cette &lsquo;moraine &eacute;taient extr&ecirc;mement dures, et nous   &eacute;tions oblig&eacute;s d&rsquo;y tailler des marches avec nos piolets l&agrave;   o&ugrave; de grands blocs erratiques, perch&eacute;s sur sa cr&ecirc;te, nous   barraient le chemin.<\/p>\n<p> Guid&eacute;s par le mugissement &eacute;loign&eacute; des vaches, nous   e&ucirc;mes promptement d&eacute;couvert les chalets les plus &eacute;lev&eacute;s   de la vall&eacute;e, connus sous le nom de chalets de Rion   Blanc. Ils &eacute;taient habit&eacute;s par trois vieilles femmes   qui semblaient ignorer de la vie tout ce qui ne concernait pas les vaches,   et parlaient un patois barbare, presque inintelligible, m&ecirc;me pour le   Savoyard qu&rsquo;&eacute;tait Croz. Elles refus&egrave;rent obstin&eacute;ment   de croire que nous avions pass&eacute; entre les Aiguilles.<\/p>\n<p> &#8211; Ce n&rsquo;est pas possible, les vaches ne pourraient pas!<\/p>\n<p> &#8211; Pouvons-nous arriver &agrave; la Grave en franchissant L&rsquo;ar&ecirc;te qui   est l&agrave;-bas?<\/p>\n<p> &#8211; Oh oui ! les vaches l&rsquo;ont souvent travers&eacute;e <\/p>\n<p> &#8211; Pourriez-vous nous montrer le chemin?<\/p>\n<p> &#8211; Pas la peine! Vous n&rsquo;avez qu&rsquo;&agrave; suivre les traces laiss&eacute;es   par les vaches<\/p>\n<p> Nous nous arr&ecirc;t&acirc;mes un moment pr&egrave;s de ces chalets pour   examiner les flancs occidentaux des Aiguilles d&rsquo;Arve; &agrave; chacun de nous,   celle du centre parut aussi inaccessible de ce c&ocirc;t&eacute; que par l&rsquo;est,   le nord, ou le sud. Le lendemain, d&rsquo;une hauteur de 3350 m&egrave;tres, nous   &eacute;tudi&acirc;mes de nouveau les trois Aiguilles, vues du c&ocirc;t&eacute;   du sud-est, et notre opinion demeura la m&ecirc;me.<\/p>\n<p> Du 20 au 22 juin, nous examin&acirc;mes l&rsquo;Aiguille centrale sous toutes   ses faces, et f&icirc;mes le tour presque complet de celle qui se trouve au   sud. Nous v&icirc;mes &eacute;galement sous toutes ses faces, sauf sur le   versant nord, celle qui se trouve au nord, celle-l&agrave; m&ecirc;me dont   M. Joanne dit l&rsquo;ascension relativement facile par un versant que nous ne v&icirc;mes   pas; nous ne nous permettrons donc pas d&rsquo;&eacute;mettre une opinion sur la   plus ou moins grande facilit&eacute; de l&rsquo;ascension, sauf cependant en ce   qui con-cerne le sommet actuel. Il est form&eacute; par deux rochers en forme   de cornes ou d pointes singuli&egrave;res, et nous ne parvenons pas &agrave;   comprendre de quelle mani&egrave;re on peut les escalader l&rsquo;une aussi bien   que l&rsquo;autre; nous ne serions qu&rsquo;&agrave; demi surpris d&rsquo;apprendre quelque   jour que cette escalade n&rsquo;a &eacute;t&eacute; faite qu&rsquo;en imagination; tout   comme la c&eacute;l&egrave;bre ascension du Mont-Blanc qu&rsquo;on n&rsquo;avait pas accomplie   &laquo; tout &agrave; fait jusqu&rsquo;au sommet, mais bien jusqu&rsquo;au Montanvert!&raquo;<\/p>\n<p> Peut-&ecirc;tre bien ces trois Aiguilles seront-elles escalad&eacute;es   quelque jour, mais je n&rsquo;ai jamais vu de cimes qui m&rsquo;aient paru plus inaccessibles.   Elles forment les sommets les plus &eacute;lev&eacute;s de la cha&icirc;ne   qui s&eacute;pare<\/p>\n<p> les vall&eacute;es de la Romanche et de l&rsquo;Arc. Elles se dressent un peu   au nord du point de partage des eaux entre ces deux vall&eacute;es, et leurs   fa&icirc;tes s&rsquo;&eacute;l&egrave;vent sur une ligne qui suivrait presque exactement   la direction du Nord au Sud.<\/p>\n<p> Nous descend&icirc;mes, par un fort mauvais sentier, de Rion Blanc aux chalets   de la Sausse, qui donnent leur nom au vallon dans lequel ils sont   situ&eacute;s. C&rsquo;est une des nombreuses branches de la vall&eacute;e qui descendent   &agrave; Saint-Jean d&rsquo;Arve et de l&agrave; &agrave; Saint-Jean de Maurienne.<\/p>\n<h3>Mont&eacute;e au Col de Martignare vers la Grave.<a name=\"martignare\"><\/a><\/h3>\n<p> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/w-montagne.jpg\" width=\"283\" height=\"222\" align=\"right\" alt=\"paysage de montagne dessin&eacute; par Whymper\" \/>Deux   passages, plus ou moins connus, m&egrave;nent de cette vall&eacute;e au village   de la Grave (sur la route du Lautaret) dans   la vall&eacute;e de Romanche ; ce sont le col de l&rsquo;Infernet   et le col de Martignare. Le premier de ces   cols fut franchi en 1841, par le professeur J. D. Forbes, qui en a fait mention   dans son ouvrage sur la Norv&egrave;ge et ses Glaciers. Le second s&rsquo;ouvre   au nord du premier, et les touristes ne le traversent que rarement; toutefois,   comme il nous convenait mieux, nous nous m&icirc;mes en-route pour y monter   le matin du 22, apr&egrave;s avoir pass&eacute; dans le foin, aux chalets   de la Sausse, une nuit reposante, mais qui aurait pu &ecirc;tre plus agr&eacute;able   comme confort.<\/p>\n<p> Nous avions le dessein de nous rendre &agrave; la Grave (village situ&eacute;   sur la grande route qui va de. Brian&ccedil;on &agrave; Grenoble) en franchissant   les montagnes, et de faire, en route, l&rsquo;escalade de quelque cime suffisamment   &eacute;lev&eacute;e pour nous offrir une vue un peu plus compl&egrave;te   des Alpes du Dauphin&eacute; et en particulier de la grande cha&icirc;ne de   la Meije.<\/p>\n<p> Avant de quitter l&rsquo;Angleterre, une &eacute;tude approfondie de l&rsquo;itin&eacute;raire   de Joanne nous avait d&eacute;montr&eacute; que la route la plus courte de   La Sausse &agrave; la Grave &eacute;tait le Col de   Martignare, et que, de la cr&ecirc;te de ce col, il &eacute;tait   possible de faire l&rsquo;ascension d&rsquo;une sommit&eacute; &eacute;lev&eacute;e, appel&eacute;e   par Joanne le Bec de Grenier, et qui porte   aussi le nom d&rsquo;Aiguille de Gol&eacute;on.   Mais en &eacute;tudiant la carte sarde, nous y trouv&acirc;mes marqu&eacute;s   non pas un seul pic portant ces deux noms, mais bien deux sommets distincts;   l&rsquo;un, situ&eacute; juste au-dessus du col &#8211; le Bec de Grenier (dont la hauteur.   n&rsquo;&eacute;tait pas indiqu&eacute;e), l&rsquo;autre, situ&eacute; plus loin &agrave;   l&rsquo;Est, et un peu plus au sud du point, du partage des eaux &#8211; l&rsquo;Aiguille de   Gol&eacute;on (haute de 3430 m&egrave;tres) puis un tr&egrave;s grand glacier,   le glacier Lombard, qui s&rsquo;&eacute;tendait   entre les deux pics. D&rsquo;un autre c&ocirc;t&eacute;, la carte de l&rsquo;&eacute;tat-major   fran&ccedil;ais, dont. nous avions pu voir des &eacute;preuves, non encore   publi&eacute;es, ne donnait ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre de ces noms; mais un pic appel&eacute;   Aiguille de la Sausse (3312 m&egrave;tres)   y occupait la place assign&eacute;e sur la carte sarde au Bec de Grenier;   tandis que, plus loin, &agrave; l&rsquo;est, se trouvait un second pic sans nom   (3317 m&egrave;tres) qui n&rsquo;occupait pas du tout la position donn&eacute;e   &agrave; l&rsquo;Aiguille de Gol&eacute;on, dont, pas plus que du glacier Lombard,   il n&rsquo;&eacute;tait trace o&ugrave; que ce f&ucirc;t. Tous ces renseignements   &eacute;taient confus et peu satisfaisants ; mais comme nous &eacute;tions   convaincus de pouvoir escalader l&rsquo;une des pointes qui s&rsquo;&eacute;l&egrave;vent   &agrave; l&rsquo;est du col de Martignare nous r&eacute;sol&ucirc;mes de prendre   ce col pour base de nos op&eacute;rations.<\/p>\n<p> Nous quitt&acirc;mes les chalets &agrave; 4 h. 15 du matin. Nous nous dirige&acirc;mes   tout d&rsquo;abord vers l&rsquo;extr&eacute;mit&eacute; sup&eacute;rieure du ravin, puis   doubl&acirc;mes un long contrefort, et enfin grimp&acirc;mes dans la direction   du Col de Martignare, mais avant d&rsquo;en atteindre le sommet, il nous fallut   faire encore de longs zigzags avant de pouvoir reprendre noire route en ligne   droite. A 6 heures du matin, nous &eacute;tions parvenus au point de partage   des eaux, et pendant quelque temps, nous suiv&icirc;mes, dans la direction   de l&rsquo;est, la ligne de fa&icirc;te du col ; nous d&ucirc;mes nous en d&eacute;tourner   un peu vers le sud pour &eacute;viter une aiguille secondaire d&rsquo;assez belles   dimensions, qui nous emp&ecirc;chait de piquer droit vers la sommit&eacute;   que nous projetions d&rsquo;escalader. &Agrave; 9 heures 15, l&rsquo;escalade en &eacute;tait   termin&eacute;e, et de la sommit&eacute; o&ugrave; nous nous trouvions, d&rsquo;un   regard, nous pouvions embrasser la configuration de la contr&eacute;e qui   s&rsquo;&eacute;tendait &agrave; nos pieds.<\/p>\n<h3>Observation de la Meije depuis les Aiguilles de la Sausse<a name=\"meije\"><\/a><\/h3>\n<p> Nous avions &eacute;t&eacute; fort bien inspir&eacute;s dans le choix de   notre sommet. Sans parler de ses autres avantages, il nous- offrait une vue   superbe sur la cha&icirc;ne dont le point culminant est le pic   de la Meije (3987 m&egrave;tres) que les touristes d&eacute;signent   ordinairement sous le nom d&rsquo;Aiguille du Midi de la Grave.<\/p>\n<p> Vue du village de la Grave, cette montagne excite &agrave; juste titre l&rsquo;admiration   de tous ceux qui la contemplent; c&rsquo;est une des plus belles vues que pr&eacute;sentent   les grandes routes des Alpes. Seule l&rsquo;Orteer Spitze, vue du Stelvio, peut   en fait &ecirc;tre compar&eacute;e &agrave; la Meije, et les opinions de la   plupart des voyageurs qui ont admir&eacute; les sites penchent en faveur de   la premi&egrave;re. Mais on n&rsquo;est pas plus capable d&rsquo;appr&eacute;cier, de   la Grave, les proportions majestueuses de l&rsquo;Aiguille de la Meije, que de comprendre   l&rsquo;admirable sym&eacute;trie du d&ocirc;me de Saint-Paul, quand on le voit   du cimeti&egrave;re. Pour la voir dans toute sa beaut&eacute;, il faut &ecirc;tre   plac&eacute; &agrave; une plus grande distance et &agrave; une plus grande   hauteur<\/p>\n<p> Je ne tenterai pas de d&eacute;crire la Meije. Les m&ecirc;mes mots et les   m&ecirc;mes phrases doivent &ecirc;tre employ&eacute;s pour d&eacute;crire   bien d&rsquo;autres montagnes; leur r&eacute;p&eacute;tition devient fastidieuse,   et on se sent d&rsquo;ailleurs d&eacute;courag&eacute; &agrave; la pens&eacute;e   qu&rsquo;aucune description, si exacte et si &eacute;tudi&eacute;e soit-elle, ne   peut donner une id&eacute;e m&ecirc;me approximative de la r&eacute;alit&eacute;.<\/p>\n<p> La Meije, cependant, m&eacute;rite mieux qu&rsquo;une simple mention. C&rsquo;est la   derni&egrave;re des grandes sommit&eacute;s des Alpes qui n&rsquo;ait pas encore   &eacute;t&eacute; foul&eacute;e par le pied de l&rsquo;homme, et il serait difficile   d&rsquo;exag&eacute;rer les difficult&eacute;s que pr&eacute;sentent ses ar&ecirc;tes   dentel&eacute;es, ses glaciers torrentiels et ses effroyables pr&eacute;cipices.   Mais ce serait tenter l&rsquo;impossible que de vouloir d&eacute;crire ces merveilles   sans le secours du crayon, ou du pinceau, de m&ecirc;me qu&rsquo;on ne saurait exprimer   par des mots la gr&acirc;ce d&rsquo;une tourbe, la splendeur d&rsquo;une couleur, ou l&rsquo;harmonie   d&rsquo;un son.<\/p>\n<p> Pendant notre station au sommet de l&rsquo;Aiguille de la Sausse, notre attention   se concentra sur un point qui nous faisait exactement vis-&agrave;-vis, sur   une entaille, ou une br&egrave;che, qui s&rsquo;ouvrait entre la Meije et la montagne   appel&eacute;e le Rateau. C&rsquo;&eacute;tait   en fait pour &eacute;tudier cette br&egrave;che que nous avions fait l&rsquo;ascension   de l&rsquo;Aiguille. Elle avait tout &agrave; fait l&rsquo;aspect d&rsquo;un v&eacute;ritable   col. Personne ne l&rsquo;avait jamais travers&eacute;e, bien qu&rsquo;elle pr&eacute;sent&acirc;t   un passage tout indiqu&eacute;; aussi, les gens du pays l&rsquo;appelaient-ils tr&egrave;s   justement : la Br&egrave;che de la Meije.<\/p>\n<p> J&rsquo;avais, en 1860 et en 1861, remarqu&eacute; cette esp&egrave;ce de col,   mais, &agrave; cette &eacute;poque, l&rsquo;id&eacute;e de la franchir ne m&rsquo;&eacute;tait   pas venue. Nous ne la connaissions que par une reproduction photographique   de la feuille 189 de la grande carte de France, feuille non encore publi&eacute;e,   et que M. Tuckett avait bien voulu mettre &agrave; notre disposition. D&rsquo;apr&egrave;s   cette carte, il &eacute;tait &eacute;vident que, si nous r&eacute;ussissions   &agrave; traverser la Br&egrave;che, nous aurions suivi la route la plus directe   entre le village de la Grave et celui de la B&eacute;rarde, et que, par cette   route, la distance entre ces deux villages serait d&rsquo;un tiers moins longue   que par la route ordinaire qui traverse les villages de Freney et de V&eacute;nosc.<\/p>\n<p> Peut-&ecirc;tre le lecteur s&rsquo;&eacute;tonnera-t-il que personne avant nous   n&rsquo;ait essay&eacute; de franchir cette br&egrave;che. La raison en est fort   simple le versant m&eacute;ridional de la vall&eacute;e (vallon des Etan&ccedil;ons)   est inhabit&eacute;, et la B&eacute;rarde elle-m&ecirc;me est un mis&eacute;rable   hameau, sans int&eacute;r&ecirc;t, sans commerce et presque sans population.   Si nous voulions traverser ce col, c&rsquo;&eacute;tait tout simplement parce que   nous avions l&rsquo;intention de faire l&rsquo;ascension de la Pointe des Ecrins, dont   la B&eacute;rarde &eacute;tait l&rsquo;en-droit habit&eacute; le plus rapproch&eacute;.<\/p>\n<p> De l&rsquo;Aiguille de la Sausse, la travers&eacute;e de la Br&egrave;che nous   paraissait pr&eacute;senter de: tr&egrave;s grandes difficult&eacute;s. Nous   ne. pouvions, selon toute apparence, l&rsquo;approcher que d&rsquo;un seul c&ocirc;t&eacute;.   Nous distinguions au sommet. du passage une haute muraille de neige congel&eacute;e   ou de glace, si raide qu&rsquo;elle devait &ecirc;tre de la glace, prot&eacute;g&eacute;e   &agrave; sa base par une large crevasse qui la s&eacute;parait des champs   de neige situ&eacute;s au-dessous. En regardant un peu au-dessous, nous distinguions   des champs de neige dont les ondulations aboutissaient par leur. partie inf&eacute;rieure   &agrave; un grand glacier. Ces champs de neige ne paraissaient pr&eacute;senter   aucune difficult&eacute;, mais il n&rsquo;en &eacute;tait pas de m&ecirc;me du glacier   qui &eacute;tait comme labour&eacute; en tous sens; dans quelques endroits,   d&rsquo;&eacute;normes crevasses semblaient le traverser d&rsquo;un bord &agrave; l&rsquo;autre.<\/p>\n<p> Comment m&ecirc;me parvenir jusqu&rsquo;&agrave; ce glacier? &Agrave; sa base,   il se terminait brusquement par un rocher &agrave; pic, par-dessus lequel   il devait d&eacute;verser p&eacute;riodiquement des avalanches, comme en t&eacute;moignait   une vaste couche de d&eacute;bris de forme triangulaire, amass&eacute;e au-dessous.   Impossible. de nous aventurer de ce c&ocirc;t&eacute;, il fallait donc attaquer   le glacier par le flanc. De quel c&ocirc;t&eacute;? Pas par le c&ocirc;t&eacute;   ouest ; personne ne serait parvenu &agrave; escalader de pareils escarpements.   Ce ne pouvait donc &ecirc;tre que par les rochers de l&rsquo;est, qui avaient- eux-m&ecirc;mes   l&rsquo;apparence de roches moutonn&eacute;es.<\/p>\n<p> Nous descend&icirc;mes donc rapidement vers la Grave, pour savoir ce que   Melchior Anderegg, qui venait justement de traverser ce village avec la famille   de notre ami Walker, pourrait avoir &agrave; nous conseiller sur l&rsquo;exp&eacute;dition   que nous projetions de faire. Qui &eacute;tait Meichior Anderegg? Ceux qui   me posent cette question n&rsquo;ont s&ucirc;rement pas voyag&eacute; dans les Alpes   suisses, &agrave; l&rsquo;&eacute;poque dont je parle; car, alors, son nom y &eacute;tait   aussi c&eacute;l&egrave;bre que celui de Napol&eacute;on. Meichior, lui aussi,   &eacute;tait un empereur, un v&eacute;ritable prince parmi les guides. Son   empire &agrave; lui c&rsquo;&eacute;tait les glaces &eacute;ternelles, son sceptre   un piolet.<\/p>\n<p> Melchior Anderegg, plus famili&egrave;rement et plus g&eacute;n&eacute;ralement   connu sous son seul pr&eacute;nom de Melchior, &eacute;tait n&eacute; &agrave;   Zaun, pr&egrave;s de Meiringeti, le 6 avril 1828. Ce fut Hinchdiff, dans sa   petite notice intitul&eacute;e : Mois d&rsquo;&eacute;t&eacute; dans les Alpes,   qui r&eacute;v&eacute;la son nom au public. En 1855, Melchior &eacute;tait   pr&eacute;pos&eacute; au nettoyage des bottes &agrave; l&rsquo;h&ocirc;tel du GrimseL   Quand, &agrave; cette &eacute;poque, il accompagnait quelque exp&eacute;dition,   c&rsquo;&eacute;tait au b&eacute;n&eacute;fice de son patron, le tenancier de l&rsquo;h&ocirc;tel;   Melchior n&rsquo;avait droit qu&rsquo;au pourboire. En 1856 il alla &agrave; l&rsquo;auberge   de Schwarenbach sur la Gemmi, o&ugrave; il employait son temps &agrave; sculpter   de menus objets de bois qu&rsquo;il vendait aux touristes. En 1858 il entreprit   de nombreuses excursions avec MM. Hinchcliff et Stephen, et leur prouva qu&rsquo;il   poss&eacute;dait au plus haut degr&eacute; une adresse rare, jointe &agrave;   un courage indomptable et &agrave; un caract&egrave;re admirable. Depuis lors   sa r&eacute;putation s&rsquo;&eacute;tait &eacute;tablie, et pendant longtemps,   il n&rsquo;y eut pas de guide plus recherch&eacute; Il &eacute;tait d&rsquo;habitude retenu   une ann&eacute;e &agrave; l&rsquo;avance. Aucun accident n&rsquo;est jamais arrive, que   je sache, aux voyageurs dont il a &eacute;t&eacute; le guide. Ainsi que son   ami Almer, c&rsquo;&eacute;tait ce qu&rsquo;on pouvait appeler un homme s&ucirc;r, et   c&rsquo;est le plus grand &eacute;loge qu&rsquo;on puisse accorder &agrave; un guide de   premier rang.<\/p>\n<h3>La br&egrave;che de ma Meije<a name=\"brechemeije\"><\/a><\/h3>\n<p> Le lendemain matin, &agrave; 2 heures 40, nous quitt&acirc;mes la Grave,   travers&acirc;mes la Romanche quelques minutes apr&egrave;s notre d&eacute;part,   et &agrave; 4 heures, nous avions atteint la moraine de la branche orientale   du glacier, qui descend de la br&egrave;che. Les rochers que nous projetions   d&rsquo;escalader se dressaient entre les deux bras de ce glacier et nous paraissaient   toujours aussi polis et compacts. &Agrave; 5 heures, nous les avions atteints   et reconnaissions que leur apparence, de loin, nous avait tout &agrave; fait   tromp&eacute;s. On n&rsquo;aurait pas pu r&ecirc;ver d&rsquo;escalier plus commode; l&rsquo;aspect   poli qu&rsquo;ils pr&eacute;sentaient &agrave; une certaine distance, provenait   simplement de leur extraordinaire solidit&eacute;.<\/p>\n<p> En une heure nous nous &eacute;tions &eacute;lev&eacute;s au-dessus de la   partie la plus crevass&eacute;e du glacier, et commencions &agrave; chercher   un chemin qui nous y amen&acirc;t. Juste &agrave; l&rsquo;endroit o&ugrave; elle   pouvait nous &ecirc;tre utile, nous d&eacute;couvr&icirc;mes une plaque de   vieille neige, et au lieu de gagner le glacier par quelque escalade aventureuse,   nous pass&acirc;mes des rochers sur la glace aussi facilement que par un pont.   &Agrave; 6 heures et demie, nous &eacute;tions au centre du glacier, et les   habitants de la Grave, sortis en masse sur la route, nous suivaient, des yeux   avec stup&eacute;faction, en constatant que leurs pr&eacute;dictions se trouvaient   d&eacute;menties. Ils pouvaient en effet ouvrir de grands yeux, car notre   petite caravane, semblable de loin &agrave; une file de fourmis montant sur   un mur, s&rsquo;&eacute;levait de plus en plus haut, sans aucune h&eacute;sitation,   et sans aucune halte. Plus haut nous grimpions, plus l&rsquo;escalier devenait facile.   Les pentes diminuaient et nous acc&eacute;l&eacute;rions le pas. Quand &agrave;   7 heures 45, nous aper&ccedil;&ucirc;mes le sommet de la Br&egrave;che, nous   nous y &eacute;lan&ccedil;&acirc;mes avec furie comme sur une br&egrave;che   ouverte dans la muraille d&rsquo;une forteresse. Nous escalad&acirc;mes, en un dernier   effort, la pente raide qui domine le foss&eacute;, et &agrave; 8 heures 50,   nous atteignions la petite entaille, &agrave; 3369 m&egrave;tres d&rsquo;altitude.   La Br&egrave;che &eacute;tait conquise; nous avions gravi 1700 m&egrave;tres   en cinq heures un quart.<\/p>\n<p align=\"right\">pages 90 \u00e0 100 de la traduction fran\u00e7aise,<\/p>\n<p>\u00e9dit\u00e9e en 1912 par la librairie A. Jullien, Gen\u00e8ve<\/p>\n<p align=\"center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/w-pioletwhymper.gif\" alt=\"\" width=\"425\" height=\"120\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Escalades dans les Alpes de 1860 \u00e0 1869\u00a0\u00bb (Scrambles amongst the Alps) d&rsquo;Edward Whymper De Saint-Michel de Maurienne au Col des Aiguilles d&rsquo;Arves Descente du col des Aiguilles d&rsquo;Arves sur les chalets de la Sausse Mont\u00e9e au Col de Martignare vers la Grave Observation de la Meije depuis les Aiguilles de la Sausse La br\u00e8che &#8230; <a title=\"Escalades dans les Alpes, d&rsquo;Edward Whymper\" class=\"read-more\" href=\"http:\/\/chanin.net\/index.php\/escalades-dans-les-alpes-dedward-whymper\/\" aria-label=\"En savoir plus sur Escalades dans les Alpes, d&rsquo;Edward Whymper\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[6,5,4],"class_list":["post-97","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-document","tag-alpes","tag-escalade","tag-whymper"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/chanin.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/97","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/chanin.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/chanin.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/chanin.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/chanin.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=97"}],"version-history":[{"count":11,"href":"http:\/\/chanin.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/97\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":109,"href":"http:\/\/chanin.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/97\/revisions\/109"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/chanin.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=97"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/chanin.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=97"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/chanin.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=97"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}