 {"id":24,"date":"2012-11-02T21:40:22","date_gmt":"2012-11-02T20:40:22","guid":{"rendered":"http:\/\/chanin.cluster015.ovh.net\/?page_id=24"},"modified":"2012-11-09T12:21:14","modified_gmt":"2012-11-09T11:21:14","slug":"histoire-d-une-reconstruction","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/chanin.net\/index.php\/histoire-d-une-reconstruction\/","title":{"rendered":"une longue<\/br> histoire"},"content":{"rendered":"<h2 align=\"left\">Histoire de la d\u00e9couverte et de l&rsquo;achat de Chanin<br \/>\nou<br \/>\nle long chemin pour reprendre un chalet d&rsquo;alpage .<\/h2>\n<p><center><a href=\"http:\/\/chanin.net\/index.php\/histoire-dune-reconstruction-en-bref\/\">(Pour une version abr\u00e9g\u00e9e de l&rsquo;histoire cliquez ici<\/a>)<\/center><br \/>\n<a href=\"http:\/\/chanin.net\/actu\/actuimages\/2004\/Ete2004\/EchelleAig.jpg\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/actu\/actuimages\/2004\/Ete2004\/EchelleAigp.jpg\" alt=\"\" width=\"450\" height=\"300\" align=\"center\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"#1\">1. Les d\u00e9buts<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#2\">2. Opinel, ou la confirmation<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#3\">3. La d\u00e9couverte de Chanin<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#4\">4. Tractations<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#5\">5. le chalet de la Saussaz<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#6\">6. Acheter Chanin<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#7\">7. Les pr\u00e9paratifs de la reconstruction<br \/>\n<\/a><a href=\"#7a\">7a. Le mat\u00e9riel<br \/>\n<\/a><a href=\"#7b\">7b. Le bois<br \/>\n<\/a><a href=\"#7c\">7c. Le transport<br \/>\n<\/a><a href=\"#7d\">7d. La main d&rsquo;oeuvre et le cantonnement<br \/>\n<\/a><a href=\"#7e\">7e. Le chemin<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#8\">8. La reconstruction<\/a><br \/>\n<a href=\"#8a\">8a. L&rsquo;h\u00e9liportage<\/a><br \/>\n<a href=\"#8b\">8b. Le d\u00e9montage<\/a><br \/>\n<a href=\"#8c\">8c. La reconception d&rsquo;un chalet disparu<\/a><br \/>\n<a href=\"#8d\">8d. D\u00e9buts de reconstruction<\/a><br \/>\n<a href=\"#8e\">8e. La charpente<\/a><br \/>\n<a href=\"#8f\">8f. La cave<\/a><br \/>\n<a href=\"#8g\">8g. La couverture en bardeaux<\/a><br \/>\n<a href=\"#8h\">8h. La couverture en lauzes<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#contact\">Contact<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<h3><a name=\"1\"><\/a>1. Les d\u00e9buts.<\/h3>\n<p>Depuis f\u00e9vrier 1964, nous allions \u00e0 chaque vacances d&rsquo;hiver dans le petit village d&rsquo;Albiez le Vieux, au lieu dit du \u00a0\u00bb Mollard \u00ab\u00a0. A P\u00e2ques, la neige \u00a0\u00bb transform\u00e9e \u00ab\u00a0, c&rsquo;est-\u00e0-dire fondue en surface par le soleil de l&rsquo;apr\u00e8s-midi puis regel\u00e9e la nuit permettait de se promener facilement et sans danger d&rsquo;avalanches dans toute la montagne, hors des pistes.<\/p>\n<p>Ces conditions particuli\u00e8res \u00e9taient l&rsquo;occasion de fr\u00e9quentes \u00a0\u00bb ballades \u00a0\u00bb guid\u00e9es par \u00a0\u00bb Pierrot \u00ab\u00a0, le fid\u00e8le moniteur, ce que les deux a\u00een\u00e9s ont pratiqu\u00e9 intens\u00e9ment autour des \u00e2ges de 10 ou 12 ans, allant m\u00eame jusqu&rsquo;au sommet du mont Emy en montant droit dans les rochers en 1968. Mais sans faire des tours aussi importants, souvent et \u00e0 tout \u00e2ge, il y avait des excursions dans les alpages enneig\u00e9s, faisant entrer en nous la beaut\u00e9 de ces paysages, des maisons isol\u00e9es dans la montagne et de toute l&rsquo;ambiance tr\u00e8s particuli\u00e8re qui s&rsquo;y rattache. Un de nos buts favoris de ballade, et un des premiers que nous nous sommes aventur\u00e9s \u00e0 faire sans guide, \u00e9tait de rendre visite \u00e0 ce que nous appelions les \u00a0\u00bb chalets jumeaux \u00ab\u00a0. Il s&rsquo;agissait de 2 petits greniers accol\u00e9s, seuls et bien visibles sur la Praz. Comme ils \u00e9taient le but de cette promenade, nous \u00e9tions curieux de les admirer de pr\u00e8s, ainsi qu&rsquo;une ruine de chalet qui \u00e9tait sur le trajet. <a href=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/AplanFac.jpg\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/AplanFacp.jpg\" alt=\"Chalet des Aplanes\" width=\"400\" height=\"266\" align=\"right\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p>Autour de ces ann\u00e9es a \u00e9t\u00e9 construit le t\u00e9l\u00e9ski des \u00a0\u00bb Aplanes \u00a0\u00bb qui permettait d&rsquo;aller plus haut que le seul t\u00e9l\u00e9ski qui existait alors, il passait contre un groupe de deux chalets qui portait ce m\u00eame nom. L&rsquo;un appartenait \u00e0 une famille de riches propri\u00e9taires des lieux et des remonte-pentes. Il avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9nov\u00e9 et am\u00e9nag\u00e9 pour accueillir des groupes de colonies de vacances. L&rsquo;autre \u00e9tait curieusement construit en travers de la pente et avait gard\u00e9 son cachet de maison ancienne.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ce chalet qui nous a fait r\u00eaver en premier. Notre p\u00e8re nous laissait imaginer que nous pourrions le poss\u00e9der, nous faisions en imagination des projets sur ce que nous en ferions, et nous l&rsquo;avions baptis\u00e9 du nom d'\u00a0\u00bb Aplans \u00a0\u00bb pour le distinguer de l&rsquo;autre.<\/p>\n<p>Comme il n&rsquo;\u00e9tait plus utilis\u00e9 depuis quelques ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0, m\u00eame l&rsquo;\u00e9t\u00e9, nous avons cru qu&rsquo;il pourrait \u00eatre \u00e0 vendre. Apr\u00e8s enqu\u00eate dans le pays, le propri\u00e9taire se r\u00e9v\u00e9la en \u00eatre un certain habitant de la Cochette, hameau de la m\u00eame commune, mais plus bas et \u00e0 5 ou 6 kilom\u00e8tres de l\u00e0 o\u00f9 nous habitions.<\/p>\n<p>La d\u00e9cision fut prise, nous irions demander \u00e0 ce propri\u00e9taire s&rsquo;il consentirait \u00e0 nous vendre son chalet. Nous part\u00eemes en exp\u00e9dition \u00e0 la Cochette dans une grande excitation. Mais la r\u00e9ponse fut claire: non.<\/p>\n<p>La d\u00e9ception fut grande, mais le virus du chalet d&rsquo;alpage n&rsquo;\u00e9tait pas mort pour autant, au contraire.<\/p>\n<h3><a name=\"2\"><\/a>2. Opinel, ou la confirmation<\/h3>\n<p>En 1972, nous all\u00e2mes \u00e0 Albiez l&rsquo;\u00e9t\u00e9 pour la premi\u00e8re fois. Tr\u00e8s vite nous pr\u00eemes go\u00fbt aux promenades dans la montagne, \u00e0 aider au ramassage des foins et \u00e0 rencontrer tout ce peuple montagnard que l&rsquo;on ne voit pas vraiment vivre pendant l&rsquo;hiver.<\/p>\n<p>Un jour que nous \u00e9tions occup\u00e9s \u00e0 je ne sais quoi, peut-\u00eatre les foins comme tous les jours, nos parents \u00e9taient partis se promener sur ce qui restera toute leur vie leur promenade favorite: \u00a0\u00bb la route de la Praz \u00ab\u00a0, chemin de terre carrossable menant au bout du plateau sur lequel se trouvent les principaux alpages d&rsquo;Albiez. Mais ce jour-l\u00e0, ils eurent le courage de poursuivre au del\u00e0 de l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 de cette route pour suivre un sentier muletier, traverser un torrent, remonter une pente en lacets dans des arcosses, et aboutir sur une jolie prairie au sommet d&rsquo;une croupe sur laquelle se trouvaient quelques chalets dont le principal encore recouvert de chaume \u00e9tait occup\u00e9 par deux vielles femmes. Celles-ci portaient le nom d&rsquo;Opinel et louaient ce chalet comme alpage depuis d\u00e9j\u00e0 quelques ann\u00e9es et pour la derni\u00e8re fois \u00e0 une famille qui habitait maintenant Saint Jean de Maurienne.<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/opinel.jpg\" alt=\"\" width=\"413\" height=\"195\" align=\"Right\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>Nos parents furent \u00e9blouis par ces chalets, par le site, par la vue sur les Aiguilles d&rsquo;Arves, sur l&rsquo;isolement de ce lieu, par le pittoresque des occupantes, et revinrent enthousiastes nous raconter leur d\u00e9couverte, notre r\u00eave avait repris une forme encore plus s\u00e9duisante.<\/p>\n<p>L&rsquo;endroit s&rsquo;appelait \u00a0\u00bb Pr\u00e9-Naret \u00ab\u00a0, mais nous l&rsquo;appelions \u00a0\u00bb le chalet Opinel \u00a0\u00bb \u00e0 cause de ses derni\u00e8res habitantes. Comme pr\u00e9c\u00e9demment \u00a0\u00bb les Aplans \u00a0\u00bb il fut le support de r\u00eaves incessants, nous pensions comment nous l&rsquo;am\u00e9nagerions, comment nous retracerons le chemin, avec ce passage toujours \u00e9boul\u00e9 avant le torrent, et les arcosses qui envahissaient progressivement le chemin en lacet etc&#8230;<\/p>\n<p>Pendant trois ans, les s\u00e9jours \u00e0 \u00ab\u00a0Opinel \u00a0\u00bb furent innombrables. Nous y allions bien s\u00fbr l&rsquo;\u00e9t\u00e9, et \u00e0 partir de 1974 nous disposions de v\u00e9los, et aussi d&rsquo;une petite tente de montagne achet\u00e9e par notre p\u00e8re, et nous purent alors m\u00eame y passer la nuit et mieux explorer les environs.<\/p>\n<p>Et puis l&rsquo;hiver, \u00e0 P\u00e2ques les skis permettaient d&rsquo;aller visiter notre chalet de r\u00eave. Il reste en particulier le souvenir marquant de P\u00e2ques 75 o\u00f9 nous avions d\u00e9cid\u00e9 de passer la nuit l\u00e0-haut avec nos cousins Bernard et C\u00e9lie Cabane, mont\u00e9s le soir dans une neige d\u00e9sagr\u00e9able et avalancheuse, un bon feu nous avait r\u00e9chauff\u00e9 pr\u00e8s du chalet, puis l&rsquo;installation pour la nuit pour laquelle Marc et Louis furent \u00e0 la Belle Etoile, ne disposant que de deux tentes de deux places. R\u00e9veil au milieu de la nuit par des interpellations: \u00a0\u00bb Ouvrez Police \u00ab\u00a0: Une \u00e9quipe de secours venait \u00e0 la recherche de randonneurs disparus depuis deux jours derri\u00e8re la Basse de Gerbier, et le feu vu du village avait fait croire que nous \u00e9tions ceux-l\u00e0. L&rsquo;invraisemblance de cette conclusion par la distance qui nous s\u00e9parait du lieu pr\u00e9sum\u00e9 des randonneurs en difficult\u00e9 avait d\u00fb \u00eatre surmont\u00e9e par le plaisir des sauveteurs b\u00e9n\u00e9voles de se faire une bonne vir\u00e9e entre copains et peut-\u00eatre de toucher des d\u00e9dommagements&#8230; Toujours est-il que cette randonn\u00e9e nous fut injustement reproch\u00e9e et nous laissa \u00e0 la fois le souvenir d&rsquo;une aventure rare, et une certaine amertume.<\/p>\n<p>Cette nuit-l\u00e0, l&rsquo;\u00e9quipe de secours se trouvant sur place inutile \u00e0 4 heures du matin r\u00e9solut de passer la nuit sur place. Ils forc\u00e8rent donc le chalet en enfon\u00e7ant le volet fermant une petite fen\u00eatre. Ils firent du feu qui les enfuma rapidement faute d&rsquo;avoir d\u00e9bouch\u00e9 le tuyau de chemin\u00e9e, burent et s&rsquo;endormirent l\u00e0. Ce fut pour nous la seule fois o\u00f9 nous v\u00eemes l&rsquo;int\u00e9rieur du chalet. Le lendemain un h\u00e9licopt\u00e8re vint rechercher nos \u00a0\u00bb sauveteurs \u00a0\u00bb qui faute de s&rsquo;\u00eatre rendus utiles s&rsquo;\u00e9taient bien amus\u00e9s.<\/p>\n<p>Pendant ce temps des tractations avaient \u00e9t\u00e9 entreprises pour contacter les propri\u00e9taires, par l&rsquo;interm\u00e9diaire du gardien de l&rsquo;immeuble de nos parents: M. Jullien. Celui-ci nous dit qu&rsquo;ils ne voulaient pas vendre, mais notre interm\u00e9diaire nous assura que cela pouvait changer, o\u00f9 m\u00eame signifier le contraire. La r\u00e9ponse n&rsquo;\u00e9tait donc pas positive, mais elle ne nous emp\u00eachait pas d&rsquo;esp\u00e9rer, et donc nos r\u00eaves de continuer.<\/p>\n<p>Mais en montant \u00e0 Opinel un \u00e9t\u00e9 75 nous e\u00fbmes la surprise de voir que le chalet avait \u00e9t\u00e9 refait, consolid\u00e9, une plaque de bois clou\u00e9e sur la porte nous rappelait que nous n&rsquo;y serions jamais chez nous: \u00a0\u00bb Pr\u00e9 Naret, chez les z&rsquo;Eustaches \u00ab\u00a0. C&rsquo;\u00e9tait fini, ils ne le vendraient plus.<\/p>\n<p>Ce deuxi\u00e8me r\u00eave prenait fin.<\/p>\n<p>Or \u00e0 peu pr\u00e8s au m\u00eame moment, le premier de nos r\u00eaves mourait une seconde fois par le fait que pendant l&rsquo;hiver 74, une avalanche due \u00e0 des travaux d&rsquo;am\u00e9nagements des pistes au sommet des Aplanes avait par son souffle totalement ras\u00e9 le chalet des \u00a0\u00bb Aplans \u00ab\u00a0. Nous \u00e9tions quelque peu rassur\u00e9s alors de ne l&rsquo;avoir pas achet\u00e9 en son temps, mais c&rsquo;\u00e9tait pour nous encore un deuil.<\/p>\n<p>Les \u00e9t\u00e9s 75 et 76 nous ont alors vu arpenter la montagne pour voir s&rsquo;il existait un chalet d&rsquo;alpage capable de nous plaire. Mais le chalet que nous appelions \u00ab\u00a0Chaix \u00a0\u00bb au-dessus d&rsquo;Opinel manquait de caract\u00e8re, il ne comportait pas qu&rsquo;une \u00e9table sans pi\u00e8ce d&rsquo;habitation, et son univers pollu\u00e9 par un important bruit de torrent, les autres n&rsquo;avaient pas de vue, ou trop pr\u00e8s d&rsquo;une route&#8230; Rien.<\/p>\n<p>Et puis, au mois d&rsquo;ao\u00fbt 76, quelque chose se passe.<\/p>\n<h3><a name=\"3\"><\/a>3. La d\u00e9couverte de Chanin<\/h3>\n<p>Notre soeur Anne-Catherine, <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/carte25k.jpg\" alt=\"\" width=\"386\" height=\"323\" align=\"Right\" border=\"0\" \/>observant depuis le village le paysage et la montagne, remarque sur une cr\u00eate relativement \u00e9loign\u00e9e, sous la cime des Torches, un chalet tout seul, semblant r\u00e9gner sur une grosse croupe d&rsquo;herbe le soutenant comme un pr\u00e9sentoir au milieu des vall\u00e9es environnantes.<\/p>\n<p>La lecture de la carte apprit qu&rsquo;il s&rsquo;agissait du chalet de Chanin \u00e0 2200m d&rsquo;altitude, et qu&rsquo;il avait tr\u00e8s probablement une vue exceptionnelle.<\/p>\n<p>Une exp\u00e9dition fut vite mont\u00e9e pour aller visiter ce chalet myst\u00e9rieux. Le mot \u00ab\u00a0exp\u00e9dition \u00a0\u00bb n&rsquo;est pas trop fort, en effet, les parents \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 repartis avec la voiture \u00e0 Paris, il fallut dont aller \u00e0 pieds au village d&rsquo;Entraigues dans la commune de Saint Jean d&rsquo;Arves \u00e0 7 kilom\u00e8tres du Mollard, et de l\u00e0 entamer les plus de 1000 m\u00e8tres de d\u00e9nivellation jusqu&rsquo;au chalet. Le chemin \u00e0 suivre \u00e9tait relativement \u00e9vident sur la carte, mais sur le terrain ce n&rsquo;\u00e9tait pas tr\u00e8s simple. D&rsquo;Entraigues, il fut d\u00e9cid\u00e9 de rejoindre le Besset du dessous, puis de couper \u00e0 travers pr\u00e9s vers le chemin horizontal du Monzart. (Il n&rsquo;y a en effet pas de chemin direct depuis Entraigues puisque Chanin \u00e9tait atteint depuis la Villette). Le chemin ensuite se suivait bien avec sa charmante travers\u00e9e suspendue jusqu&rsquo;aux Ram\u00e9es, son impressionnant passage au-dessus du torrent du Vallon, puis l&rsquo;interminable mont\u00e9e du autre c\u00f4t\u00e9, les agr\u00e9ables lacets dans le Motey, d\u00e9licatement ombrag\u00e9 par des arbres isol\u00e9s qui fut baptis\u00e9 alors de \u00a0\u00bb paradis \u00ab\u00a0, puis une difficile travers\u00e9e dans des arcosses, et enfin un chemin tellement embroussaill\u00e9 qu&rsquo;il fut d\u00e9cid\u00e9 de rejoindre la cr\u00eate de Chanin au dessus de l&rsquo;Arcosse pour monter droit hors sentier vers le Chalet.<\/p>\n<p>Cinq heures apr\u00e8s le d\u00e9part, l&rsquo;arriv\u00e9e au Chalet fut un \u00e9blouissement. Suspendu en pleine montagne, le chalet en assez bon \u00e9tat offrait une vue splendide et unique sur toutes les Alpes, allant depuis les Aiguilles d&rsquo;Arves bien d\u00e9tach\u00e9es, jusque devant lui s&rsquo;\u00e9tendant vers le Mont Blanc \u00e0 pr\u00e8s de 100 km de l\u00e0. Le Chalet, sur un petit replat agr\u00e9able \u00e9tait charmant, un simple fil de fer maintenant la porte ferm\u00e9e permis d&rsquo;en visiter l&rsquo;int\u00e9rieur qui \u00e9tait sobre et rustique mais encore tout plein de t\u00e9moignages de la vie des alpages. Une toute petite fen\u00eatre carr\u00e9e donnait sur cette vue couronn\u00e9e par le Mont-Blanc. Un chemin partant horizontalement permettait d&rsquo;atteindre une source merveilleuse de fra\u00eecheur et au go\u00fbt unique. Tout cela, m\u00eal\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ambiance unique d&rsquo;un alpage de haute altitude, et \u00e0 la satisfaction d&rsquo;arriver apr\u00e8s une longue randonn\u00e9e fit que ce chalet apparut imm\u00e9diatement comme \u00e9tant le plus beau chalet que l&rsquo;on n&rsquo;ait jamais pu voir. Il avait la plus belle vue, le meilleur emplacement, il \u00e9tait le plus isol\u00e9, le plus haut, il \u00e9tait en bon \u00e9tat, et puis, sans que l&rsquo;on puisse dire pourquoi, une sympathie imm\u00e9diate s&rsquo;\u00e9tablit, comme un coup de foudre.<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/planorig.jpg\" alt=\"\" width=\"354\" height=\"204\" align=\"Right\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>Le lendemain, une lettre m&rsquo;\u00e9tait envoy\u00e9e alors que j&rsquo;\u00e9tais en s\u00e9jour \u00e0 New-York pour raconter en d\u00e9tail cette d\u00e9couverte extraordinaire, et depuis ce jour, ce chalet auquel on n&rsquo;avait jamais fait attention fut une \u00e9vidence dans le paysage, tant on le voyait bien, seul sur sa cr\u00eate et tant on le voyait de partout.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la rentr\u00e9e \u00e0 Paris, Chanin fut le sujet de bon nombre de discussions, on en parlait, on essayait de m&rsquo;expliquer \u00e0 moi qui n&rsquo;avais pas eu la chance de le voir \u00e0 quoi il ressemblait et de me faire vivre une partie de l&rsquo;\u00e9motion de la d\u00e9couverte. Cela fut si bien fait qu&rsquo;une autre exp\u00e9dition fut d\u00e9cid\u00e9e pour la Toussaint, afin que je puisse me rendre compte moi-m\u00eame.<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/chanin1.jpg\" alt=\"\" width=\"232\" height=\"157\" align=\"Right\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;arriva le 1er novembre 1976. Les deux fr\u00e8res a\u00een\u00e9s avaient d\u00e9cid\u00e9 de monter \u00e0 Chanin co\u00fbte que co\u00fbte, et d&rsquo;y passer la nuit. Le temps n&rsquo;\u00e9tait pas au beau. Mais qu&rsquo;importe, \u00e0 Albiez, c&rsquo;\u00e9tait supportable. C&rsquo;\u00e9tait sans compter la diff\u00e9rence d&rsquo;altitude et l&rsquo;aggravation qui devait survenir&#8230;<\/p>\n<p>Nous avions d\u00e9cid\u00e9 de partir \u00e0 v\u00e9lo pour \u00e9viter de la fatigue jusqu&rsquo;\u00e0 Entraigues. Ceux-ci furent donc encha\u00een\u00e9s dans un buisson au-dessus du torrent \u00e0 la sortie d&rsquo;Entraigues, et nous part\u00eemes sur le m\u00eame chemin que celui emprunt\u00e9 quelques mois auparavant pour la premi\u00e8re d\u00e9couverte.<\/p>\n<p>Il faisait gris, le chemin \u00e9tait glissant et difficile, mais la mont\u00e9e se fit n\u00e9anmoins sans trop de difficult\u00e9. L&rsquo;arriv\u00e9e au chalet fut comme toujours une grande joie, mais ce jour-l\u00e0, point de vue, de la neige qui commen\u00e7ait \u00e0 tomber, un froid intense et un blizza<a href=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/76L.jpg\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/76Lp.jpg\" alt=\"Chanin\" width=\"400\" height=\"265\" align=\"right\" border=\"0\" \/><\/a>rd transper\u00e7ant toutes nos \u00e9paisseurs.<\/p>\n<p>A trois heures de l&rsquo;apr\u00e8s-midi, nous p\u00e9n\u00e9tr\u00e2mes dans le Chalet, dont la porte \u00e9tait d&rsquo;ailleurs grande ouverte, par suite sans doute d&rsquo;un acte de malveillance&#8230;<\/p>\n<p>Mais cette cuisine de Chanin, si s\u00e9duisante dans sa rusticit\u00e9 l&rsquo;\u00e9t\u00e9, \u00e9tait devenue fort peu accueillante. Un courant d&rsquo;air important la traversait de part en part, aggrav\u00e9 par le fait que le pignon du mur de pierre c\u00f4t\u00e9 est \u00e9tait tomb\u00e9. L&rsquo;\u00e9t\u00e9 cela ne g\u00eanait pas, mais l\u00e0&#8230; Bien enferm\u00e9s dans cet abris pr\u00e9caire, non b\u00fbmes un chocolat chaud, nous visit\u00e2mes le chalet, nous f\u00eemes l&rsquo;inventaire de ce qui s&rsquo;y trouvait, de la vaisselle contenue dans la table, et il n&rsquo;\u00e9tait gu\u00e8re plus que trois heures et demi ou quatre heures. Que faire alors pour attendre jusqu&rsquo;\u00e0 la nuit? Nous n&rsquo;avions rien \u00e0 faire et il faisait de plus en plus mauvais, venteux et froid.<\/p>\n<p>Alors nous d\u00e9cid\u00e2mes de redescendre. Nous en avions assez vu. Trois photos furent prises du chalet, un billet fut laiss\u00e9 sur la table pour remercier le propri\u00e9taire de l&rsquo;abri et l&rsquo;avertir que la porte avait \u00e9t\u00e9 ouverte et que nous l&rsquo;avions ferm\u00e9e, nous rembarqu\u00e2mes nos duvets, notre r\u00e9chaud \u00e0 gaz et en route par le m\u00eame chemin. La neige tombait alors \u00e0 gros flocons. Une quatri\u00e8me photo fut prise dans les lacets du Motey puis, mouill\u00e9s et frigorifi\u00e9s, ce fut l&rsquo;enfer d&rsquo;un chemin rendu extr\u00eamement glissant par la neige sur lequel nous tombions sans arr\u00eat. Un paysan fut rencontr\u00e9 sur le chemin vers les Ram\u00e9es, il venait d&rsquo;aller fermer les portes de ses chalets au Vallon, et il nous vit partir plus souvent sur les fesses que sur nos jambes \u00e0 travers pr\u00e9 pour rejoindre le Besset du dessous. <a href=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/76Mp.jpg\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/76Mp.jpg\" alt=\"\" width=\"263\" height=\"400\" align=\"left\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p>Les v\u00e9los retrouv\u00e9s vers 6h du soir, il n&rsquo;y avait plus qu&rsquo;\u00e0 remonter \u00e0 Albiez. Mais nous avions pris de vieux v\u00e9los lourds et avec les sacs, apr\u00e8s nous \u00eatre laiss\u00e9s gliss\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 Belleville, c&rsquo;est en poussant les v\u00e9los qu&rsquo;\u00e9puis\u00e9s nous entrepr\u00eemes les 5 kilom\u00e8tres qui nous s\u00e9paraient de la maison, un petit poste de radio fix\u00e9 sur le porte bagage nous distrayant un peu de notre effort. A chaque bruit de moteur, nous esp\u00e9rions qu&rsquo;une camionnette pourrait nous prendre avec nos v\u00e9los&#8230; mais pas un m\u00e8tre de route nous fut \u00e9pargn\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;exp\u00e9dition fut dure, mais une certitude \u00e9tait maintenant incontournable, Chanin \u00e9tait un chalet unique et merveilleux, c&rsquo;\u00e9tait lui qu&rsquo;il nous fallait. Mais cette fois, nous f\u00fbmes l\u00e2ch\u00e9s par nos parents, qui trouvaient ce chalet trop loin, trop inaccessible, et puis pas dans leur pays. Aussi, ce n&rsquo;est que le 4 septembre 1977 que nous sommes all\u00e9s demander \u00e0 la mairie le nom du propri\u00e9taire de ce chalet. Il n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaire \u00e0 l&#8217;employ\u00e9 municipal de consulter le cadastre, il nous a imm\u00e9diatement dit qui \u00e9tait le propri\u00e9taire. Son nom \u00e9tait bien connu \u00e0 Saint Jean d&rsquo;Arves. Mais \u00e0 quoi bon aller le voir puisque nous n&rsquo;avons aucune possibilit\u00e9 financi\u00e8re de l&rsquo;acheter ?<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/76MMp.jpg\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/76MMp.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"262\" align=\"middle\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<h3><a name=\"4\"><\/a>4. Tractations<\/h3>\n<p>Au cours de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1978, le probl\u00e8me de financement s&rsquo;engage mieux puisque Marc entrant dans une \u00e9cole de fonctionnaire (l&rsquo;IGN), il recevra un salaire. Aussi le 5 septembre 1978 nous sommes all\u00e9s au Villard \u00e0 la maison du propri\u00e9taire. Nous sommes re\u00e7us par sa m\u00e8re, qui est tout \u00e0 fait favorable \u00e0 notre projet. Malheureusement ce n&rsquo;est pas elle seule qui est propri\u00e9taire, mais ses 5 enfants depuis le partage au d\u00e9c\u00e8s de son mari. Mais encourageante, elle nous dit qu&rsquo;elle va en parler \u00e0 son fils&#8230;<\/p>\n<p>Au d\u00e9but de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 suivant, Louis, Anne-Catherine et \u00c9tienne sont seuls \u00e0 Albiez (les parents sont \u00e0 <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/chanin2.jpg\" alt=\"\" width=\"219\" height=\"122\" align=\"Right\" border=\"0\" \/>Paris, Marc est en stage en Dordogne). Apr\u00e8s 2 jours d&rsquo;entra\u00eenement intensifs, les 3 courageux engagent \u00e0 la sueurs de leurs muscles de plusieurs trajets pour reprendre les tractations. D&rsquo;abord un aller et retour pour reconna\u00eetre l&rsquo;\u00e9tat de Chanin (un peu plus us\u00e9, mais encore en bon \u00e9tat), puis 2 tentatives pour finalement aller \u00e0 v\u00e9lo voir le propri\u00e9taire, qui les re\u00e7ut dehors, pour lui demander s&rsquo;il voulait vendre son chalet. La r\u00e9ponse fut plut\u00f4t n\u00e9gative, mais surtout tr\u00e8s \u00e9vasive. \u00a0\u00bb Je ne sais pas, il faut demander \u00e0 la famille \u00ab\u00a0: 5 fr\u00e8res et soeurs diss\u00e9min\u00e9s dans toute la France. \u00a0\u00bb On en parlera, repassez plus tard \u00ab\u00a0. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas tr\u00e8s encourageant, mais tout espoir \u00e9tait permis, on pouvait donc se mettre \u00e0 r\u00eaver, et nous ne nous en priv\u00e2mes pas.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/chanin3.jpg\" alt=\"\" width=\"171\" height=\"188\" align=\"Right\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>La famille des propri\u00e9taires va se consulter et r\u00e9fl\u00e9chir pendant tout l&rsquo;\u00e9t\u00e9. Le 29 septembre 1979, Louis descend de Paris pour aller reprendre la Land Rover beige qui \u00e9tait en r\u00e9paration, il en profite pour aller voir le propri\u00e9taire. L&rsquo;espoir se pr\u00e9cise, La famille des propri\u00e9taires est d&rsquo;accord pour vendre mais demande que nous fassions une offre. La difficult\u00e9 est qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de march\u00e9 du chalet perdu et le prix pourrait \u00eatre n&rsquo;importe quoi, et le propri\u00e9taire refuse absolument de donner la moindre indication de ce qui lui semblerait normal. Nous t\u00eenmes conseil entre nous, et nous envoyons une lettre offrant 5 000 francs. Faute de r\u00e9ponse, et faute d&rsquo;avoir un t\u00e9l\u00e9phone pour l&rsquo;appeler, nous organis\u00e2mes d&rsquo;aller passer le week-end des 13-14 octobre l\u00e0-bas pour conna\u00eetre sa r\u00e9ponse. Par mesure d&rsquo;\u00e9conomie, nous pr\u00eemes un train de nuit en place assise, bien que fatigu\u00e9s, nous pass\u00e2mes une jolie journ\u00e9e d&rsquo;automne \u00e0 la montagne, mais le propri\u00e9taire nous dit que pour cette somme il ne fallait m\u00eame pas y compter, que divis\u00e9e en 5 il n&rsquo;en restait pratiquement rien, et qu&rsquo;il n&rsquo;en \u00e9tait donc pas question. La d\u00e9ception fut grande, notre offre trop basse a tout arr\u00eat\u00e9. Une nouvelle proposition de 13 000 f par lettre ne permettra pas de relancer les n\u00e9gociations.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/79.jpg\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/79p.jpg\" alt=\"Chanin en 1979\" width=\"400\" height=\"265\" align=\"left\" border=\"0\" \/><\/a>Malheureusement, pour ce chalet et pour ce qu&rsquo;il repr\u00e9sente comme t\u00e9moignage de la vie rurale d&rsquo;autrefois, ses propri\u00e9taires pr\u00e9f\u00e9raient alors voir leur chalet se d\u00e9grader doucement que de le c\u00e9der \u00e0 un prix peu \u00e9lev\u00e9 \u00e0 des amoureux qui en prendraient soin. Les ann\u00e9es suivantes nous virent r\u00e9guli\u00e8rement monter \u00e0 Chanin pour le plaisir, et faire des visites r\u00e9guli\u00e8res au propri\u00e9taire \u00e0 v\u00e9lo pour lui demander si il avait enfin pu prendre une d\u00e9cision en contactant ses fr\u00e8res et soeurs. Comme d&rsquo;habitude, il nous recevait dehors mais amicalement, et nous discutions l\u00e0 d&rsquo;abord quelque temps avec la grand m\u00e8re, lui et ses deux soeurs, leur faisant parler de la vie des alpages, avant de reposer la question fatidique dont la r\u00e9ponse \u00e9tait toujours report\u00e9e \u00e0 plus tard. En fait, la grand-m\u00e8re \u00e9tait favorable \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de nous le vendre pour qu&rsquo;il ne tombe pas en ruine, mais le propri\u00e9taire gardait l&rsquo;id\u00e9e vague et id\u00e9aliste de remonter l\u00e0-haut, au moins pour la chasse (ce qu&rsquo;il ne fera jamais).<\/p>\n<p>Il faut dire en effet que le Chalet commen\u00e7ait \u00e0 se d\u00e9grader s\u00e9rieusement. Aux alentours de 77, des t\u00f4les furent arrach\u00e9es sur le fa\u00eete du toit, ce qui permit \u00e0 la neige et \u00e0 la pluie de tomber dans la grange, de mouiller le foin qui y restait, ayant pour effet de le pourrir avec les planches qui le supportaient pour finalement, quelques ann\u00e9es plus tard s&rsquo;effondrer en cassant deux entraits de la charpente. Tr\u00e8s rapidement donc, on ne put plus entrer dans la cuisine, et encore moins dans l&rsquo;\u00e9curie puisque tout l&rsquo;\u00e9tage du dessus \u00e9tait pass\u00e9 en dessous. <a href=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/82.jpg\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/82p.jpg\" alt=\"Chanin en 1982\" width=\"400\" height=\"261\" align=\"right\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/82.jpg\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/chanin4.jpg\" alt=\"\" width=\"252\" height=\"194\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p>Et puis un \u00e9t\u00e9, en 1982, nous d\u00e9couvr\u00eemes que la porte de la grange avait \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9e, probablement par un coup de vent, celui-ci s&rsquo;engouffrant dans le trou du toit, et provoquant une surpression \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la grange. D&rsquo;autres t\u00f4les ont continu\u00e9 \u00e0 partir, on pouvait les voir en montant \u00e0 Chanin, r\u00e9parties le long du chemin, jusqu&rsquo;\u00e0 plus de 100m en d\u00e9nivel\u00e9es en dessous du chalet.<\/p>\n<p>D\u00e9s ce moment, le chalet \u00e9tait en danger de mort, ces ouvertures permettant au vent particuli\u00e8rement violent l&rsquo;hiver sur cette cr\u00eate de s&rsquo;engouffrer dans le chalet, et de le gonfler comme une montgolfi\u00e8re.<\/p>\n<p>Et ce qui devait arriver arriva.<\/p>\n<p>En montant avec un groupe de scouts \u00e0 la Toussaint 1985 l&rsquo;horreur in\u00e9vitable se r\u00e9v\u00e9la avoir eu lieu: le vent avait pris le toit, l&rsquo;avait d\u00e9plac\u00e9 de deux m\u00e8tres lat\u00e9ralement vers l&rsquo;Est, et d&rsquo;un m\u00e8tre vers le sud, pour le laisser retomber \u00e0 cheval sur le mur de pierre, brisant tout les entraits restant, d\u00e9molissant une partie du mur, et l&rsquo;arri\u00e8re du toit tombant \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du chalet. Vu d&rsquo;en bas, on ne voyait pas grand-chose, parce que le triangle du toit demeurait bien visible, tout au plus \u00e9tait-il abaiss\u00e9 d&rsquo;un m\u00e8tre, et d\u00e9plac\u00e9 hors de ses murs, mais sur place, les d\u00e9g\u00e2ts apparaissaient \u00e9videmment comme consid\u00e9rables.<\/p>\n<p>De ce jour, nous mont\u00e2mes moins souvent \u00e0 Chanin, la peine de voir ce chalet bless\u00e9 et agonisant \u00e9tant trop forte. Nous avons continu\u00e9 de demander au propri\u00e9taire s&rsquo;il ne voulait toujours pas c\u00e9der son chalet, esp\u00e9rant que cet accident le d\u00e9ciderait, mais il n&rsquo;\u00e9tait toujours pas d\u00e9cid\u00e9. Il ne se rendait pas compte vraiment des d\u00e9g\u00e2ts, ceux-ci ne se voyant pas tellement du bas, disait qu&rsquo;il remonterait l\u00e0-haut pour le r\u00e9parer, que c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;histoire d&rsquo;une semaine, ou qu&rsquo;il r\u00e9utiliserait les mat\u00e9riaux pour faire un petit abri pour chasseurs dans le fond de ce qui restait de la maison. Quelle horreur.<\/p>\n<p>A cela s&rsquo;ajouta une crise de suspicion, trouvant notre insistance louche, nous disant: \u00ab\u00a0pourquoi vous voulez l&rsquo;acheter? \u00a0\u00bb \u00e0 notre r\u00e9ponse que c&rsquo;\u00e9tait pour le plaisir, il \u00e9metait des doutes. Il lui \u00e9tait en effet difficile de comprendre cette engoument. Il faut dire que pour lui, ce chalet \u00e9tait pour lui plus un outil de travail particuli\u00e8rement p\u00e9nible qu&rsquo;un objet de loisir, il supposait qu&rsquo;il devait y avoir une autre raison de notre acharnement. Il supposait peut-\u00eatre quelque chose en rapport avec la chasse, ou bien une oeuvre de promoteur quelconque&#8230; Le dialogue devenait de plus en plus difficile, c&rsquo;\u00e9tait d\u00e9sesp\u00e9rant.<\/p>\n<p>Alors nous sommes revenus \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il pouvait y avoir d&rsquo;autres chalets int\u00e9ressants dans la montagne. Un nous a s\u00e9duit, qui comportait aussi un bon nombre de crit\u00e8res d&rsquo;exception: le chalet de la Saussaz.<\/p>\n<h3><a name=\"5\"><\/a>5. le chalet de la Saussaz<\/h3>\n<p>Ce chalet \u00e9tait tr\u00e8s extraordinaire en effet. Notre attention avait d\u00fb \u00eatre attir\u00e9e sur lui \u00e0 cause du r\u00e9cit du c\u00e9l\u00e8bre alpiniste Whymper qui raconte comment venant du col des aiguilles d&rsquo;Arves, il fait \u00e9tape dans ce chalet avant de repartir au petit matin par Martignare pour la br\u00e8che de la Meije. Nous avions d\u00e9j\u00e0 aper\u00e7u ce chalet, pour la premi\u00e8re fois durant l&rsquo;\u00e9t\u00e9 77 en montant au col de Martignare, le voyant de haut en arrivant au sommet de \u00a0\u00bb la tranch\u00e9e \u00ab\u00a0. <a href=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/Saussaz.jpg\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/Saussazp.jpg\" alt=\"Chalet de la Saussaz\" width=\"285\" height=\"390\" align=\"right\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p>Le chalet de la Saussaz se trouvait \u00e0 2000 m\u00e8tres d&rsquo;altitude, au pied des Aiguilles d&rsquo;Arves, cela devant \u00eatre compris dans le sens le plus litt\u00e9ral possible. En effet, de ce chalet il fallait lever la t\u00eate pour voir presque \u00e0 la verticale les aiguilles \u00e9normes, d&rsquo;une pr\u00e9sence irr\u00e9elle et obs\u00e9dante. Pour le reste, il n&rsquo;y avait pas de vue, que les Aiguilles, et puis une atmosph\u00e8re d&rsquo;alpage de bout du monde avec ses torrents, son herbe rase, les rochers, les \u00e9boulis, avec en face les pentes montant aux cols Lombard et Martignare.<\/p>\n<p>La Saussaz n&rsquo;avait en fait de commun avec Chanin que son isolement, toujours impossible d&rsquo;y aller en voiture, et quel que soit le point de d\u00e9part, mille m\u00e8tres de d\u00e9nivel\u00e9e. En fait, sa situation \u00e9tait m\u00eame plus complexe, ce qui contribuait \u00e0 lui donner du charme. En effet, en partant d&rsquo;Entraigues, il fallait remonter tout le cours extraordinaire de Val Froide, puis monter des lacets dans la for\u00eat, traverser trois combes fort dangereuses, on \u00e9tait alors non loin du chalet, et \u00e0 la m\u00eame altitude, mais une derni\u00e8re combe infranchissable obligeait de monter encore 200m en zigzags pour redescendre sur le chalet. De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, on pouvait partir du bout de la route d&rsquo;alpage de Montrond, monter 500m jusqu&rsquo;\u00e0 la Basse de Gerbier, puis redescendre 500m de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9. Cela faisait la moiti\u00e9, mais il fallait remonter les 500m au retour&#8230;<\/p>\n<p>De Chanin, on est loin du monde, mais on voit le monde. Avec des jumelles, on peut voir des centaines de villages, des routes, des lumi\u00e8res etc&#8230; de la Saussaz, on ne voit rien, personne, et aucune trace de civilisation. Ce que l&rsquo;on voyait de la Saussaz en 1985 ne devait pas avoir chang\u00e9 du moindre d\u00e9tail de ce que pouvait voir Whymper un si\u00e8cle auparavant, le temps s&rsquo;y \u00e9tait arr\u00eat\u00e9. Pas un bruit, pas une lumi\u00e8re de la civilisation ne pouvait y parvenir, on s&rsquo;y trouvait vraiment comme dans un autre monde. <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/saussaz.jpg\" alt=\"\" width=\"321\" height=\"270\" align=\"left\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>Et puis, autant Chanin est une maison relativement rudimentaire, autant la construction de la Saussaz \u00e9tait extraordinaire pour un chalet d&rsquo;alpage. Il \u00e9tait d&rsquo;une dimension consid\u00e9rable, et \u00e9tait m\u00eame, dit-on le seul chalet dans toute la r\u00e9gion \u00e0 avoir trois \u00e9tages en fa\u00e7ade. Pour trouver un autre chalet sur le m\u00eame plan, il fallait aller au-dessus de Saint-Sorlin d&rsquo;Arves, dans la vall\u00e9e du Col des Pr\u00e9s nouveaux. Construit sur une pente, on acc\u00e9dait comme dans tous les chalets de plein pied dans la grange (en fait l\u00e0 trois ou quatre marches), mais devant, deux \u00e9tages plus bas, s&rsquo;ouvrait l&rsquo;\u00e9curie, et au-dessus, une cuisine gigantesque, en plancher ouvrant sur les Aiguilles par deux fen\u00eatres, garnie d&rsquo;un mobilier \u00e9tonnamment raffin\u00e9 pour un chalet d&rsquo;altitude, avec derri\u00e8re, au lieu de l&#8217;emplacement habituel de l&rsquo;\u00e9curie, des locaux annexes pour mettre les brebis, les ch\u00e8vres, une cave, et une fromagerie. Pour couronner le tout: une subtilit\u00e9: une grosse canalisation en planches de 80 cm de c\u00f4t\u00e9 traversait la cuisine verticalement pour envoyer directement le foin de la grange \u00e0 l&rsquo;\u00e9curie.<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0 attir\u00e9s par ce chalet, j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 avec Etienne passer une nuit dans ce chalet, alors que nous en avions d\u00e9j\u00e0 visit\u00e9 d&rsquo;autres un peu partout sans grande conviction (sauf un peu pour l&rsquo;Alpettaz, au dessus de Saint-Sorlin, mais avec une vue insuffisante).<\/p>\n<p>Ce fut \u00e0 la Toussaint 1983. Les journ\u00e9es \u00e9tant courtes \u00e0 cette saison il avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 que nous trouverions le moyen de passer la nuit dans le chalet. Apr\u00e8s un passage de la Basse de Gerbier dans une temp\u00eate \u00e9pouvantable, c&rsquo;est \u00e0 la tomb\u00e9e du jour que nous approch\u00e2mes du chalet et dans une demi-p\u00e9nombre, le toit nous sembla avoir une curieuse apparence. En nous approchant plus, nous d\u00e9couvr\u00eemes que toute la partie arri\u00e8re du chalet avait \u00e9t\u00e9 refaite, et c&rsquo;\u00e9tait les t\u00f4les neuves qui brillaient plus que les autres. Apr\u00e8s la visite de la maison, nous nous install\u00e2mes pour une bonne nuit dans le foin de la grange. Nous e\u00fbmes l&rsquo;explication plus tard: une partie du toit avait \u00e9t\u00e9 emport\u00e9e par le souffle d&rsquo;une avalanche et avait \u00e9t\u00e9 reconstruite avec l&rsquo;aide d&rsquo;un h\u00e9licopt\u00e8re \u00e0 la fin de l&rsquo;\u00e9t\u00e9. Le lendemain, le temps \u00e9tait magnifique et nous rentr\u00e2mes en passant par les chalets du Col.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s y avoir longuement r\u00e9fl\u00e9chi, ce chalet nous tenta fort, et nous d\u00e9cid\u00e2mes de mettre un plan d&rsquo;action pour envisager d&rsquo;acqu\u00e9rir cette maison extraordinaire.<\/p>\n<p>Attendant la fin de l&rsquo;hiver, j&rsquo;organisai une exp\u00e9dition de reconnaissance, \u00e0 la Pentec\u00f4te 1985 en compagnie de deux de mes \u00e9claireurs. Le Week-end de trois jours fut bien utilis\u00e9. Voyage en T.G.V., location d&rsquo;une voiture, courses, d\u00e9part \u00e0 pieds du relais de t\u00e9l\u00e9vision. Le reste de la course fut \u00e9prouvant; enfon\u00e7ant sans cesse dans une neige qui ne portait plus suffisamment, mais encore abondante, alors que les deux jeunes gar\u00e7ons marchaient sans peine gr\u00e2ce \u00e0 leur faible poids support\u00e9 par la cro\u00fbte, arriv\u00e9e \u00e0 la Basse de Gerbier de nouveau par une temp\u00eate \u00e9pouvantable, redescente vers le Rieu Blanc, et installation du campement sur une plaque d&rsquo;herbe. Le lendemain, un lever difficile, tout est froid et humide, les chaussures tremp\u00e9es, mais le chemin est repris en direction du chalet. L\u00e0, une surprise effroyable nous attendait, le chalet avait \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement d\u00e9capit\u00e9, il ne restait rien du toit, la maison s&rsquo;arr\u00eatant net au sommet des murs de pierre. Le sort semblait s&rsquo;acharner sur cette pauvre maison: l&rsquo;ann\u00e9e d&rsquo;apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 refaite, une autre avalanche achevait la destruction qu&rsquo;avait tent\u00e9e la premi\u00e8re. Mais les murs \u00e9taient encore en bon \u00e9tat, le d\u00e9g\u00e2t r\u00e9cent, et on pensait que c&rsquo;\u00e9tait r\u00e9parable. Une carte postale punais\u00e9e sur un mur nous donna l&rsquo;adresse d&rsquo;un certain Robert R. \u00e0 Saint Jean d&rsquo;Arves.<\/p>\n<p>Le lendemain, avant de prendre le train, visite \u00e0 R. qui nous dit n&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 qu&rsquo;un locataire, mais il nous donne les coordonn\u00e9es du vrai propri\u00e9taire: G. \u00e0 Saint Jean de Maurienne. G. est plus tard joint par t\u00e9l\u00e9phone de Paris, mais voulant \u00e9viter un dialogue sans vrai contact, je vais \u00e0 Saint Jean dans une journ\u00e9e pour le rencontrer dans un caf\u00e9. La r\u00e9ponse est peu positive, G. a une tr\u00e8s haute id\u00e9e de son chalet, et ne serait pas pr\u00eat \u00e0 s&rsquo;en s\u00e9parer pour moins de 200 000 ou 400 000 francs&#8230; absurde et inabordable.<\/p>\n<p>Mais l&rsquo;id\u00e9e de ce chalet unique qui \u00e9tait en train de devenir rapidement et irr\u00e9m\u00e9diablement perdu nous taraudait, une lettre fut envoy\u00e9e \u00e0 G. proposant de r\u00e9parer gratuitement le chalet m\u00eame sans nous le vendre. Cette lettre est rest\u00e9e sans r\u00e9ponse. Le chalet de la Saussaz ne sera plus jamais admir\u00e9 par personne.<\/p>\n<p>(On s&rsquo;est d&rsquo;ailleurs demand\u00e9 comment il s&rsquo;est bien pu faire qu&rsquo;un chalet qui durait depuis plusieurs si\u00e8cles ait \u00e9t\u00e9 d\u00e9truit deux hivers de suite. Une premi\u00e8re r\u00e9ponse possible est que les probabilit\u00e9s m\u00e9t\u00e9orologiques sont telles qu&rsquo;il se peut tr\u00e8s bien qu&rsquo;une chose tr\u00e8s improbable survienne deux ann\u00e9es de suite. Mais l&rsquo;explication la plus plausible est la suivante. Ce n&rsquo;est pas une avalanche \u00e0 proprement parler qui a d\u00e9truit le chalet, mais le souffle provoqu\u00e9 par une avalanche \u00e0 proximit\u00e9. Or, autrefois, les chalets \u00e9taient couverts non de t\u00f4les l\u00e9g\u00e8res, mais d&rsquo;une importante masse de bois sous forme de bardeaux. Et d&rsquo;autre part, les chalets \u00e9taient en g\u00e9n\u00e9ral laiss\u00e9s l&rsquo;hiver la grange pleine de foin. Tout cela contribuait \u00e0 lester le toit, et \u00e0 le remplir, emp\u00eachant le vent de s&rsquo;y engouffrer. Il est donc \u00e9vident qu&rsquo;un chalet dont le toit est en t\u00f4les et vide est infiniment plus vuln\u00e9rable qu&rsquo;il ne l&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9.)<\/p>\n<p>Restait Chanin, qui pourrissait lentement sur place auquel nous ne montions plus gu\u00e8re. Nous \u00e9tions encore pass\u00e9 voir le propri\u00e9taire une fois ou l&rsquo;autre, mais m\u00eame sans lui parler du chalet, ou simplement pour lui dire qu&rsquo;il se d\u00e9truisait. Des chasseurs avaient r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 des planches pour faire \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la ruine un petit abri plein de courants d&rsquo;air, la v\u00e9g\u00e9tation poussait \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur sur un matelas de foin et de bois pourris qui devenait de la terre&#8230;<\/p>\n<p>Nous parlions de notre passion au pass\u00e9, il valait mieux ne plus y penser, \u00e7a avait \u00e9t\u00e9 un r\u00eave d&rsquo;enfants, impossible \u00e0 r\u00e9aliser.<\/p>\n<p align=\"Center\"><a href=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/91N.jpg\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/91Np.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"265\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<h3><a name=\"6\"><\/a>6. Acheter Chanin<\/h3>\n<p>A la Toussaint 1990 J&#8217;emmenai quelques \u00e9claireurs d&rsquo;Evreux dans le chalet du Mottet, et je parlais de Chanin, du propri\u00e9taire, et de sa soeur . Les jeunes voulurent les rencontrer aussi. Et c&rsquo;est ainsi, que je revins voir le propri\u00e9taire le 2 novembre 1990 alors que cela faisait plus d&rsquo;un an qu&rsquo;on n&rsquo;\u00e9tait plus venu le voir. On parla un peu de Chanin, et il ne lui fut rien demand\u00e9 \u00e0 ce sujet. Ce fut lui qui dit enfin d&rsquo;une voix presque inaudible: \u00ab\u00a0pour Chanin, vous seriez toujours acqu\u00e9reurs?, parce que avec la famille finalement, on serait pr\u00eats \u00e0 le vendre \u00ab\u00a0. Je n&rsquo;en revenais pas, nous n&rsquo;y pensions plus du tout, mais comme c&rsquo;\u00e9tait un vieux r\u00eave d&rsquo;enfance, j&rsquo;ai dit sans y penser: \u00ab\u00a0bien oui, je crois, enfin faut voir&#8230; \u00ab\u00a0. Cette fois, je n&rsquo;ai pas voulu tomber dans le pi\u00e8ge de proposer moi-m\u00eame un prix alors je lui ai demand\u00e9 son id\u00e9e, et il m&rsquo;a dit: \u00a0\u00bb et bien je crois que 10 000 chacun, \u00e7a fait 50 000 et c&rsquo;est bien \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/91S.jpg\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/91Sp.jpg\" alt=\"Chanin en 1991\" width=\"400\" height=\"265\" align=\"Right\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p>Cette proposition nous prit de court. Le Chalet \u00e9tait maintenant dans un \u00e9tat lamentable, tout \u00e9tait tomb\u00e9, tout pourrissait, et il \u00e9tait \u00e9vident qu&rsquo;\u00e0 ce prix d&rsquo;achat devrait s&rsquo;ajouter des frais consid\u00e9rables pour remonter la maison, pour peu m\u00eame que cela soit possible. Mais nous l&rsquo;avions trop d\u00e9sir\u00e9, nous en avions trop r\u00eav\u00e9 pour laisser passer cette occasion que nous avions tant attendue, pendant pr\u00e8s de 15 ans, il n&rsquo;\u00e9tait donc pas question de refuser.<\/p>\n<p>J&rsquo;y suis retourn\u00e9 \u00e0 No\u00ebl pour un week-end, c&rsquo;\u00e9tait d&rsquo;accord, le propri\u00e9taire allait descendre voir le notaire un de ces jours pour faire pr\u00e9parer les papiers.<\/p>\n<p>Mais \u00ab\u00a0un de ces jours \u00a0\u00bb pour le propri\u00e9taire pouvait prendre assez longtemps, et ce notaire \u00e0 Saint Jean de Maurienne est r\u00e9put\u00e9 pour sa lenteur et sa mollesse. Or il fallait obtenir la signature de tous les fr\u00e8res et soeurs de l&rsquo;indivision, sans qu&rsquo;aucun ne change d&rsquo;avis, aussi n&rsquo;osions-nous vraiment esp\u00e9rer arriver \u00e0 quoi que ce soit un jour.<\/p>\n<p align=\"center\"><a href=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/92W.jpg\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/92Wp.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"265\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p>Mais il arriva un jour o\u00f9 le notaire que nous passions r\u00e9guli\u00e8rement voir pour essayer de le faire avancer un peu, nous montra un papier sign\u00e9 de tous les membres de la famille des propri\u00e9taires: une promesse de vente. Nous n&rsquo;en revenions pas. Mais ce n&rsquo;\u00e9tait pas fini, il fallait encore que cela passe dans le journal officiel pour la SAFER afin que si quelqu&rsquo;un voulait acheter ce terrain \u00e0 des fins agricoles, il puisse le faire. Nous n&rsquo;avions gu\u00e8re de craintes \u00e0 ce sujet puisque le propri\u00e9taire nous avait avou\u00e9 qu&rsquo;il avait propos\u00e9 \u00e0 tout le pays de mettre ses terres de Chanin \u00e0 disposition gratuitement pour qui voudrait et que tous lui avaient fait gentiment remarquer que ces alpages \u00e9taient beaucoup trop loin&#8230; Mais enfin, on ne sait jamais.<\/p>\n<p>Tout cela a si bien tra\u00een\u00e9 que l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1991 arriva et que nous n&rsquo;\u00e9tions toujours pas propri\u00e9taires de Chanin.<a href=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/91Int2.jpg\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/91Int2p.jpg\" alt=\"\" width=\"263\" height=\"400\" align=\"Right\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p>Mais ce temps ne fut pas perdu, et je le mis \u00e0 profit pour monter au chalet et faire un relev\u00e9 le plus pr\u00e9cis possible de la maison, avec la dimension de tous les bois, et une estimation de ce qui pouvait \u00eatre r\u00e9utilis\u00e9.<\/p>\n<p>Je commis en fait plusieurs erreurs dans ce relev\u00e9, d&rsquo;abord par exc\u00e8s d&rsquo;optimisme sur la nature des bois qui se r\u00e9v\u00e9l\u00e8rent bien plus pourris que je ne le pensais, et ensuite sur le fait que j&rsquo;imaginai que le chalet \u00e9tait parall\u00e9l\u00e9pip\u00e8dique, toutes les fermes \u00e9tant semblables, alors que c&rsquo;\u00e9tait loin d&rsquo;\u00eatre le cas. Mais \u00e0 partir de l\u00e0 nous avons pu cogiter tout l&rsquo;hiver pour pr\u00e9parer la reconstruction, envisager les d\u00e9penses, les mat\u00e9riaux dont nous aurions besoin et quelles m\u00e9thodes utiliser.<\/p>\n<p>Au printemps 92, rien de d\u00e9finitif n&rsquo;\u00e9tait encore sign\u00e9, nous ne pouvions \u00eatre s\u00fbrs de rien. Il fallait absolument pouvoir le r\u00e9parer l&rsquo;\u00e9t\u00e9 suivant sans perdre encore une ann\u00e9e. Le si\u00e8ge du notaire fut dress\u00e9, apr\u00e8s avoir fait celui du propri\u00e9taire pendant toutes ces ann\u00e9es, nous \u00e9tions pr\u00e9par\u00e9s. Il re\u00e7u un coup de fil ou deux par semaine, pour le pousser \u00e0 engager chacune des op\u00e9rations n\u00e9cessaires. Il y avait en particulier le petit risque que la SAFER fasse valoir son droit de pr\u00e9emption sur les terres agricoles. Et puis juste avant l&rsquo;\u00e9t\u00e9, le notaire nous dit que enfin l&rsquo;acte de vente avait \u00e9t\u00e9 sign\u00e9 et que tout \u00e9tait en ordre. Nous n&rsquo;osions y croire. Notre soulagement \u00e9tait d&rsquo;ailleurs d&rsquo;autant plus fond\u00e9 que le notaire nous dit alors qu&rsquo;au moment de signer l&rsquo;acte de vente, un des membres de la famille ne voulait plus le faire. C&rsquo;est lui qui a du les menacer en disant qu&rsquo;ils s&rsquo;\u00e9taient engag\u00e9s par la promesse de vente et qu&rsquo;ils risquaient un proc\u00e8s de notre part. Nous n&rsquo;en serions sans doute jamais venus l\u00e0, la r\u00e9alisation de notre r\u00eave et le chalet de Chanin a \u00e9chapp\u00e9 belle.<\/p>\n<p>Nous \u00e9tions ainsi propri\u00e9taires du chalet de Chanin, avec les 25 hectares de terres qui l&rsquo;entouraient, il ne restait plus qu&rsquo;\u00e0 mettre en oeuvre une \u00e9nergie formidable pour remettre dans son \u00e9tat d&rsquo;origine un chalet que plus de 15 ans de tergiversations avaient rendu inaccessible par le d\u00e9veloppement des arcosses bloquant tous les chemins d&rsquo;acc\u00e8s, et transform\u00e9 en une ruine, faite de pierres tomb\u00e9es et d&rsquo;un tas de bois pourris \u00e0 plus de trois heures \u00e0 pieds de l&rsquo;acc\u00e8s automobile le plus proche.<\/p>\n<h3><a name=\"7\"><\/a>7. Les pr\u00e9paratifs de la reconstruction.<\/h3>\n<p>D\u00e8s la promesse de vente sign\u00e9e, et l&rsquo;\u00e9valuation d&rsquo;ao\u00fbt 91 faite sur place, nous avions bon espoir sur le fait que nous pourrions \u00eatre un jour vraiment propri\u00e9taires de Chanin, et il fallait donc envisager comment nous nous y prendrions pour le reconstruire.<\/p>\n<p>Ce qui nous semblait alors la principale difficult\u00e9 \u00e9tait que la charpente n&rsquo;\u00e9tait plus au dessus du chalet, mais s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9cal\u00e9e de deux m\u00e8tres vers l&rsquo;est et d&rsquo;un vers l&rsquo;avant, tombant \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la maison. A ce moment l\u00e0, je pensais que la majorit\u00e9 des bois \u00e9taient r\u00e9utilisables et qu&rsquo;il suffisait de remplacer les entraits cass\u00e9s plus quelques chevrons. Nous avons donc envisag\u00e9 d&rsquo;essayer de d\u00e9placer l&rsquo;ensemble de la charpente pour la remettre en place. Cela supposait de la soulever pour la remettre au niveau du mur du fond, puis de la d\u00e9placer sans rien faire \u00e9crouler. Longtemps nous sommes rest\u00e9s sur cette id\u00e9e, mais en fait, nous n&rsquo;avions pas une id\u00e9e tr\u00e8s pr\u00e9cise du poids que pouvait repr\u00e9senter une telle charpente. Quant au d\u00e9placement, il nous sembla de plus en plus hasardeux puisqu&rsquo;il fallait \u00e0 la fois soulever, maintenir la charpente en \u00e9quilibre sur des piliers, puis la d\u00e9placer sans qu&rsquo;elle retombe.<\/p>\n<p>Finalement, par le conseil d&rsquo;un professionnel nous a convaincu que le plus simple \u00e9tait de d\u00e9monter la charpente, et de la remonter en place. L&rsquo;avenir donnera raison \u00e0 cette m\u00e9thode, en particulier parce que la charpente \u00e9tait pourrie ou cass\u00e9e \u00e0 plus de 50%.<\/p>\n<p>Avant de pouvoir intervenir directement sur le chalet, il restait n\u00e9anmoins de nombreuses choses \u00e0 faire. Il fallait: des outils, des tentes, un po\u00eale \u00e0 bois, des mat\u00e9riaux (en majeure partie du bois), de la main d&rsquo;oeuvre, un chemin praticable, envisager le transport et puis penser \u00e0 tout ce dont nous pourrions avoir besoin. Tout ce qui ne serait pas transport\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but par h\u00e9licopt\u00e8re devrait \u00eatre par la suite port\u00e9 sur le dos.<\/p>\n<p>Nous nous sommes mis d&rsquo;accord sur le principe de base de notre travail : l&rsquo;authenticit\u00e9 primait absolument, en particulier sur le confort. Une \u00e9tude fut engag\u00e9e pour d\u00e9finir selon ce principe ce que nous voulions faire. La premi\u00e8re source de donn\u00e9es \u00e9tait la somme d&rsquo;indices et de mesures relev\u00e9s \u00e0 Chanin par Louis, compl\u00e9t\u00e9s par une visite \u00e9clair pour \u00e9claircir un ou deux points myst\u00e9rieux. Cela permit de dresser des plans d\u00e9taill\u00e9s, et de d\u00e9cider ce que nous comptions garder de l&rsquo;ancien et ce que nous devions remplacer \u00e0 l&rsquo;identique.<\/p>\n<p>Nous avons cherch\u00e9 par ailleurs tout ce que nous pouvions comme renseignements aupr\u00e8s de la famille qui poss\u00e9dait le chalet auparavant, et des anciens du pays. le propri\u00e9taire ne se souvient pas de grand chose, sa m\u00e8re et sa soeur un peu plus, mais chaque renseignement sur Chanin \u00e9tait pr\u00e9cieux pour le restaurer. Une chance fut de rencontrer Joseph B., du village de la Saussaz qui, lui, avait bonne m\u00e9moire de la vie et des techniques de construction dans les alpages de son temps et, chose extraordinaire, m\u00eame du temps de ses parents.<\/p>\n<p>Nous sommes all\u00e9s \u00e0 la biblioth\u00e8que des Compagnons, o\u00f9 nous avons trouv\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments techniques int\u00e9ressants. Les livres nous ont \u00e9galement donn\u00e9 des renseignements sur l&rsquo;architecture locale et sur les techniques de base (charpente, ma\u00e7onnerie). Louis trouva aussi chez son coiffeur une num\u00e9ro de \u00a0\u00bb Maisons &amp; Travaux \u00a0\u00bb qui parlait des toitures en bardeaux, il eut la permission d&#8217;emporter ce num\u00e9ro int\u00e9ressant et qui donnait une petite bibliographie qui nous a permis d&rsquo;aller plus loin dans notre formation.<\/p>\n<p>Des travaux de reconstructions aussi importants supposent en th\u00e9orie de d\u00e9poser un permis de construire \u00e0 la Mairie, en temps utile. Nous avons donc retir\u00e9 les imprim\u00e9s n\u00e9cessaires, et nous nous sommes renseign\u00e9s sur la mani\u00e8re dont est instruite une telle demande. Cela prend du temps, nous a-t-on r\u00e9pondu, le mieux est d&rsquo;aller voir la DDE, c&rsquo;est elle qui d\u00e9cide d&rsquo;accorder le permis ou non. Nous avons donc \u00e9tabli de jolis plans, et nous sommes all\u00e9s voir le responsable avec notre s\u00e9rie de photos montrant Chanin du temps o\u00f9 il \u00e9tait en bon \u00e9tat, et une photo actuelle sous un angle o\u00f9 il avait un aspect pas trop d\u00e9labr\u00e9 (et non une des photos o\u00f9 on voit bien qu&rsquo;il faut tout refaire). Le \u00a0\u00bb responsable \u00a0\u00bb charg\u00e9 de l&rsquo;urbanisme n&rsquo;y connaissait visiblement pas grand chose en architecture rurale locale, il ne savait pas que les bardeaux \u00e9tait un des modes de couverture traditionnelle \u00e0 cet endroit, et il a r\u00e9pondu que nous devions faire une demande et qu&rsquo;on verrait. Un peu d\u00e9pit\u00e9s nous sommes alors all\u00e9s voir le maire de Saint Jean d&rsquo;Arves qui nous a dit de faire les travaux que nous avions pr\u00e9vus, que c&rsquo;\u00e9tait formidable, lui-m\u00eame \u00e9tant fort amoureux \u00e9galement des chalets d&rsquo;alpage. Nous avons \u00e9t\u00e9 bien soulag\u00e9s, et nous avons enterr\u00e9 notre demande de permis de construire, en d\u00e9cidant de prendre le risque de tout faire sans rien dire. Mais dans le fond, nous ne voulions rien modifier de son aspect original, et donc il ne devait pas y avoir de probl\u00e8me.<\/p>\n<p align=\"Center\"><a href=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/92Marmo.jpg\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/92Marmop.jpg\" alt=\"\" width=\"372\" height=\"252\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<h4><a name=\"7a\"><\/a>7a. Le mat\u00e9riel<\/h4>\n<p>Pour les outils, cela a \u00e9t\u00e9 assez simple, apr\u00e8s r\u00e9flexion et de nombreuses listes, nous sommes all\u00e9s chez \u00ab\u00a0Grange \u00ab\u00a0, le quincaillier de Saint Jean de Maurienne et nous avons achet\u00e9 une pleine Land-Rover d&rsquo;outils en tout genre: pelles, truelles, marteaux, clous, niveaux, scies, tron\u00e7onneuse, pinces pour couper les arcosses, m\u00e8ches, ciseaux \u00e0 bois, m\u00e8tres roulants, sceaux etc&#8230; Au cours de ces achats de mat\u00e9riel, nous tentions de palier notre inexp\u00e9rience par la r\u00e9flexion et en questionnant nos indicateurs. Cela nous sauva en bien des points, en particulier en pensant \u00e0 la charpente, et en voyant la t\u00eate des gros clous de 25 cm que notre livre de charpente nous conseillait d&rsquo;acheter, nous demandons incidemment au quincaillier: \u00a0\u00bb et pour planter \u00e7a, il ne faudrait pas un gros marteau, par hasard ? \u00a0\u00bb Bien s\u00fbr nous dit-il, sinon c&rsquo;est impossible\u00a0\u00bb. Du coup nous avons achet\u00e9 un tr\u00e8s gros marteau Stanley de 2,5kg. De m\u00eame pour retirer les clous, nous avions le choix entre une demi douzaine d&rsquo;outils divers, \u00e0 l&rsquo;intuition, nous achetons 1 petit arrache-clous, et 2 \u00e9normes pinces-monseigneur de cambrioleur-chef. L\u00e0 encore, ce fut d\u00e9terminant. Sans ces outils, jamais nous n&rsquo;aurions pu d\u00e9monter la toiture rouill\u00e9e et gonfl\u00e9e d&rsquo;eau.<\/p>\n<p>Le luxe de l&rsquo;achat d&rsquo;une tron\u00e7onneuse fut d\u00e9cid\u00e9, l\u00e0 aussi un peu au hasard, malgr\u00e9 nos h\u00e9sitations devant le danger que repr\u00e9sente cette machine quand on est si loin du premier h\u00f4pital. Mais finalement cela nous \u00e9conomisera des semaines de travail dans la construction de Chanin et se r\u00e9v\u00e9lera bien utile par la suite pour d\u00e9gager d&rsquo;anciens chemins.<\/p>\n<p>Au dernier moment, \u00e0 une semaine du transport par h\u00e9licopt\u00e8re, nous nous rendons compte que nous avons compl\u00e8tement oubli\u00e9 de pr\u00e9voir une \u00e9chelle. Or si Chanin n&rsquo;est pas bien haut, le pignon nord est quand m\u00eame \u00e0 6 m du sol, et pour d\u00e9monter puis reconstruire toute la toiture, il nous en fallait \u00e9videmment au moins une. On cherche un peu, et finalement, en en parlant autour de nous,, deux personnes nous proposent de vielles \u00e9chelles en bois qui ne leur servent plus. Nous avons la bonne surprise en d\u00e9couvrant celle que nous allons chercher \u00e0 Albiez-le-Jeune: elle est tout \u00e0 fait dans le style du pays, et de plus, grande et solide.<\/p>\n<p>Il nous fallait aussi une claie de transport, pour monter du mat\u00e9riel \u00e0 pieds, transporter des pierres, et surtout aller chercher l&rsquo;eau \u00e0 la source avec des jerricans. Le Vieux Campeur nous a fourni un mod\u00e8le parfaitement r\u00e9sistant et qui s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 indispensable.<\/p>\n<p>Nous avions pens\u00e9 aussi qu&rsquo;il fallait bien avoir un abris le temps que le chalet soit d\u00e9mont\u00e9 et remont\u00e9. Pour cela, nous avions envisag\u00e9 de dormir sous une tente de patrouille (j&rsquo;en avais une), de mettre nos sacs sous une autre plus vieille (r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Oratoire), et d&rsquo;utiliser une vieille tente de camping familial qui avait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e \u00e0 Marc pour servir de QG aux \u00e9claireurs, afin de servir de cuisine. Mais comme les environs de Chanin offraient peu d&rsquo;endroits vraiment plats, nous envisage\u00e2mes de mettre la grande tente de \u00ab\u00a0VP \u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Visages P\u00e2les\u00a0\u00bb, c&rsquo;est ainsi que les scouts d\u00e9signent les touristes) sur un petit emplacement \u00e0 peu pr\u00e8s plat tout contre le chalet, et de monter les deux tentes de dortoir sur le grand replat o\u00f9 passe le chemin, 30 m\u00e8tres en d\u00e9nivel\u00e9e plus bas. Cet endroit fut baptis\u00e9 ironiquement par \u00c9tienne: \u00ab\u00a0le camping des mouettes \u00ab\u00a0.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/tente.jpg\" alt=\"\" width=\"377\" height=\"260\" align=\"Right\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>Le po\u00eale \u00e0 bois \u00e9tait une n\u00e9cessit\u00e9 absolue. Il fallait bien une source de chaleur pour que la vie soit supportable l\u00e0 haut. Nous savions qu&rsquo;il en fallait un pour le chalet, et ceux d&rsquo;origine \u00e9taient totalement inutilisables, d\u00e9truits par la rouille. Or, premi\u00e8re difficult\u00e9, un petit po\u00eale en fonte \u00e0 4 feux, comme il y en a normalement dans tout chalet d&rsquo;alpage, c&rsquo;est un objet qui est maintenant introuvable. La plupart ont maintenant pr\u00e8s de 80 ans et sont perc\u00e9s par la rouille, et ceux qui en poss\u00e8dent encore un en bon \u00e9tat n&rsquo;ont absolument pas envie de s&rsquo;en d\u00e9faire. Nous avons eu beau chercher dans le pays, personne ne pouvait nous en fournir un dans un \u00e9tat correct. Une dizaine de coups de t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 tous les ferrailleurs de la vall\u00e9e nous a finalement convaincus que cette recherche d&rsquo;un po\u00eale d&rsquo;occasion ne nous offrirait qu&rsquo;un po\u00eale en tr\u00e8s mauvais \u00e9tat. Mais un de ces ferrailleurs nous donna un renseignement pr\u00e9cieux, il avait vu par hasard dans une vitrine \u00e0 Modane un po\u00eale en fonte, en tout semblable aux anciens, mais neuf. Nous sommes all\u00e9s \u00e0 Modane pendant les vacances de P\u00e2ques, et nous avons ramen\u00e9 un joli po\u00eale en fonte, \u00e0 4 feux absolument comme ceux d&rsquo;origine, mais tout neuf. La chance nous avait une fois de plus favoris\u00e9, ainsi que l&rsquo;honn\u00eatet\u00e9 de ce ferrailleur qui n&rsquo;avait aucun int\u00e9r\u00eat, bien s\u00fbr, \u00e0 nous orienter vers du mat\u00e9riel neuf.<\/p>\n<p>En effet, nous pensions, qu&rsquo;il serait bien agr\u00e9able d&rsquo;avoir un po\u00eale, m\u00eame pendant la reconstruction, et nous pens\u00e2mes que nous pourrions l&rsquo;installer dans la grande tente de cuisine. Nous savions qu&rsquo;il pouvait faire \u00a0\u00bb frais \u00a0\u00bb dans la montagne. Or nous savions que de mettre un po\u00eale dans une tente, bien que semblant curieux, se faisait par les trappeurs canadiens, et avait \u00e9t\u00e9 fait par Partridge dans les premiers temps du \u00a0\u00bb campisme \u00ab\u00a0. Cette id\u00e9e fit bien plus que d&rsquo;apporter de l&rsquo;agr\u00e9ment, elle conditionna la r\u00e9ussite de l&rsquo;entreprise. Sans source de chaleur, nous aurions sans doute d\u00fb abandonner, tant la rudesse du climat d\u00e9passait notre imagination. Nous ne savions pas que nous aurions pendant les 15 premiers jours de juillet du froid, de la glace, de la neige, du vent, de la gr\u00eale etc&#8230; et que le po\u00eale \u00e9tait une simple condition de survie.<\/p>\n<p>Le po\u00eale tout beau tout neuf fut engrang\u00e9 avec le reste dans le garage de Fa\u00eb-Fronn, l&rsquo;immeuble o\u00f9 nos parents ont un appartement.<\/p>\n<p>Nous envisagions la possibilit\u00e9 d&rsquo;avoir une radio permettant d&rsquo;appeler du secours en cas d&rsquo;accident grave. Aussi de multiples contacts et renseignements furent pris pour trouver une solution possible. Mais aucune solution satisfaisante n&rsquo;a alors \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9e. Les r\u00e9seaux de t\u00e9l\u00e9phones portables ne couvraient pas cette zones, la distance avec Albiez \u00e9tait assez grandes, les r\u00e9glementations \u00e9taient impossibles \u00e0 respecter, le mat\u00e9riel \u00e9tait tr\u00e8s cher&#8230; En d\u00e9sespoir de cause nous avons \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de prendre le risque de n&rsquo;avoir aucun moyen d&rsquo;appeler du secours autre que la cabine t\u00e9l\u00e9phonique qui se trouvait \u00e0 Entraigues, \u00e0 1 h en se d\u00e9p\u00eachant au maximum. Cela convenait pour une morsure de vip\u00e8re, pour un accident mineur sur une personne qui ne serait pas seule, mais il ne fallait absolument pas d&rsquo;accident avec la tron\u00e7onneuse, ni en manipulant les lourdes poutres de la charpente,&#8230;<\/p>\n<h4><a name=\"7b\"><\/a>7b. Le bois<\/h4>\n<p>Pour le bois, c&rsquo;\u00e9tait beaucoup plus compliqu\u00e9, il fallait calculer finement ce dont nous avions besoin, en pensant \u00e0 la qualit\u00e9 du bois, l&rsquo;\u00e9paisseur, la longueur. etc&#8230; Les fournisseurs possibles \u00e9taient nombreux, mais nous avions, comme d&rsquo;habitude des exigences assez sp\u00e9ciales et il \u00e9tait difficile de les faire comprendre.<\/p>\n<p>La principale difficult\u00e9 vint du fait que nous voulions recouvrir le chalet comme il \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;origine avec des bardeaux. Nous savions en effet que la couverture en t\u00f4le sur les chalets ne datait que des environs de la guerre de 14, et qu&rsquo;avant, ils \u00e9taient recouverts de bardeaux, c&rsquo;est \u00e0 dire de planches de sapin ou de m\u00e9l\u00e8ze mises dans le sens de la plus grande pente, chaque planche poss\u00e9dant une rainure en forme de rigole \u00e0 un centim\u00e8tre de chaque bord. Cette couverture \u00e9tait m\u00eame une originalit\u00e9 de la r\u00e9gion de Saint Jean d&rsquo;Arves, puisque c&rsquo;est le mode de couverture utilis\u00e9 normalement dans les Hautes Alpes, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la cr\u00eate. dans la vall\u00e9e de la Maurienne, c&rsquo;\u00e9tait habituellement les \u00a0\u00bb Tavaillons \u00ab\u00a0, petites tuiles de bois recouvrant le toit comme des \u00e9cailles. Notre enqu\u00eate dans le pays fut tr\u00e8s d\u00e9cevante. La plupart des habitants actuels n&rsquo;avaient gard\u00e9 aucun souvenir de ces bardeaux, ou pensaient tout simplement que c&rsquo;\u00e9tait impossible. Or nous avions pu voir sur des chalets \u00e0 l&rsquo;abandon depuis longtemps des vestiges de ces bardeaux qui avaient en fin de compte plut\u00f4t mieux r\u00e9sist\u00e9 que les t\u00f4les plus r\u00e9centes. Et nous avons trouv\u00e9 finalement en insistant quelques rares anciens se souvenant seulement que ces toits avaient la particularit\u00e9 de toujours goutter \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la maison. Or, en faisant les relev\u00e9s pr\u00e9cis de la charpente de Chanin l&rsquo;\u00e9t\u00e9 91, j&rsquo;eus la tr\u00e8s heureuse surprise de voir que la majorit\u00e9 des liteaux utilis\u00e9s pour soutenir les t\u00f4les \u00e9taient en fait des planches r\u00e9utilis\u00e9es, et qu&rsquo;elles avaient pour la plupart une rainure de chaque c\u00f4t\u00e9! Nous avions l\u00e0 la preuve que Chanin avait \u00e9t\u00e9 recouvert ainsi avant les t\u00f4les.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;en fallait pas plus pour nous d\u00e9cider de retrouver ce mode original de couverture. Personne n&rsquo;\u00e9tant capable de nous dire comment cela se faisait dans notre vall\u00e9e, le Conseil G\u00e9n\u00e9ral de Savoie se d\u00e9sint\u00e9ressant de l&rsquo;architecture rurale nous a renvoy\u00e9 sur son homologue des Hautes Alpes, qui, plus conscient de la valeur de leurs traditions et de leur patrimoine, a pu nous envoyer un important dossier sur la question, ainsi que les coordonn\u00e9es d&rsquo;un professionnel. Cet artisan sp\u00e9cialiste a ainsi bien voulu nous expliquer tr\u00e8s gentiment comment il fallait s&rsquo;y prendre pour disposer ces planches, en tenant compte de la r\u00e9tractation, ou de la dilatation qui pouvait avoir lieu en fonction de l&rsquo;humidit\u00e9 des planches.<\/p>\n<p>Il nous fut confirm\u00e9 que les bardeaux mis simplement n&rsquo;\u00e9taient jamais totalement \u00e9tanches, il suffit d&rsquo;un noeud mal plac\u00e9 entre deux autres planches pour qu&rsquo;une goutti\u00e8re survienne malencontreusement. Pour \u00e9viter cela plusieurs m\u00e9thodes sont utilis\u00e9es, et nous avons finalement opt\u00e9 pour une solution simple: mettre une couche de feutre bitumineux entre les deux \u00e9paisseurs de planches. Cela avait l&rsquo;avantage de laisser respirer chacune des couches de bois, et d&rsquo;\u00eatre pratiquement invisible tant de l&rsquo;int\u00e9rieur que de l&rsquo;ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 l&rsquo;appentis servant de cave \u00e0 Chanin, nos recherches nous ont appris qu&rsquo;il devait \u00eatre recouvert de grosses lauzes retenues par des fils de fer. Nous avons en effet retrouv\u00e9 quelques unes de ces grosses pierres pesant pr\u00e8s de 10 kilos et munies de deux petits trous \u00e0 une extr\u00e9mit\u00e9. La pente faible du toit \u00e0 cet endroit ne permettait que ce mode de couverture. Mais pour le reconstituer, il aurait fallu trouver une bonne centaine de ces lauzes, mais faute de savoir o\u00f9 aller les chercher, nous avons mis ce projet \u00e0 plus tard, et d\u00e9cid\u00e9 de r\u00e9cup\u00e9rer les t\u00f4les utilisables pour laisser provisoirement la cave couverte de t\u00f4les. Aujourd&rsquo;hui encore, ce travail demeure en suspens. La technique consiste \u00e0 prendre une pierre de schiste bien plate de taille suffisante, et de les d\u00e9tailler en tranches de 3 \u00e0 5 cm avec un burin, puis de les percer d\u00e9licatement ! Cela suppose d&rsquo;abord d&rsquo;apprendre \u00e0 faire ce d\u00e9licat travail, et de trouver assez de pierres convenables. Les ressources locales ne semble pas suffisantes (nous les connaissons assez bien apr\u00e8s avoir ramen\u00e9 des environs des centaines de grosses pierres pour la reconstruction de Chanin) le seul endroit possible pour aller les chercher semble \u00eatre la base de la cime des torches. Mais une personne ne pourrait gu\u00e8re en ramener plus de trois ou quatre par jour&#8230;<\/p>\n<p>Concernant les bardeaux, nous avons fait volontairement une entorse \u00e0 l&rsquo;authenticit\u00e9: Chanin avait \u00e9t\u00e9 couvert de bardeaux d&rsquo;\u00e9pic\u00e9a, mais alors que ceux-ci ont une dur\u00e9e de vie de l&rsquo;ordre de 50 ou 60 ans (rappelons qu&rsquo;aucun bois n&rsquo;est trait\u00e9), on trouve encore dans certaines r\u00e9gions de bardeaux de m\u00e9l\u00e8ze qui sont encore en bon \u00e9tat apr\u00e8s plusieurs si\u00e8cles. Le m\u00e9l\u00e8ze a en effet la r\u00e9putation d&rsquo;\u00eatre pratiquement imputrescible. Neuf son aspect est assez diff\u00e9rent, puisqu&rsquo;il est rouge alors que l&rsquo;\u00e9pic\u00e9a est jaune clair, mais en vieillissant, les deux deviennent gris argent\u00e9 de la m\u00eame mani\u00e8re. Or, on trouve encore dans la vall\u00e9e des Arves des m\u00e9l\u00e8zes par endroits. On peut donc penser qu&rsquo;il y en avait de bien plus nombreux autrefois et qu&rsquo;une utilisation excessive les a fait progressivement dispara\u00eetre. L&rsquo;utilisation du m\u00e9l\u00e8ze pour le toit de Chanin \u00e9tait donc un luxe certes, mais pas une absurdit\u00e9.<\/p>\n<p>Il fallait cependant trouver une scierie qui veuille bien nous fournir plusieurs m\u00e8tres cubes de planches de m\u00e9l\u00e8ze et les rainurer une \u00e0 une de la mani\u00e8re voulue, bien que cela lui semble absurde!<\/p>\n<p>Et ce n&rsquo;\u00e9tait pas la seule exigence bizarre que nous avions. Nous voulions aussi que les poutres ne soient pas carr\u00e9es, mais laissent appara\u00eetre l&rsquo;arrondi du tronc sur chaque angle, pour garder l&rsquo;aspect des poutres anciennes qui \u00e9taient \u00e9quarries \u00e0 la main. Or ce travail nous sembla trop difficile et important \u00e0 r\u00e9aliser nous-m\u00eames, nous voulions donc que la scierie trouve des troncs du diam\u00e8tre correspondant exactement et fasse quatre faces plates, en laissant \u00e0 chaque fois le \u00ab\u00a0flache \u00a0\u00bb pour utiliser le terme technique. C&rsquo;\u00e9tait encore un travail de pr\u00e9cision que beaucoup ne voulurent pas faire. Notre objectif \u00e9tait avant tout esth\u00e9tique, mais \u00e0 l&rsquo;usage, ces poutres vont avoir l&rsquo;avantage d&rsquo;\u00eatre parfaitement centr\u00e9es sur le coeur du bois, ce qui n&rsquo;est en g\u00e9n\u00e9ral pas le cas si la poutre a \u00e9t\u00e9 taill\u00e9e dans un tronc d&rsquo;arbre plus gros.<\/p>\n<p>Enfin nous d\u00e9sirions des chevrons non \u00e9quarris, simplement des t\u00eates de sapin, comme ceux d&rsquo;origine. En g\u00e9n\u00e9ral, les scieries ne s&rsquo;encombrent pas de ce qu&rsquo;ils consid\u00e8rent comme des chutes, qui sont simplement abandonn\u00e9es en for\u00eat. Mais par chance, ils en avaient une pile dans un coin, qui avaient \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9s pour servir \u00e0 autre chose, mais finalement non utilis\u00e9es.<\/p>\n<p>Parmi toutes les scieries des environs, une seule a bien voulu nous faire ce travail: celle de Villard-Gondrand. Une liste pr\u00e9cise, d&rsquo;une longueur consid\u00e9rable et d&rsquo;une infinie complication fut \u00e9tablie par Marc de ce que nous voulions et donn\u00e9e \u00e0 l&rsquo;artisan afin qu&rsquo;il r\u00e9alise notre commande pour le 25 juin, cela devait repr\u00e9senter plus de 10 tonnes de bois.<\/p>\n<p>Sur ce point eut lieu un second miracle. Apr\u00e8s une conversation avec un charpentier local rencontr\u00e9 par hasard, nous d\u00e9cidons de remonter \u00e0 Chanin pour v\u00e9rifier plus pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;\u00e9tat de chacun des poutres de la charpente. Le truc est de donner un coup de hache dedans pour voir si le bois a conserv\u00e9 sa solidit\u00e9 en profondeur, et pas seulement un aspect sympathique. Le temps pressait: il ne restait qu&rsquo;une semaine avant la livraison du bois, et la venue de h\u00e9licopt\u00e8re. L&rsquo;examen recommand\u00e9 s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9 important: les deux sabli\u00e8res sont endommag\u00e9es sur la moiti\u00e9 de leur longueur, et 3 des arbal\u00e9triers sont irr\u00e9cup\u00e9rables (sur 10). Vite un coup de t\u00e9l\u00e9phone depuis Entraigues, au bas du chemin de Chanin pour commander ce compl\u00e9ment. Malheureusement, dans la pr\u00e9cipitation, les poutres pr\u00e9vues pour les arbal\u00e9triers vont \u00eatre command\u00e9es avec la m\u00eame section que les sabli\u00e8res, c&rsquo;est \u00e0 dire avec 3 cm trop. \u00c0 l&rsquo;occasion de ce contact, la scierie nous dit qu&rsquo;elle nous conseille de prendre plus de chevrons, que ces vieux bouts de bois les encombrent et que cela nous sera toujours utile pour mettre dans le po\u00eale si nous n&rsquo;en avons pas besoin. Sans bien savoir pourquoi, nous avons accept\u00e9 en se disant peut-\u00eatre que cela pourrait bien servir&#8230; Nous pensions n&rsquo;en avoir besoin que d&rsquo;une petite dizaine. Il nous en fut livr\u00e9 m\u00eame plus que pr\u00e9vu: au moins trente. Et le d\u00e9montage du chalet nous fit d\u00e9couvrir que les trois quarts des chevrons anciens \u00e9taient pourris et inutilisables. Nous n&rsquo;aurions jamais pu reconstruire le chalet sans tous ces chevrons providentiels&#8230;<\/p>\n<p>Les choses commen\u00e7aient \u00e0 se pr\u00e9ciser, mais il fallait aussi pr\u00e9voir comment nous ferions monter tout cela sur place.<\/p>\n<h4><a name=\"7c\"><\/a>7c. Le transport<\/h4>\n<p>S&rsquo;il n&rsquo;y avait eu qu&rsquo;une ou deux poutres \u00e0 monter, on aurait pu envisager de le faire \u00e0 pieds, les anciens faisaient bien ainsi, mais ils disposaient de plus de temps que nous, de plus de main d&rsquo;oeuvre, et de nombreux mulets. La seule solution \u00e9tait donc: l&rsquo;h\u00e9licopt\u00e8re. L\u00e0 aussi il fallut \u00e9tudier finement pour savoir si nous aurions les moyens de nous offrir ce luxe. Envisager la charge \u00e0 transporter, \u00e9valuer le nombre de rotations en fonction de la puissance de l&rsquo;appareil, temps n\u00e9cessaire \u00e0 chacune etc&#8230; Il fallait enfin trouver un lieu o\u00f9 nous pourrions livrer le mat\u00e9riel par camion, et o\u00f9 l&rsquo;h\u00e9licopt\u00e8re viendrait le chercher. Il nous avait \u00e9t\u00e9 dit qu&rsquo;il fallait une dizaine de minutes \u00e0 un h\u00e9licopt\u00e8re pour s&rsquo;\u00e9lever de 1000m, mais que le d\u00e9placement horizontal \u00e9tait somme toute assez rapide. Il fallait donc trouver une aire de chargement la plus \u00e9lev\u00e9e possible. Nous pens\u00e2mes d&rsquo;abord au terrain de l&rsquo;altiport qui se trouve \u00e0 1750m d&rsquo;altitude juste derri\u00e8re la cr\u00eate du Ch\u00e2tel. Une piste de terre y conduit depuis les Chambons. Il n&rsquo;\u00e9tait pas certain que le camion puisse y monter, mais nous avions pens\u00e9 que nous aurions pu faire des navettes avec la Land Rover. (Nous n&rsquo;avions \u00e0 ce moment l\u00e0 pas d&rsquo;id\u00e9e pr\u00e9cise de la masse \u00e9norme de ce que nous avions \u00e0 transporter!) Une reconnaissance fut faite \u00e0 P\u00e2ques, le temps \u00e9tait \u00e0 la pluie, le terrain gras. Nous n&rsquo;avions pas quitt\u00e9 la piste gravillonn\u00e9e du Poingt de plus de 10 m\u00e8tres que la voiture se mit \u00e0 patiner, \u00e0 glisser sur le c\u00f4t\u00e9 et se retrouva plant\u00e9e dans un foss\u00e9. Plus d&rsquo;une heure de lutte acharn\u00e9e sous la pluie fut n\u00e9cessaire pour sortir la voiture. Nous \u00e9tions tremp\u00e9s, couverts de boue. Il fallait visiblement chercher un autre lieu de chargement.<\/p>\n<p>Notre seconde id\u00e9e fut le plateau de Montrond. D&rsquo;un acc\u00e8s assur\u00e9, il est assez loin de Chanin (environs 6 ou 7 kilom\u00e8tres), mais se trouve \u00e0 une altitude de 1950m, et puis nous avons sur place le chalet du Mottet de notre ami Martin qui nous est toujours ouvert. L&rsquo;exp\u00e9rience nous apprit plus tard, que l&rsquo;id\u00e9e, sans \u00eatre mauvaise n&rsquo;\u00e9tait pas la meilleure. En effet, la distance horizontale \u00e9tait tout de m\u00eame importante, et l&rsquo;h\u00e9licopt\u00e8re charg\u00e9 de planches plus ou moins instables ou m\u00eame \u00e0 vide avec une \u00e9lingue qui pend, risquant de remonter se prendre dans le rotor arri\u00e8re, ne peut pas aller tr\u00e8s vite.<\/p>\n<p>La d\u00e9cision prise, il fallait fixer un lieu pr\u00e9cis en trouver le propri\u00e9taire et obtenir son accord. L&rsquo;endroit id\u00e9al fut trouv\u00e9, la recherche entreprise, de bons contacts avec de nombreuses personnes de Montrond, mais le propri\u00e9taire jamais trouv\u00e9. Alors tant pis, on fera comme \u00e7a!<\/p>\n<p>Une date fut fix\u00e9e pour le transport h\u00e9liport\u00e9: mardi 30 juin au matin. Un gros camion affr\u00e9t\u00e9 pour aller chercher les 13 tonnes de bois dans la vall\u00e9e et les livrer sur le plateau la veille, et une petite camionnette pour livrer au m\u00eame moment tout ce que nous aurions accumul\u00e9 dans le garage d&rsquo;Albiez.<\/p>\n<h4><a name=\"7d\"><\/a>7d. La main d&rsquo;oeuvre et le cantonnement<\/h4>\n<p>Il restait encore la main d&rsquo;oeuvre \u00e0 trouver et \u00e0 organiser notre s\u00e9jour \u00e0 Chanin pendant la reconstruction.<\/p>\n<p>Pour cela, nous en parl\u00e2mes largement autour de nous, dans la paroisse, aupr\u00e8s de nos anciens Eclaireurs etc&#8230; Quelques volontaires se propos\u00e8rent: un ancien EU de Versailles et un copain, un jeune d&rsquo;Evreux pour juillet, et en ao\u00fbt, o\u00f9 Marc serait seul: Sophie Lemarchand et deux anciens routiers de l&rsquo;Oratoire, cela pouvait aller. 2 ou 3 autres volontaires annonc\u00e9s nous ont finalement fait faux bond.<\/p>\n<p>Pour la nourriture, nous avions pr\u00e9vu de faire en gros des menus sur une semaine: le matin petit-d\u00e9je\u00fbner avec beaucoup de lait en poudre et un peu de lait UHT chocolat, caf\u00e9, pain et confiture, le midi des salades, \u00e0 base de taboul\u00e9, ou piques niques, et le soir un repas plus consistant. C&rsquo;est la viande du soir qui posait en fait le plus gros probl\u00e8me, ne disposant pas \u00e0 Chanin de bon moyen de conservation. Notre id\u00e9e fut alors de pr\u00e9voir les menus pour une semaine, avec ravitaillement hebdomadaire par deux volontaires pour tout le monde. Le premier jour on disposerait ainsi de viande fra\u00eeche, le second de viande un peu moins fra\u00eeche, le troisi\u00e8me de charcuterie, le quatri\u00e8me de saucisses emball\u00e9es sous vide, le cinqui\u00e8me d&rsquo;oeufs, et des bo\u00eetes pour terminer la semaine.<\/p>\n<p>Il fallait alors pr\u00e9voir tout ce dont nous aurions besoin pour un mois et demi et qui soit conservable, Marc devait l&rsquo;acheter dans un super march\u00e9 en allant \u00e0 Albiez fin juin, en m\u00eame temps que quatre malles m\u00e9talliques pour les stocker \u00e0 l&rsquo;abris de l&rsquo;humidit\u00e9 et des rongeurs, afin de profiter de l&rsquo;h\u00e9licopt\u00e8re pour le monter. Cela augmentait consid\u00e9rablement le prix de journ\u00e9e, puisque le prix du portage devait \u00eatre \u00e0 peu pr\u00e8s de 3 francs par kilos, mais c&rsquo;\u00e9tait la seule fa\u00e7on pour \u00e9viter que nous passions notre temps \u00e0 faire des courses.<\/p>\n<p>Cette organisation se r\u00e9v\u00e9la parfaitement au point, et heureusement que nous n&rsquo;avions pas toute la nourriture \u00e0 monter du bas \u00e0 pieds, car chaque course \u00e0 Saint Jean nous voyait remonter avec r\u00e9guli\u00e8rement, en plus de la nourriture 10 \u00e0 20 kilos de mat\u00e9riel divers: clous, liquide vermifuge, tron\u00e7onneuse \u00e0 faire r\u00e9viser, tuyaux de po\u00eale, outils, etc&#8230;<\/p>\n<h4><a name=\"7e\"><\/a>7e. Le chemin<\/h4>\n<p>La derni\u00e8re chose \u00e0 pr\u00e9parer avant d&rsquo;envisager de r\u00e9parer Chanin \u00e9tait de remettre le chemin en \u00e9tat. Celui-ci n&rsquo;avait en effet plus \u00e9t\u00e9 entretenu depuis 1962 qui est la derni\u00e8re ann\u00e9e o\u00f9 quelqu&rsquo;un a s\u00e9journ\u00e9 \u00e0 Chanin. Or en 30 ans, la nature avait repris ses droits et monter \u00e0 Chanin \u00e9tait devenu une chose extr\u00eamement p\u00e9nible et fort difficilement envisageable avec un sac de 30 kilos sur le dos comme cela devait devenir notre habitude.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re partie du chemin jusqu&rsquo;au torrent du Vallon \u00e9tait rest\u00e9e tout \u00e0 fait correcte, parce que encore fr\u00e9quent\u00e9e par certains troupeaux. Dans la remont\u00e9e de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 dans le grand Zig et Zag, le sol \u00e9tait encore bien marqu\u00e9, mais il fallait progresser en fon\u00e7ant dans un rideau permanent de feuilles, de branches et de buissons. Cela faisait qu&rsquo;on ne pouvait voir ses pieds, qu&rsquo;il fallait sans cesse se baisser, et que l&rsquo;on \u00e9tait tr\u00e8s rapidement tremp\u00e9 par l&rsquo;eau de pluie ou de ros\u00e9e qui se d\u00e9posait alors \u00e9videmment sur nous. Les vo\u00fbtes du Motey \u00e9taient \u00e0 peu pr\u00e8s suivables, mais il fallait sans cesse sortir du chemin pour contourner un buisson d&rsquo;arcosse qui avait trouv\u00e9 bon de pousser au milieu. C&rsquo;est ensuite que les principales difficult\u00e9s commen\u00e7aient. La Grande travers\u00e9e dans les Arcosses \u00e9tait devenue absolument impossible \u00e0 suivre avec un sac (alors qu&rsquo;elle \u00e9tait encore praticable en 76), et les lacets qui suivent sous Chanin \u00e9taient compl\u00e8tement bloqu\u00e9s par des buissons denses imp\u00e9n\u00e9trables, et cela depuis longtemps, nous n&rsquo;avions jamais pu suivre cette partie du chemin, il fallait alors rejoindre la cr\u00eate pour monter droit dans l&rsquo;herbe. Cela faisait que nous avions pris l&rsquo;habitude de ne plus passer par l\u00e0, mais de monter par la c\u00f4te de Coirnavan et de rejoindre Chanin par la source. A cet endroit, les arcosses avaient grandi moins vite, et bien que p\u00e9niblement, on arrivait quand m\u00eame \u00e0 monter. Mais en 91, m\u00eame ce chemin \u00e9tait devenu impraticable, il fallait sans cesse couper \u00e0 travers pente, se frayer son chemin au milieu d&rsquo;arcosses serr\u00e9s, et tout cela gaspillait une \u00e9nergie consid\u00e9rable.<\/p>\n<p>Si l&rsquo;on voulait travailler \u00e0 Chanin, il fallait disposer d&rsquo;un chemin \u00e0 peu pr\u00e8s praticable.<\/p>\n<p>Pour cela, nous achet\u00e2mes une \u00ab\u00a0goyarde \u00ab\u00a0, gros croissant en acier qui se r\u00e9v\u00e9la peu utilisable \u00e0 cause de la souplesse des arcosses, et une pince coupante \u00e0 d\u00e9multiplication qui se r\u00e9v\u00e9la de la plus grande efficacit\u00e9. Une premi\u00e8re mission fut faite \u00e0 P\u00e2ques et permit de d\u00e9gager une partie du ZigZag, mais il restait trop de neige pour aller plus loin, ou m\u00eame de faire bien le travail. Cela nous permit de nous rendre compte de l&rsquo;efficacit\u00e9 de la pince, et qu&rsquo;il fallait pr\u00e9voir beaucoup de temps pour le chemin. Aussi, de retour \u00e0 Paris achetions-nous une autre pince coupante encore plus grosse permettant de couper sans effort un tronc de 7 \u00e0 8cm de diam\u00e8tre, et programmai-je de passer 3 ou 4 jours sur le chemin d\u00e9but juin.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re journ\u00e9e, sous une pluie continue se fit avec l&rsquo;aide de notre p\u00e8re. L&rsquo;un coupait, et l&rsquo;autre d\u00e9gageait. Nous travaill\u00e2mes sans discontinuer 6 heures, et \u00e0 la fin, sans \u00eatre parfaits, le Zig Zag \u00e9taient fr\u00e9quentables, et la grande travers\u00e9e d&rsquo;Arcosses permettait enfin le passage.<\/p>\n<p>La seconde journ\u00e9e, j&rsquo;allai tout seul. Les premi\u00e8res vo\u00fbtes, apr\u00e8s la travers\u00e9e me d\u00e9sesp\u00e9r\u00e8rent: au lieu des gros arcosses que l&rsquo;on rencontrait pr\u00e9c\u00e9demment, c&rsquo;\u00e9tait de petits buissons appel\u00e9s l\u00e0 bas \u00ab\u00a0vordets\u00a0\u00bb pour lesquels il fallait donner 20 ou 30 coups de pince pour les faire dispara\u00eetre. J&rsquo;ai travaill\u00e9 toute la journ\u00e9e avec une \u00e9nergie farouche. D&rsquo;autant que j&rsquo;avais la crainte de n&rsquo;avoir pas le temps de terminer le chemin, auquel cas mon travail aurait \u00e9t\u00e9 inutile, n&rsquo;ayant cr\u00e9\u00e9 qu&rsquo;un cul de sac. Aussi faisai-je le travail au minimum: juste la largeur suffisante pour passer, et s&rsquo;il y avait de l&rsquo;herbe d\u00e9gag\u00e9e longeant le chemin, et bien on passerait par l\u00e0, et tant pis pour les arcosses qui s&rsquo;\u00e9taient install\u00e9es dans le creux du chemin. Un rapide pique nique apr\u00e8s 4 heures de travail, et l&rsquo;obsession de la destruction des arcosses me reprenait, la pluie devenant de plus insistante, et mon b\u00e9ret totalement tremp\u00e9, c&rsquo;est abrit\u00e9 par un vieux parapluie me reposant sur la t\u00eate que je continuai. Parfois, les arcosses \u00e9taient tellement nombreux et denses que des doutes se trouvaient sur le trac\u00e9 du chemin. J&rsquo;avan\u00e7ais ainsi m\u00e8tre par m\u00e8tre, cr\u00e9ant le chemin devant moi. A un moment donn\u00e9, j&rsquo;arrivai \u00e0 un talus abrupt me d\u00e9montrant que je m&rsquo;\u00e9tais tromp\u00e9. Je dus revenir en arri\u00e8re d&rsquo;une quinzaine de m\u00e8tres pour retrouver le chemin que j&rsquo;avais perdu. Ainsi, lacet apr\u00e8s lacet, le chemin continuait. Je laissai dans une boucle un petit bouleau solitaire au milieu de ces buissons inhospitaliers, deux vo\u00fbtes plus haut, un courageux petit sapin d&rsquo;un m\u00e8tre de haut me salua sur ma gauche, je trouvai une t\u00f4le du toit, et ayant juste vaincu un buisson d&rsquo;arcosses plus gros que les autres, j&rsquo;eu la joie de voir le sommet du toit de Chanin, j&rsquo;avais effectu\u00e9 la jonction avec la partie sup\u00e9rieure du chemin qui elle \u00e9tait en herbe et praticable.<\/p>\n<p>Marc revint quelques jours avant le d\u00e9but des travaux, fin juin. Il retravailla encore sur le chemin, faucha les \u00ab\u00a0chapeaux\u00a0\u00bb, (grosses feuilles de choux qui gardent perfidement toute l&rsquo;eau de la ros\u00e9e ou de la pluie pour vous mouiller vos chaussures), et enfin, le chemin, s&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas parfait, \u00e9tait praticable. Ce travail correspondait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 presque une semaine de travail. <a href=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/Debrouss.jpg\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/Debroussp.jpg\" alt=\"D\u00e9broussaillage\" width=\"269\" height=\"400\" align=\"right\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p>Il fallut en fait attendre l&rsquo;ann\u00e9e suivante pour que le trac\u00e9 du chemin soit suivable tout du long, \u00e9vitant le fait d\u00e9sagr\u00e9able d&rsquo;avoir \u00e0 monter sur le talus du chemin pour \u00e9viter des buissons, et encore une ann\u00e9e pour qu&rsquo;il soit d\u00e9gag\u00e9 sur une largeur suffisante pour ne pas \u00eatre tremp\u00e9 en montant.<\/p>\n<p>Ce chemin demandera encore des heures et des heures de travail. Nous aurons au total certainement consacr\u00e9 plus d&rsquo;heures au chemin qu&rsquo;au chalet lui m\u00eame. Il aura fallu pr\u00e8s de 10 ans de travail pour parvenir \u00e0 un chemin vraiment agr\u00e9able et avoir retrouv\u00e9 partout l&rsquo;ancien chemin. Du coup maintenant de nombreux promeneurs viennent l&#8217;emprunter&#8230; Pourquoi pas, tant qu&rsquo;ils respectent notre domaine&#8230;<\/p>\n<p>Tout \u00e9tait donc pr\u00eat, il n&rsquo;y avait plus qu&rsquo;\u00e0 se mettre au travail.<\/p>\n<h3><a name=\"8\"><\/a>8. La reconstruction<\/h3>\n<h4><a name=\"8a\"><\/a>8a. L&rsquo;h\u00e9liportage<\/h4>\n<p>Le lundi 22 juin, Marc partit avec son Trafic rempli de tout ce que nous avions r\u00e9uni \u00e0 Paris pour notre grand projet. Il y avait: des tentes en tout genre et des b\u00e2ches, un tonneau en ch\u00e2taignier de pr\u00e8s d&rsquo;un m\u00e8tre de diam\u00e8tre (Nous pensions que celui qui se trouvait devant la cave de Chanin, servant de citerne en recueillant l&rsquo;eau du toit \u00e9tait pourri. En fait, il ne l&rsquo;\u00e9tait pas, il se remit tout seul en service d\u00e8s que le cheneau fut en place), des outils, des gamelles, des r\u00e9chauds \u00e0 gaz, etc&#8230;<\/p>\n<p>Il avait pour mission d&rsquo;acheter en route tout le ravitaillement \u00e0 monter en h\u00e9licopt\u00e8re, d&rsquo;am\u00e9liorer encore le chemin, d&rsquo;acheter encore toute une liste d&rsquo;outils et de mat\u00e9riaux divers, puis de faire en sorte que tout soit pr\u00eat pour la date de livraison du mat\u00e9riel au plateau de Montrond.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 moi, ayant pr\u00e9sid\u00e9 un bapt\u00eame le dimanche 28, je partis le soir par le train de nuit en compagnie d&rsquo;Alexandre Dudouit, un jeune d&rsquo;Evreux. Le lendemain matin, r\u00e9cup\u00e9ration de la Land Rover chez Martin, puis compl\u00e9ment de courses de mat\u00e9riaux \u00e0 Saint Jean de Maurienne.<\/p>\n<p>En fait de compl\u00e9ment, il s&rsquo;agissait de plus d&rsquo;une tonne se sable pour faire du mortier!<\/p>\n<p>Les sacs furent charg\u00e9s un \u00e0 un. Jusqu&rsquo;\u00e0 700 kilos, on s&rsquo;inqui\u00e8te pour la charge utile (pr\u00e9vue pour 450 kilos), mais ensuite, la carrosserie reposant sur les Silentblocs, il n&rsquo;y avait plus rien \u00e0 craindre de pire, et nous y all\u00e2mes de bon coeur. La mont\u00e9e par la route des Arves ne se fit il faut l&rsquo;avouer pas \u00e0 une vitesse tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9e, et c&rsquo;est tanguant comme un vaisseau ivre que j&rsquo;arrivai sur le plateau de Montrond o\u00f9 Marc \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent. <a href=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/Camion.jpg\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/Camionp.jpg\" alt=\"Plateau de Montrond\" width=\"400\" height=\"318\" align=\"left\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p>Peu de temps apr\u00e8s, le camion de bois et la camionnette arriv\u00e8rent sur place. Pour celle-ci, ce ne fut pas trop dur, mais le plus gros d\u00fb tout de m\u00eame cha\u00eener pour passer un bourbier. Le camion fut arr\u00eat\u00e9 dans le pr\u00e9 sur le bord du chemin, les deux conducteurs repartirent \u00e0 bord de la camionnette, et il ne nous restait plus qu&rsquo;\u00e0 descendre les 13 tonnes de bois de la benne pour les mettre bien rang\u00e9s sur l&rsquo;herbe Une journ\u00e9e n&rsquo;est pas de trop pour faire ce travail \u00e0 trois.<\/p>\n<p>Il fallait de plus tout mettre par paquets de 350 kilos, cela repr\u00e9sente en effet la charge que peut prendre l&rsquo;h\u00e9licopt\u00e8re \u00e0 chaque voyage, or celui-ci \u00e9tant pay\u00e9 \u00e0 l&rsquo;heure, il fallait qu&rsquo;il ne perde aucun temps \u00e0 charger, et donc que les charges soient toutes pr\u00eates.<\/p>\n<p>Le soir, le transporteur vint reprendre son camion, et nous, nous all\u00e2mes prendre nos quartiers dans le chalet de Martin quelques cents m\u00e8tres plus haut. Le temps \u00e9tait maussade, du brouillard s&rsquo;accrochait aux montagnes. Il nous fallait absolument du beau temps le lendemain: sinon nous aurions du attendre ensuite que h\u00e9licopt\u00e8re soit de nouveau disponible, et entre temps il nous aurait fallu monter \u00e0 Chanin le minimum pour vivre et commencer les travaux&#8230;<\/p>\n<p>L&rsquo;h\u00e9licopt\u00e8re devait arriver le lendemain \u00e0 7h. T\u00f4t le matin pour profiter de l&rsquo;air frais qui est plus porteur. A sept heures moins le quart nous \u00e9tions en place, remettant un peu d&rsquo;ordre dans notre \u00e9talage, essayant de calculer la masse de chaque tas en \u00e9valuant le volume et en multipliant par une densit\u00e9 pr\u00e9sum\u00e9e&#8230; Le temps \u00e9tait assez beau, effectivement nous e\u00fbmes une des seules journ\u00e9es correctes de cette semaine, la pluie ne revint qu&rsquo;en fin d&rsquo;apr\u00e8s midi. A sept heures moins cinq, un bruit de pales, et l<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/tasdebois.jpg\" alt=\"\" width=\"423\" height=\"274\" align=\"Right\" border=\"0\" \/>&lsquo;h\u00e9licopt\u00e8re jaillit tout soudain devant nous pour se poser sur une petite butte au dessus de nous.<\/p>\n<p>A peu pr\u00e8s au m\u00eame moment arrivait le taxi apportant deux de nos jeunes venus par le train de nuit. L&rsquo;un \u00e9tait un de mes anciens \u00e9claireurs de Versailles: Cyril Palmade, et l&rsquo;autre \u00a0\u00bb un copain \u00a0\u00bb d\u00e9nomm\u00e9 Franck Simonnet. Le copain en question n&rsquo;avait pas vraiment le physique de l&#8217;emploi, cheveux en banane, boucle d&rsquo;oreille, paquet de cigarette dans la poche de la chemise, et sac valise pour porter ses affaires! Je demandai \u00e0 Cyril s&rsquo;il lui avait bien expliqu\u00e9 de quoi il s&rsquo;agissait&#8230; mais il m&rsquo;assura qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas de probl\u00e8me. De toute fa\u00e7on, c&rsquo;\u00e9tait un peu tard pour se poser des questions, et puis nous avions vraiment besoin de main d&rsquo;oeuvre. L&rsquo;avenir devait nous prouver que l&rsquo;habit ne fait pas le moine, et Franck se r\u00e9v\u00e9la un des meilleurs gar\u00e7ons du monde, courageux, serviable, habile, g\u00e9n\u00e9reux et toujours positif.<\/p>\n<p>L&rsquo;h\u00e9licopt\u00e8re partit alors reconna\u00eetre l&#8217;emplacement du chalet, avec \u00e0 son bord Marc et un copilote qui devaient rester l\u00e0 bas pour r\u00e9ceptionner les charges.<\/p>\n<p>Un troisi\u00e8me employ\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;h\u00e9liportage aurait d\u00e9j\u00e0 d\u00fb \u00eatre l\u00e0, venu \u00e0 bord d&rsquo;une camionnette charg\u00e9e d&rsquo;une r\u00e9serve de carburant. Mais il tardait, et un bruit de moteur inutile et \u00e9nerv\u00e9 quelque part dans le plateau nous laissait deviner ce que nous allions apprendre une demi heure plus tard: il s&rsquo;\u00e9tait enlis\u00e9 dans la piste boueuse!<\/p>\n<p>Il m&rsquo;incomba donc d&rsquo;\u00e9tablir la liaison avec l&rsquo;appareil au moyen d&rsquo;un talky walky, et d&rsquo;accrocher les premi\u00e8res charges de bois au moyen de deux \u00e9lingues au crochet de l&rsquo;h\u00e9licopt\u00e8re qui faisait du surplace quelques m\u00e8tres au dessus de nous dans un vent qui tendait \u00e0 vouloir d\u00e9truire notre bel agencement.<\/p>\n<p>Le talky permettait de communiquer avec le pilote. Il arrivait en effet que l&rsquo;h\u00e9licopt\u00e8re d\u00e9colle, puis repose la charge brutalement parce que trop lourde, o\u00f9 au contraire, qu&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;avoir soulev\u00e9e, il se rende compte qu&rsquo;il pourrait prendre 50 kilos de plus, ce qui n&rsquo;\u00e9tait pas n\u00e9gligeable, pouvant permettre de r\u00e9duire en fin de compte le nombre des rotations. <a href=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/HelicoLoin.jpg\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/HelicoLoinp.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"270\" align=\"left\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p>Les objets divers \u00e9taient, eux, mis dans des filets, et les filets vides, comme les \u00e9lingues revenaient pendues au crochet de l&rsquo;h\u00e9licopt\u00e8re, simplement lest\u00e9s avec un gros caillou. C&rsquo;est ce qui constitue un des risques majeurs de l&rsquo;op\u00e9ration, car cette charge l\u00e9g\u00e8re risque \u00e0 tout moment d&rsquo;aller se prendre dans le rotor arri\u00e8re. Le Talky servait aussi aux collaborateurs d&rsquo;inciter le pilote \u00e0 la prudence, en rappelant que l&rsquo;un d&rsquo;eux \u00e9tait tomb\u00e9 la semaine pr\u00e9c\u00e9dente!<\/p>\n<p>\u00c0 Chanin, deux personnes d\u00e9signaient \u00e0 h\u00e9licopt\u00e8re l&rsquo;endroit o\u00f9 il devait d\u00e9poser la charge, se pr\u00e9cipitait d\u00e8s qu&rsquo;elle touchait le sol pour d\u00e9crocher l&rsquo;attache, puis faisait signe \u00e0 l&rsquo;h\u00e9licopt\u00e8re qu&rsquo;il pouvait repartir. Il fallait alors reconstituer bien \u00e0 plat la pile de bois plus ou moins \u00e9croul\u00e9e, et poser dessus des cailloux pour que le vent de l&rsquo;h\u00e9licopt\u00e8re, et le vent naturel fr\u00e9quent en altitude ne vienne pas \u00e9parpiller nos pr\u00e9cieux mat\u00e9riaux dans les ravins.<\/p>\n<p>Les rotations ainsi se succ\u00e9d\u00e8rent toute la matin\u00e9e, de plus en plus lourdes, \u00e0 mesure que l&rsquo;h\u00e9licopt\u00e8re se vidait de son carburant. Une pose pour le d\u00e9jeuner, un plein pour l&rsquo;appareil et c&rsquo;\u00e9tait reparti.<\/p>\n<p>Lorsque l&rsquo;h\u00e9licopt\u00e8re revint pour prendre sa derni\u00e8re charge, il la souleva, resta stationnaire quelques secondes et pilote annon\u00e7a qu&rsquo;il y avait au moins 50 kilos de trop! C&rsquo;\u00e9tait rageant. A plus de mille francs la rotation, \u00eatre oblig\u00e9 d&rsquo;en faire une pour une si petite charge, cela mettait la boite de petit-pois au prix du caviar.<\/p>\n<p>Mais le pilote \u00e9tait un ancien de l&rsquo;arm\u00e9e, et dit qu&rsquo;il allait quand m\u00eame essayer de la prendre. Il s&rsquo;\u00e9leva lentement, puis se mit en route vers Chanin. Quand il disparut derri\u00e8re la cr\u00eate qui nous masquait le chalet d&rsquo;o\u00f9 nous \u00e9tions, nous entend\u00eemes sa voix dire aux autres: \u00a0\u00bb j&rsquo;arrive avec une charge un peu lourde, \u00e9loignez vous, je ne sais pas dans quelles conditions je parviendrai \u00e0 la d\u00e9poser! \u00ab\u00a0. Il faut dire en effet que la charge limitait consid\u00e9rablement sa marge de manoeuvre et qu&rsquo;il perdait toute finesse de pilotage. Il para\u00eet que l&rsquo;arriv\u00e9e fut effectivement assez brutale, mais il n&rsquo;y avait rien de pr\u00e9cieux dans ce dernier chargement et tout \u00e9tait donc pour le mieux.<\/p>\n<p>32 rotations avaient \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaires pour monter les 15 tonnes de mat\u00e9riaux. Une journ\u00e9e enti\u00e8re d&rsquo;h\u00e9liportage rendait notre entreprise difficile \u00e0 cacher, tout le pays \u00e9tait au courant, et les rumeurs d\u00e9marraient tr\u00e8s vivement \u00e0 propos de ces fous qui entreprenaient de reconstruire un chalet abandonn\u00e9 et d\u00e9truit, dans un endroit inaccessible. <a href=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/HelicoPres.jpg\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/HelicoPresp.jpg\" alt=\"H\u00e9liportage\" width=\"265\" height=\"400\" align=\"right\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p>Le travail termin\u00e9, nous ne p\u00fbmes r\u00e9sister \u00e0 la tentation de demander au pilote de nous faire faire un petit tour. C&rsquo;\u00e9tait tout de m\u00eame trop rageant d&rsquo;avoir c\u00f4toy\u00e9 un h\u00e9licopt\u00e8re toute la journ\u00e9e sans avoir pu en profiter un peu. De plus les jeunes qui nous faisait l&rsquo;amiti\u00e9 de se mettre \u00e0 notre service m\u00e9ritaient bien, par avance, d&rsquo;avoir cette exp\u00e9rience l\u00e0.<\/p>\n<p>La ballade d\u00e9passa nos esp\u00e9rances. La sensation de s&rsquo;\u00e9lever dans l&rsquo;air, de voir tout ce pays que je connaissais si bien et dont chaque m\u00e8tre m&rsquo;avait demand\u00e9 sa part de sueur, de s&rsquo;approcher si vite des aiguilles d&rsquo;Arves, d&rsquo;arriver entre la t\u00eate de chat et l&rsquo;aiguille centrale, ayant fait en 5 minutes ce qui nous avait demand\u00e9 une journ\u00e9e enti\u00e8re il y a quelques ann\u00e9es, faire le tour de la \u00a0\u00bb t\u00eate de chat \u00ab\u00a0, passer au ras de la cr\u00eate pour redescendre comme en chute libre au dessus de la basse de Gerbier, tout cela \u00e9tait d&rsquo;une intensit\u00e9 rare. Et pour finir, le pilote nous fit d\u00e9monstration de ses comp\u00e9tences acquise en formation de combat, nous redescend\u00eemes de la Basse de Gerbier jusqu&rsquo;\u00e0 notre point de d\u00e9part, en rase motte en suivant les m\u00e9andre du fond d&rsquo;un petit ravin. Inoubliable.<\/p>\n<p>Mais la journ\u00e9e n&rsquo;\u00e9tait pas finie pour autant, il nous fallait regagner Entraigues avec la Land Rover, puis monter \u00e0 pieds \u00e0 Chanin, un comble.<\/p>\n<p>La mont\u00e9e fut relativement dure. Nous \u00e9tions fatigu\u00e9s, encore tr\u00e8s lourdement charg\u00e9s, et le temps ne faisait que se d\u00e9grader depuis midi. Il faisait de plus en plus frais le vent se levait et il se mit \u00e0 pleuvoir. Les retrouvailles \u00e0 Chanin furent dans la bonne humeur, mais il commen\u00e7ait \u00e0 faire si mauvais que nous nous empress\u00e2mes d&rsquo;entrer dans ce qui restait du chalet pour nous abriter.<\/p>\n<p>Nous \u00e9tions \u00e9puis\u00e9s, Marc avait heureusement d\u00e9j\u00e0 mont\u00e9 une tente de patrouille plus bas, mais il restait encore \u00e0 mettre \u00e0 l&rsquo;abris tout ce qui pouvait craindre la pluie, et \u00e0 faire notre d\u00eener. Ce d\u00eener fait de saucisses et de pur\u00e9e, pris en gelant dans les courants d&rsquo;air humides des ruines du chalet restera sans doute longtemps dans nos m\u00e9moires. Nous \u00e9tions \u00e9puis\u00e9s, gel\u00e9s, et commencions \u00e0 douter de notre entreprise, nous \u00e9tions maintenant coup\u00e9s du monde, livr\u00e9s \u00e0 nous-m\u00eames, c&rsquo;\u00e9tait un projet trop ambitieux, et les \u00e9l\u00e9ments \u00e9taient trop forts.<\/p>\n<p>La nuit sous tente nous offrit un certain repos, mais le lendemain, le temps ne s&rsquo;\u00e9tait pas vraiment am\u00e9lior\u00e9. En un sens, nous nous rend\u00eemes compte de la chance que nous avions eu qu&rsquo;il fasse beau la veille, car le mauvais temps serait venu une journ\u00e9e plus t\u00f4t, le transport par h\u00e9licopt\u00e8re n&rsquo;aurait pu se faire, nous imposant un retard ind\u00e9termin\u00e9 qui aurait pu compromettre s\u00e9rieusement la r\u00e9ussite de nos travaux dans le peu de temps dont nous disposions.<\/p>\n<h4><a name=\"8b\"><\/a>8b. Le d\u00e9montage<\/h4>\n<p>Nous nous \u00e9quip\u00e2mes de cir\u00e9s et nous nous m\u00eemes courageusement au travail. Il fallait d&rsquo;abord monter notre tente de QG avec le po\u00eale que nous d\u00e9sirions maintenant ardemment pour r\u00e9cup\u00e9rer quelque chaleur. Nous m\u00eemes \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur la table r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e de Chanin, les quatre malles dispos\u00e9es contre les murs pour servir de banquette, suivant notre habitude scoute, et le po\u00eale mont\u00e9 \u00e0 la porte. Cela nous donnait d\u00e9j\u00e0 une impression de chez nous, et un confort certes rudimentaire, mais qui nous sembla alors bien pr\u00e9cieux. <a href=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/Demolition.jpg\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/Demolitionp.jpg\" alt=\"D\u00e9montage du chalet\" width=\"400\" height=\"269\" align=\"right\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p>Cela fait, nous nous arm\u00e2mes de pieds-de-biche et d&rsquo;arrache-clous, et nous commen\u00e7\u00e2mes \u00e0 d\u00e9monter le chalet: d&rsquo;abord les t\u00f4les du toit, puis les liteaux, puis les chevrons. Tout bois retir\u00e9 \u00e9tait rang\u00e9 bien pr\u00e9cieusement en ordre, et num\u00e9rot\u00e9 quand c&rsquo;\u00e9tait n\u00e9cessaire de fa\u00e7on \u00e0 savoir o\u00f9 nous l&rsquo;avions pris de fa\u00e7on \u00e0 pouvoir le remettre en place ensuite, ou \u00e0 prendre ses mesures pour le reproduire \u00e0 l&rsquo;identique. Des tonnes d&rsquo;un m\u00e9lange de terre, de foin et de bois pourris fut retir\u00e9 de l&rsquo;int\u00e9rieur, tout objet r\u00e9cup\u00e9rable ou vestige mis pr\u00e9cieusement de c\u00f4t\u00e9, et le reste transport\u00e9 dans une grande poubelle en plastique pour \u00eatre d\u00e9vers\u00e9 au bas du talus. Nous avons m\u00eame achet\u00e9 un fort balais de cantonnier pour nettoyer le superbe dallage en grosses pierres. Mais ce travail commen\u00e7ait avec des pelles, et nous creusions les d\u00e9bris et la terre jusqu&rsquo;\u00e0 trouver le dallage. Nous avons commenc\u00e9 par le fond de l&rsquo;\u00e9table, puis quand nous sommes arriv\u00e9 au niveau de la pi\u00e8ce d&rsquo;habitation, nous avons continu\u00e9 de la m\u00eame fa\u00e7on les travaux de d\u00e9blaiement. Nous avons eu alors la surprise de trouver \u00e9galement un vestige de dallage sur la moiti\u00e9 ouest, alors que nos souvenirs de l&rsquo;\u00e9poque nous laissait plut\u00f4t supposer qu&rsquo;il n&rsquo;y avait que de la terre battue. Pour plus de s\u00fbret\u00e9, nous avons demand\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ancien propri\u00e9taire ce qu&rsquo;il en \u00e9tait. Il nous a assur\u00e9 n&rsquo;avoir jamais vu de dallage dans la cuisine. En fait, c&rsquo;est son p\u00e8re et son grand-p\u00e8re qui l&rsquo;avaient fait, mais l&rsquo;accumulation de boue ramen\u00e9e sous les pieds avait progressivement recouvert ce dallage et il a \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9.<\/p>\n<p>Le tonneau a d\u00fb \u00eatre \u00e9galement nettoy\u00e9, il \u00e9tait en particulier souill\u00e9 par une horrible carcasse de marmotte en d\u00e9composition au fond. Sans doute cette pauvre b\u00eate avait du tomber dedans et n&rsquo;avait pu remonter. Franck s&rsquo;est courageusement d\u00e9vou\u00e9 pour d\u00e9gager tout cela et nettoyer le tonneau. Nous pensions qu&rsquo;il \u00e9tait compl\u00e8tement pourri, et qu&rsquo;il ne gardait plus l&rsquo;eau. Mais en fait il \u00e9tait en ch\u00eane fort \u00e9pais et il s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 en bon \u00e9tat.et tout \u00e0 fait \u00e9tanche. Il n&rsquo;\u00e9tait vide que parce que la gouti\u00e8re du toit avait \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9e, le privant de sa source. Nous avions donc achet\u00e9 et mont\u00e9 un f\u00fbt de 600 litres en remplacement pour rien, mais il \u00e9tait plus prudent d&rsquo;en monter un en profitant de l&rsquo;h\u00e9licopt\u00e8re, parce qu&rsquo;il n&rsquo;aurait pas \u00e9t\u00e9 commode de devoir en monter un sur le dos. <a href=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/DemoFait.jpg\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/DemoFaitp.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"269\" align=\"left\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p>Tout une semaine se passa ainsi dans le gris, travaillant du matin au soir enlevant planche par planche tout ce qui avait constitu\u00e9 le chalet de Chanin. Au fur et \u00e0 mesure du d\u00e9montage, chaque \u00e9l\u00e9ment de la charpente \u00e9tait marqu\u00e9 au feutre et sa place \u00e9tait report\u00e9e sur un plan, avec une estimation de leur \u00e9tat de conservation, puis l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment est soigneusement mis de c\u00f4t\u00e9. M\u00eame les d\u00e9bris devaient \u00eatre not\u00e9s et conserv\u00e9s, afin de pouvoir reconstituer plus facilement \u00e0 l&rsquo;identique l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment endommag\u00e9. En particulier la cave devait \u00eatre remont\u00e9e int\u00e9gralement dans l&rsquo;\u00e9tat, avec sa toiture en t\u00f4les, \u00e0 d\u00e9faut de la couvrir en lauzes ce qui est toujours notre projet. Un plan particuli\u00e8rement d\u00e9taill\u00e9 de la cave est donc dress\u00e9, et chaque t\u00f4le est num\u00e9rot\u00e9e et l&rsquo;ensemble est soigneusement mis \u00e0 part.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/DemoNeige.jpg\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/DemoNeigep.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"273\" align=\"Right\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p>Le 6 juillet apr\u00e8s midi, notre moral fut fortement \u00e9prouv\u00e9. Le d\u00e9montage prenait du temps, les bois \u00e9taient dans un bien plus mauvais \u00e9tat que nous le pensions, il ne restait de notre r\u00eave qu&rsquo;une esp\u00e8ce d&#8217;emplacement informe couvert de terre et de pierres tomb\u00e9es, des tas de bois difformes un peu partout autour, et la neige se mit \u00e0 tomber dans une atmosph\u00e8re sombre et pesante.<\/p>\n<p align=\"Center\"><a href=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/DemoliNuag.jpg\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/DemoliNuagp.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"270\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<h4><a name=\"8c\"><\/a>8c. La reconception d&rsquo;un chalet disparu<\/h4>\n<p>Nous pass\u00e2mes le lendemain presque une journ\u00e9e \u00e0 mettre de l&rsquo;ordre, \u00e0 nettoyer la fouille du chalet, jusqu&rsquo;\u00e0 rendre propre comme un carrelage de salle d&rsquo;op\u00e9ration le dallage que nous avions d\u00e9couvert en dessous des d\u00e9combres. Cela nous fit du bien. Nous entrepr\u00eemes aussi \u00e0 piqueter et de tendre des cordeaux pour marquer l&#8217;emplacement de la structure en bois \u00e0 reconstruire, ce qui n&rsquo;\u00e9tait pas si simple, faute de rep\u00e8res bien pr\u00e9cis.<\/p>\n<p>Une premi\u00e8re surprise nous attendait. Le chalet n&rsquo;\u00e9tait pas parall\u00e9l\u00e9pip\u00e8dique, les restes de murs ext\u00e9rieurs semblaient nous indiquer qu&rsquo;il \u00e9tait plus large devant que derri\u00e8re. L&rsquo;\u00e9tude des 5 fermes de charpente que nous avions soigneusement gard\u00e9es nous confirm\u00e8rent cela.<\/p>\n<p>La seconde surprise \u00e9tait bien plus consid\u00e9rable. Nous savions que le plancher de la grange arrivait \u00e0 peu pr\u00e8s de plein pied en amont du chalet. En regardant bien de pr\u00e8s les pierres qui se trouvaient aux deux angles amont du chalet, nous p\u00fbmes d\u00e9terminer \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 quel niveau devait \u00eatre pos\u00e9s les extr\u00e9mit\u00e9s des deux poutres sabli\u00e8res, ce devait \u00eatre en fait 20 ou 30 cm plus haut que le sol. L&rsquo;avenir nous donnera raison. Nous pr\u00eemes alors notre beau niveau de ma\u00e7on tout neuf: un long tuyau en plastique transparent muni \u00e0 chaque extr\u00e9mit\u00e9 d&rsquo;un r\u00e9servoir, nous rempl\u00eemes le tout d&rsquo;eau, comme il convient, et le principe des vases communiquants devait nous dire \u00e0 quelle hauteur devaient arriver ces grandes poutres \u00a0\u00bb sabli\u00e8res \u00ab\u00a0, c&rsquo;est \u00e0 dire longitudinales. Ainsi nous pourrions tirer un cordeau nous indiquant jusqu&rsquo;\u00e0 quel niveau il fallait reconstruire les murs. Or, nous avions beau faire et refaire la manipulation, l&rsquo;horizontale depuis le fond du chalet arrivait devant \u00e0 plus de 3 m\u00e8tres 50 du sol! Cela ne correspondait \u00e0 rien, ni \u00e0 l&rsquo;habitude des chalets d&rsquo;alpage qui n&rsquo;\u00e9taient pas construits comme des ch\u00e2teaux avec une telle hauteur sous plafond, ni au souvenir que nous en avions que nous pouvions juste passer sous les poutres dans la cuisine, ni aux restes des murs qui ne laissaient pas supposer qu&rsquo;ils aient pu monter aussi haut.<\/p>\n<p>Nous d\u00fbmes donc nous r\u00e9soudre \u00e0 penser que le chalet lui-m\u00eame avait \u00e9t\u00e9 construit en pente: les poutres sabli\u00e8res, le plancher de la grange et tout le toit faisant un angle de plus de 10% par rapport \u00e0 l&rsquo;horizontale! Cela semblait incroyable, aucun d&rsquo;entre nous n&rsquo;avait vu une maison construite ainsi. Nous nous demandions s&rsquo;il \u00e9tait possible que le plancher de la grange soit en pente, comment le toit ferait pour ne pas glisser sur les murs, et si cela ne devait pas donner un aspect pour le moins curieux au chalet.<\/p>\n<p>Lors d&rsquo;une excursion de courses \u00e0 Saint Jean de Maurienne, nous en profit\u00e2mes pour aller poser la question \u00e0 l&rsquo;ancien propri\u00e9taire qui nous assura que plancher \u00e9tait parfaitement horizontal. C&rsquo;\u00e9tait de toute fa\u00e7on impossible, ce n&rsquo;\u00e9tait pas d&rsquo;ailleurs la derni\u00e8re fois que nous le trouvions incapable de r\u00e9pondre \u00e0 une question simple concernant son chalet, soit qu&rsquo;il ait oubli\u00e9, soit qu&rsquo;il n&rsquo;ait jamais fait attention.<\/p>\n<p>Or, il y avait une pente, il fallait bien l&rsquo;admettre. L&rsquo;analyse des photos anciennes le montraient, mais il est vrai que cela ne sautait pas aux yeux, \u00e0 cause de l&rsquo;absence d&rsquo;horizontale dans le paysage tout en pentes. L&rsquo;\u00e9tude des deux portes lat\u00e9rales le confirm\u00e8rent, leur hauts \u00e9taient coup\u00e9s en biais. Il restait \u00e0 savoir de combien il fallait faire la pente en question. Pour cela nous avions que de maigres mais pr\u00e9cieux indices.<\/p>\n<p>D&rsquo;abord, le mur de pierre \u00e0 l&rsquo;Est. Tout le pignon manquait, et le haut en avait \u00e9t\u00e9 en majeure partie tomb\u00e9, emport\u00e9 avec le toit. Mais sur une longueur d&rsquo;environ 1m 50, il semblait offrir une ligne \u00e0 peu pr\u00e8s droite, fait rarissime sur un mur en pierres s\u00e8ches, on put donc supposer qu&rsquo;\u00e0 cet endroit le mur \u00e9tait rest\u00e9 miraculeusement entier. Ensuite notre souvenir que l&rsquo;on tenait debout dans la cuisine de Chanin, et que nous pouvions m\u00eame passer sous les poutres, fait rare dans un chalet d&rsquo;alpage et qui pouvait s&rsquo;expliquer par la relative grande taille de la famille des anciens propri\u00e9taires. Il fallait donc envisager une hauteur de 190 sous les entraits, mais eux-m\u00eames \u00e9tant pos\u00e9s sur une sabli\u00e8re de 20 cm, cela faisait une hauteur de murs de 170 au minimum dans la cuisine. Cela correspondait exactement \u00e0 l&rsquo;alignement du vestige pr\u00e9sum\u00e9 du sommet de mur, et aussi \u00e0 la hauteur des deux portes retrouv\u00e9es, et nous fix\u00e2mes arbitrairement nos cordeaux \u00e0 une hauteur qui devaient \u00eatre exacts \u00e0 gu\u00e8re plus de 4 ou 5 cm pr\u00e8s.<\/p>\n<p>Une autre question nous intriguait: l&rsquo;\u00e9table ne comportait aucune ouverture, et il nous semblait que cela \u00e9tait un peu bizarre, d&rsquo;abord \u00e0 cause de l&rsquo;obscurit\u00e9, et aussi parce que 20 vaches, un mulet, des ch\u00e8vres et des chiens devaient rendre l&rsquo;atmosph\u00e8re un peu lourde. Nous sommes all\u00e9s poser la question \u00e0 l&rsquo;ancien propri\u00e9taire qui nous assura qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas d&rsquo;ouverture dans l&rsquo;\u00e9table, ce que confirma sa soeur, ajoutant que pour l&rsquo;obscurit\u00e9, et bien ils s&rsquo;\u00e9clairaient avec des bougies quand il fallait traire les vaches. Bon, nous avons donc enterr\u00e9 l&rsquo;affaire jusqu&rsquo;\u00e0 ce que l&rsquo;ann\u00e9e suivante, en montrant les photos \u00e0 un neveu des anciens propri\u00e9taires qui y \u00e9tait mont\u00e9 dans sa jeunesse, celui-ci nous fait remarquer que nous avons oubli\u00e9 de faire l&rsquo;ouverture de l&rsquo;\u00e9table sous la porte de la grange. Il se souvenait bien de cette ouverture, puisque le lieu de pique nique habituel alors est justement la plate-forme ensoleill\u00e9e et abrit\u00e9e du vent devant la porte de la grange, et qu&rsquo;il se souvenait avoir laiss\u00e9 tomber son opinel dans cette ouverture et qu&rsquo;il avait du aller le rechercher au fond de l&rsquo;\u00e9table (dans le purin). Les anciens propri\u00e9taires se sont alors souvenu de cette petite ouverture en meurtri\u00e8re, qu&rsquo;ils bouchaient avant de redescendre dans la vall\u00e9e \u00e0 la fin de l&rsquo;\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<h4><a name=\"8d\"><\/a>8d. D\u00e9buts de reconstruction<\/h4>\n<p>Nous f\u00eemes alors deux chantiers distincts. J&rsquo;\u00e9tais responsable de la reconstruction des murs, et Marc devait r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la conception g\u00e9n\u00e9rale et commencer le travail du bois pour reconstituer la structure du chalet et sa charpente. J&rsquo;avais les trois jeunes pour aide, ce qui n&rsquo;\u00e9tait pas de trop, il fallait: fouiller le sol au pied du mur pour retrouver les pierres tomb\u00e9es, aller en chercher d&rsquo;autres dans les pentes qui soient bien carr\u00e9es pour compl\u00e9ter, faire provision de petites pierres pour caler les grosses, et aller chercher incessamment de la terre sur l&rsquo;ar\u00eate proche de Chanin, sur les terriers de Marmottes pour boucher les trous au centre du mur. Cette terre nous semblait meilleure car elle \u00e9tait purement min\u00e9rale, contrairement \u00e0 celle que nous aurions pu prendre contre la maison. La grosse poubelle en plastique \u00e9tait fix\u00e9e sur la claie, un la remplissait et l&rsquo;autre ramenait tant bien que mal cette charge instable de plus de 40 kilos jusqu&rsquo;au pied du mur. Un troisi\u00e8me pr\u00e9parait savamment le m\u00e9lange avec de l&rsquo;eau pour en faire une boue p\u00e2teuse qui devait remplir les interstices. Cette terre en effet n&rsquo;a pas fonction de tenir le mur, chaque pierre devant tenir sur d&rsquo;autres pierres, ou au pire cal\u00e9e par une petite, mais jamais pos\u00e9e sur de la terre qui pourrait partir avec de l&rsquo;eau de ruissellement en d\u00e9truisant le mur, mais de le rendre imperm\u00e9able aux courants d&rsquo;air, et emp\u00eacher que l&rsquo;eau entre dans le mur et le casse ensuite par le gel.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/cayenne.jpg\" alt=\"\" width=\"325\" height=\"145\" align=\"Right\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e0 ce dur travail qu&rsquo;\u00c9tienne participa, le d\u00e9nommant du nom de \u00ab\u00a0Cayenne\u00a0\u00bb quand il vint nous voir pour le week-end du 14 juillet. Parti en fait le vendredi 10 apr\u00e8s le travail, en voiture, il arriva \u00e0 une heure du matin au Pont des Tours, il monta de nuit sous une pluie battante pour installer sa petite tente \u00e0 3h 1\/2 du matin pr\u00e8s des n\u00f4tres. Le matin, s&rsquo;amusant de notre surprise il passa la t\u00eate par la porte de toile et fit le touriste \u00e9gar\u00e9 en disant: \u00ab\u00a0c&rsquo;est bien ici le camping des mouettes? \u00ab\u00a0. Ce nom est rest\u00e9 au replat dit de \u00ab\u00a0la Reine de Chanin\u00a0\u00bb contre le chemin en contrebas du chalet qui accueillit nos sommeils r\u00e9parateurs pendant un mois et demi, et contre lequel nous repassons toujours avec une certaine \u00e9motion.<\/p>\n<p>Pendant ce temps, la m\u00e9t\u00e9orologie ne nous \u00e9tait pas devenue plus favorable. Certains jours, il faisait si froid sous la pluie gel\u00e9e que le po\u00eale fonctionnait en permanence dans la tente de QG et nous devions aller nous r\u00e9chauffer 10 mn toutes les demi-heures, ce qui n&rsquo;avan\u00e7ait gu\u00e8re notre travail.<\/p>\n<p>Nous appr\u00eemes aussi \u00e0 subir les assauts des orages furieux qui s&rsquo;abattirent contre nous. La premi\u00e8re fois, nous f\u00fbmes pris par surprise, un vent d&rsquo;une extr\u00eame violence attaqua notre campement quelques secondes avant l&rsquo;orage proprement dit. La tente de QG mena\u00e7ant s\u00e9rieusement d&rsquo;\u00eatre emport\u00e9e, nous nous accroch\u00e2mes tous \u00e0 la m\u00e2ture et nous avons d\u00fb lutter ainsi pendant de longues minutes pour essayer de la maintenir en place malgr\u00e9 les \u00e9l\u00e9ments. Nous avions tant de mal que nous n&rsquo;e\u00fbmes m\u00eames pas la disponibilit\u00e9 d&rsquo;esprit d&rsquo;avoir peur de la foudre qui tombait avec une violence formidable tout autour de nous dans la montagne, le tonnerre r\u00e9percut\u00e9 \u00e0 l&rsquo;infini dans les parois des ravins qui s&rsquo;\u00e9boulaient dans des bruits d&rsquo;apocalypse. <a href=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/Arcenciel.jpg\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/Arcencielp.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"270\" align=\"Right\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p>Ce premier orage pass\u00e9 nous profit\u00e2mes quelques instants du calme admirable qui suivait et nous nous p\u00e9n\u00e9tr\u00e2mes de la joie d&rsquo;un arc en ciel d&rsquo;une beaut\u00e9 et d&rsquo;une nettet\u00e9 surprenantes, puis nous entrepr\u00eemes de consolider notre QG en y attachant tout autour des chevrons et des grosses pierres \u00e0 chaque angle. Avec l&rsquo;habitude, nous voyions venir ces orages, depuis l&rsquo;Etendart, ils allaient vers la Toussuire, restaient quelques instants au dessus du mont Charvin, puis venaient vers nous. Ils passaient ensuite vers les Aiguilles d&rsquo;Arves, pour tourner dans le fond et revenir sur nous en une deuxi\u00e8me attaque avant de repartir vers le nord. Nous avions alors le temps de v\u00e9rifier le haubanage de notre QG, de rajouter une b\u00e2che au dessus pour am\u00e9liorer l&rsquo;\u00e9tanch\u00e9it\u00e9 qui n&rsquo;\u00e9tait pas suffisante pour de telles pluies, et d&rsquo;\u00eatre pr\u00eats \u00e0 le maintenir si le vent devenait excessif.<\/p>\n<p>Cependant, le travail sur les murs prenait un temps infini. Il est vrai que le temps continuellement mauvais ne nous aidait pas, mais monter un mur avec un choix limit\u00e9 de pierres impossible \u00e0 tailler, et sans l&rsquo;aide d&rsquo;aucun ciment demande de tourner et de retourner des dizaines de pierres avant de trouver celle qui convient et comment la mettre pour qu&rsquo;elle soit bien cal\u00e9e. Certes, nous manquions d&rsquo;exp\u00e9rience, et surtout nous ne connaissions pas la r\u00e8gle qu&rsquo;il faut non pas chercher une pierre pour un emplacement donn\u00e9, mais prendre une pierre quelconque en main et ne pas la reposer \u00e0 terre avant d&rsquo;avoir trouv\u00e9 quelque part dans le mur un endroit pour la mettre. Et puis le travail \u00e9tait de plus en plus difficile \u00e0 mesure que le niveau du mur montait, parce que les pierres du mur \u00e9taient tomb\u00e9es au pied, mais au d\u00e9but, on choisissait automatiquement les plus belles, les plus carr\u00e9es, et il ne restait donc \u00e0 la fin que des pierres difformes ou rondes extr\u00eamement difficile \u00e0 caser (\u00a0\u00bb des t\u00eates de chats \u00ab\u00a0). Il fallut alors redoubler d&rsquo;\u00e9nergie pour aller en chercher d&rsquo;autres. Nous aurions certes pu prendre celles de la cabane du cochon peu au dessus du chalet, mais nous ne voulions pas trop d\u00e9monter cette petite ruine que nous pourrions avoir envie de refaire un jour. Nous sommes all\u00e9s chercher quelques pierres dans les ruines de chalet encore plus haut, mais la descente charg\u00e9 \u00e9tait p\u00e9rilleuse pour les chevilles. Nous all\u00e2mes dons principalement en direction de la source. Marc en particulier excellait dans cet art, et c&rsquo;est gr\u00e2ce \u00e0 lui que quelques pierres presque parfaitement parall\u00e9l\u00e9pip\u00e8dique de plus de 100 kilos ont pu \u00eatre rapport\u00e9es sur la claie (soutenue par quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre) et ont grandement aid\u00e9 \u00e0 faire des pignons de murs bien cha\u00een\u00e9s.<\/p>\n<p>Voyant que nous ne pourrions jamais remettre les murs tous parfaitement en \u00e9tat nous d\u00e9cid\u00e2mes de r\u00e9parer parfaitement les pignons et les parties avanc\u00e9es des murs, mais de laisser provisoirement une partie de mur effondr\u00e9e dans le fond du chalet c\u00f4t\u00e9 est, de ne pas toucher non plus le mur du fond, en talus contre la montagne, ni de toucher \u00e0 la \u00a0\u00bb bulle \u00a0\u00bb dans le mur entre le chalet et la cave: celui-ci n&rsquo;\u00e9tant plus prot\u00e9g\u00e9 par le toit, l&rsquo;eau avait p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, et le gel avait progressivement fait que les deux faces du mur s&rsquo;\u00e9taient \u00e9cart\u00e9es, le gonflant dangereusement. Or il y avait en face, l&rsquo;autre mur de la cave, lui adosser sur le roc, et nous pens\u00e2mes qu&rsquo;il suffirait d&rsquo;\u00e9tayer par un bois en travers de la cave pour que le processus ne s&rsquo;aggrave pas.<\/p>\n<p>Une question \u00e9tait difficile \u00e0 trancher: y avait-il des fondations sous les murs en bois ? Ces murs avaient \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9s depuis longtemps, labourant le sol quand le vent avait tout emport\u00e9, deux tonnes de vieux foin transform\u00e9 par le temps en humus avait recouvert le tout, et finalement les chasseur avaient am\u00e9nag\u00e9 une cabane \u00e0 cet endroit. Les recherches arch\u00e9ologiques ne nous ont apport\u00e9 aucun renseignement, et sur les photos d&rsquo;\u00e9poque il y avait de l&rsquo;herbe trop haute pour voir le bas des murs en bois. Finalement il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 de faire ce qui se fait en g\u00e9n\u00e9ral ailleurs : de poser la structure de ces murs sur un muret de fondation haut de 30 cm. Le chantier est entrepris, \u00e0 l&rsquo;endroit suppos\u00e9, mais m\u00eame \u00e0 l&rsquo;endroit des angles, ou devait \u00eatre pos\u00e9es les fortes colonnes de bois supportant la charpente, on ne trouvait que de la bonne terre, dans laquelle on aurait aimer cultiver des salades, mais bien inqui\u00e9tante comme fondation. (L&rsquo;avenir montrera que cette absence de fondation profonde est une cause d\u00e9j\u00e0 ancienne de la fragilit\u00e9 du pignon du mur est. Il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9moli en 1976, et nous devrons le refaire encore en 2004)<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/Charpentier.jpg\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/Charpentierp.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"264\" align=\"right\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p>La reconstruction des murs avan\u00e7ant bien, nous avons envisag\u00e9 en parall\u00e8le de travailler \u00e0 la restauration de la charpente. Apr\u00e8s un examen attentif de l&rsquo;\u00e9tat des poutres anciennes et de celles que nous avions mont\u00e9es en \u00e9change, il appara\u00eet que la chose sera possible, mais quand m\u00eame un point demeure tout \u00e0 fait inqui\u00e9tant : les deux pannes sabli\u00e8res qui sont rest\u00e9es en partie pos\u00e9e \u00e0 m\u00eame la terre depuis que la toiture s&rsquo;\u00e9tait envol\u00e9e (donc depuis pr\u00e8s de 10 ans) sont en partiellement attaqu\u00e9e par d&rsquo;\u00e9normes et horribles vers blancs. Sinon elles sont assez solides sur une bonne partie de leur longueur et nous avons de quoi en remplacer 7 m sur les 14 m de chacune. Il fallait donc absolument exterminer ces bestioles. On descend pour demander conseil \u00e0 notre quincaillier, et il nous propose contre les \u00ab\u00a0voraces \u00a0\u00bb un produit qui a \u00e0 peu pr\u00e8s le prix du Ch\u00e2teau d&rsquo;Yquem. Providentiellement, \u00c9tienne nous annonce sa visite au m\u00eame moment et nous nous rappelons qu&rsquo;Anne Catherine a trait\u00e9 r\u00e9cemment son parquet avec du produit anti-b\u00eates et qu&rsquo;il lui en reste un bidon de 20 litres. 2 jours apr\u00e8s, \u00c9tienne nous apporte ce pr\u00e9cieux liquide que nous avons mont\u00e9 sur la claie et dont nous avons copieusement badigeonn\u00e9 les poutres et les chevrons attaqu\u00e9s.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le temps progressivement s&rsquo;am\u00e9liorait et il arriva un jour vers le 18 ou 20 juillet que les murs furent pr\u00eats \u00e0 recevoir les poutres et la structure qu&rsquo;ils devaient supporter. Or pendant ce temps l\u00e0; Marc avait bien travaill\u00e9, les cinq fermes et les 3 pannes de la charpente avaient \u00e9t\u00e9 reconstitu\u00e9es, neuves au 2\/3 ou 3\/4, ainsi que la structure des murs en bois. Cela \u00e9tait possible parce que, bien que souvent pourris et inutilisables, les arbal\u00e9triers \u00e9taient n\u00e9anmoins mesurables pour les reproduire \u00e0 l&rsquo;identique. Il put ainsi se rendre compte qu&rsquo;aucune de ces fermes n&rsquo;\u00e9tait semblable, la plus petite \u00e9tant la premi\u00e8re \u00e0 partir de l&rsquo;amont, elles croissaient progressivement vers l&rsquo;aval jusqu&rsquo;\u00e0 la quatri\u00e8me pour r\u00e9duire un peu au niveau de la 5\u00e8me. Mais nous n&rsquo;\u00e9tions plus \u00e0 \u00e7a pr\u00e8s, et nous avions d\u00e9cid\u00e9 de reconstituer exactement Chanin comme il \u00e9tait et nous ne nous pos\u00e2mes donc pas plus de questions.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la triste semaine de d\u00e9molition, de bilan et de d\u00e9blayage, puis les 2 semaines du lent travail de fourmis sur les murs et les \u00e9l\u00e9ments de charpente, enfin, nous avions l&rsquo;impression que notre travail portait ses fruits. Apr\u00e8s une journ\u00e9e de travail \u00e0 monter un mur en pierres s\u00e8ches, on a l&rsquo;impression que l&rsquo;on a fort peu avanc\u00e9, mais d\u00e9j\u00e0 apr\u00e8s la premi\u00e8re journ\u00e9e de mise en place des \u00e9l\u00e9ments de charpentes pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 l&rsquo;avance, le chalet commen\u00e7ait \u00e0 ressembler \u00e0 un chalet. D&rsquo;ailleurs, dans les hameaux de Saint Jean d&rsquo;Arves, et dans ceux d&rsquo;Albiez, les dizaines de paires de jumelles qui surveillaient avec un peu d&rsquo;ironie les travaux de ces jeunes parisiens ne s&rsquo;y sont pas tromp\u00e9s. Le chalet qui avait disparu \u00e0 leurs yeux reparaissait de nouveau, dans un temps raisonnable, et un certain respect s&rsquo;est alors fait sentir dans nos contacts avec les \u00ab\u00a0gens du pays \u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Mais une angoisse nous vint en repensant aux chevrons que nous avions d\u00e9mont\u00e9 et qui nous semblaient fort pourris et souvent impossible \u00e0 r\u00e9utiliser. Nous en avions des neufs, certes, mais nous avions peur qu&rsquo;ils soient en quantit\u00e9 insuffisante. Nous nous voul\u00fbmes alors utiliser les ressources de nos terres. Dans le lot de Chanin, il y a en effet une parcelle qui est bois\u00e9e d&rsquo;\u00e9pic\u00e9as, dans l&rsquo;extr\u00eame limite du bas de la langue de Coirnavan. Marc partit en \u00e9claireur avec un jeune pour aller voir s&rsquo;il pouvait s&rsquo;y trouver des sapins qui pourraient \u00eatre utilis\u00e9s.<\/p>\n<p>Cette reconnaissance donna le signalement de deux sapins abattus de petit diam\u00e8tre tout pr\u00e8s du chemin de Chanin, dans le Motey. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas chez nous, mais il ne manqueraient \u00e0 personne l\u00e0 haut, et personne ne viendrait nous les r\u00e9clamer.<\/p>\n<p>Nous nous offr\u00eemes alors une journ\u00e9e de vacances, avec pour objectif d&rsquo;aller voir les chalets du Vallon, nos plus proches voisin, afin d&rsquo;\u00e9tudier certains d\u00e9tails de construction qui nous manquaient, puis de prendre les deux troncs que Marc avait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9par\u00e9s et \u00e9branch\u00e9s. Cela faisait tout de m\u00eame une promenade de 800m de d\u00e9nivel\u00e9e, mais nous avions une telle habitude de l&rsquo;altitude que faire ce chemin, sans les 30 kilos de sacs habituels nous parut une toute petite promenade. Par contre, remonter les troncs qui n&rsquo;\u00e9taient en fin de compte pas tr\u00e8s secs, et donc fort lourds fut une \u00e9preuve dont nos muscles et nos \u00e9paules meurtries se souviennent encore.<\/p>\n<p>Arriv\u00e9s en haut, sans le dire, nous nous rend\u00eemes compte que ces bois n&rsquo;\u00e9taient pas vraiment utilisables, trop coniques, trop de branches, pas assez secs, ils ne repr\u00e9sentaient pas une solution.<\/p>\n<p>Pour ce qui est des chevrons nous f\u00fbmes vraiment inquiets Sur les 36 chevrons n\u00e9cessaires, nous en avions juste la moiti\u00e9 de neufs, gr\u00e2ce \u00e0 la pr\u00e9voyance de Marc, il y en avait peut-\u00eatre une petite dizaine des anciens r\u00e9cup\u00e9rables en les tournant d&rsquo;un quart de tout pour \u00e9viter le trou pourri de l&rsquo;ancien clou, mais les autres \u00e9taient vraiment mauvais, ou avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 retourn\u00e9s lors d&rsquo;une pr\u00e9c\u00e9dente reconstruction.<\/p>\n<p>Nous pens\u00e2mes alors s\u00e9rieusement \u00e0 ce moment \u00e0 raccourcir le chalet pour retirer la derni\u00e8re partie aval qui avait \u00e9t\u00e9 rajout\u00e9e au d\u00e9but du si\u00e8cle. Cela certes nous fendait le coeur, non pour des raisons d&rsquo;authenticit\u00e9, car le chalet l&rsquo;aurait \u00e9t\u00e9 pratiquement plus ainsi, mais parce qu&rsquo;il se distanciait alors de nos souvenirs.<\/p>\n<p>Nous pr\u00eemes alors le risque de d\u00e9cider de garder le chalet dans sa grande longueur, et d&rsquo;intercaler les chevrons neufs avec les anciens, de fa\u00e7on \u00e0 ce que la force des uns suppl\u00e9e \u00e9ventuellement \u00e0 la faiblesse des autres. Le sort nous favorisa encore dans le fait que en mettant \u00e0 l&rsquo;amont du toit qui \u00e9tait plus petit certains grands nous pouvions couper la partie ab\u00eem\u00e9e, et ainsi nous n&rsquo;e\u00fbmes pas \u00e0 utiliser de bois qui nous sembla incapable de jouer correctement son r\u00f4le.<\/p>\n<p>Un dilemme se posa n\u00e9anmoins \u00e0 nous pour la r\u00e9alisation de ces fermes. Pour remplacer les arbal\u00e9triers pourris, Marc ne disposait que de poutres de 18&#215;18 alors que les originales faisaient plut\u00f4t 15&#215;15. Utiliser tels quels ces gros bois aurait \u00e9t\u00e9 du plus f\u00e2cheux effet. Aussi, ne doutant pas de son habilet\u00e9, je lui demandai s&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas possible, avec la tron\u00e7onneuse de retirer une couche de bois de 3cm sur deux des c\u00f4t\u00e9s&#8230; Et bien il parvint \u00e0 r\u00e9aliser ce chef d&rsquo;oeuvre de pr\u00e9cision. Mais notre go\u00fbt de la perfection ne nous laiss\u00e8rent pas en repos pour autant: les bois neufs \u00e9taient de section carr\u00e9e, alors que les anciens \u00e9taient plut\u00f4t ronds. Alors il y eut en permanence quelqu&rsquo;un avec une plane qui arrondissait les angles des chacune des poutres. Le r\u00e9sultat fut, ma foi, tr\u00e8s satisfaisant.<\/p>\n<h4><a name=\"8e\"><\/a>8e. La charpente<\/h4>\n<p>Tous les bois furent ainsi pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 l&rsquo;avance, afin qu&rsquo;il ne reste plus qu&rsquo;\u00e0 les mettre en place. Les fermes avaient \u00e9t\u00e9 reproduites \u00e0 l&rsquo;identique. Les poutres longitudinales dites: \u00ab\u00a0sabli\u00e8res \u00a0\u00bb avaient aussi de grandes parties pourries dans les endroits o\u00f9 elles avaient repos\u00e9 sur le sol. Les bouts r\u00e9cup\u00e9rables furent gard\u00e9s, et les autres replac\u00e9s par des neufs. Marc fit alors un assemblage en sifflet tronqu\u00e9 du plus bel effet, mais il restait encore \u00e0 maintenir ces assemblages par des clous de charpentiers de 25 cm de long.<\/p>\n<p>Pour quelqu&rsquo;un qui n&rsquo;en a pas l&rsquo;exp\u00e9rience, enfoncer un grand clou de charpentier dans du bois assez dur est l&rsquo;acte le plus d\u00e9sesp\u00e9rant qui soit: immanquablement celui-ci finit par se tordre, et m\u00eame en le redressant, il devient alors presque sans espoir d&rsquo;arriver \u00e0 ses fins. Mais avec de nombreux coups pour rien et beaucoup de clous tordus, je finis enfin par \u00eatre le sp\u00e9cialiste des grands clous. L&rsquo;exp\u00e9rience m&rsquo;avait appris plusieurs choses. D&rsquo;abord que le nombre de coups de marteau que peut supporter un clou, quelle que soit leur force, et limit\u00e9. Probablement que chaque coup \u00e9branle la structure m\u00e9tallique et l&rsquo;\u00e9chauffe. Donc, apr\u00e8s un certain nombre de coups, le clou a naturellement tendance \u00e0 \u00eatre plus fragile. La conclusion est qu&rsquo;il faut prendre un tr\u00e8s gros marteau (nous avions un gros marteau Stanley de 2,5kg) et taper tr\u00e8s fort (le plus juste possible, bien entendu), donner des tas de petits coups et se condamner \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec. La deuxi\u00e8me chose essentielle que l&rsquo;observation m&rsquo;avait apprise, c&rsquo;est que le coup d&rsquo;avant de se tordre, la t\u00eate du clou se penche dans le sens o\u00f9 le clou se tordra juste apr\u00e8s. Il faut donc veiller \u00e0 ce que la t\u00eate du clou reste ou redevienne le plus vite possible perpendiculaire \u00e0 la pointe. Ce qui nous a fait plaisir, c&rsquo;est qu&rsquo;un ami que nous avons rencontr\u00e9 un peu plus tard, et qui lui aussi travaille \u00e0 reconstruire une maison, nous a dit que lui, n&rsquo;arrivait toujours pas \u00e0 planter les pointes de charpentier, et qu&rsquo;il faisait un avant-trou \u00e0 la perceuse. Sans la perspicacit\u00e9 de Louis, nous aurions donc \u00e9t\u00e9 en panne.<\/p>\n<p>Les deux colonnes aux angles avant du chalet furent pr\u00e9par\u00e9es, avec un tenon mortaise pour recevoir la sabli\u00e8re, et les autres colonnes formant les embrasures des portes furent neuves aussi, recopi\u00e9es \u00e0 l&rsquo;identique, en r\u00e9tablissant, comme pour les arbal\u00e9triers un aspect arrondi gr\u00e2ce \u00e0 un travail fastidieux de plane. Mais les anciennes \u00e9taient pourries \u00e0 la base, et nous d\u00fbmes donc inventer leur longueur en fonction de la hauteur de la sabli\u00e8re et des grosses pierres de base que nous avions pr\u00e9par\u00e9es pour les recevoir. Gr\u00e2ce aux traces de tenons mortaises sur les anciennes sabli\u00e8res, nous p\u00fbmes assez pr\u00e9cis\u00e9ment d\u00e9terminer leur emplacement longitudinal. <a href=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/Structure.jpg\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/Structurep.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"256\" align=\"left\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p>Lorsque tous les assemblages en tenons et mortaises furent pr\u00eats, nous install\u00e2mes le tout sur les murs, mais ayant toujours peur que la charpente ne descende sur les murs en pente, nous h\u00e9riss\u00e2mes la partie inf\u00e9rieure des sabli\u00e8res de petits clous que nous noy\u00e2mes dans une \u00e9paisseur de mortier d\u00e9pos\u00e9e sur le fa\u00eete des murs, seul ciment que rec\u00e8le tout le chalet.<\/p>\n<p>Nous marqu\u00e2mes alors les emplacements des fermes et des entraits interm\u00e9diaires, et nous taill\u00e2mes au ciseau \u00e0 bois des mi-bois de quelques centim\u00e8tres pour accueillir les poutres transversales.<\/p>\n<p>C&rsquo;est alors par un beau soleil que nous m\u00eemes avec \u00e9motion la premi\u00e8re ferme sur le chalet. D&rsquo;un coup, il semblait que nous avions avanc\u00e9, et en tout cas \u00e0 coup s\u00fbr notre construction commen\u00e7ait \u00e0 prendre la forme d&rsquo;un vrai chalet, et non plus d&rsquo;une fouille informe. Les quatre autres fermes furent ainsi install\u00e9es successivement, et la m\u00eame \u00e9motion, le m\u00eame plaisir s&#8217;emparait de nous, nous incitant \u00e0 fixer ces instants m\u00e9morables par de nombreuses photos. Le triangle de chaque ferme \u00e9tait assembl\u00e9 sur l&rsquo;herbe, puis d\u00e9plac\u00e9e \u00e0 la force de tous les bras disponibles, mise en place, et maintenue \u00e0 la verticale par deux planches clou\u00e9es provisoirement, en attendant mieux.<\/p>\n<p>Cela \u00e9tant fait, il fallait monter la fa\u00eeti\u00e8re sur les croisillons ce qui ne fut pas une mince affaire. En tirant avec des cordes pass\u00e9es dans le sommet des fermes, nous pouvions facilement parvenir juste en dessous, mais faire passer les croisillons \u00e9tait difficile et relativement dangereux, mais cela fut fait.<\/p>\n<p>Nous nous trouv\u00e2mes alors devant une certaine difficult\u00e9: la fa\u00eeti\u00e8re n&rsquo;\u00e9tait pas d&rsquo;une seule pi\u00e8ce, mais en trois morceaux. L&rsquo;espace compris entre les quatre fermes les plus en amont \u00e9tait en deux morceaux, et la derni\u00e8re tranche qui correspondant \u00e0 l&rsquo;allongement du chalet vers l&rsquo;aval au d\u00e9but du si\u00e8cle \u00e9tait encore un autre morceau. Or il nous sembla \u00e9vident que les coupures devaient se trouver porter sur les fermes pour arriver \u00e0 une certaine solidit\u00e9. Mais nous avions d\u00fb nous tromper quelque peu sur l&#8217;emplacement des fermes, et cela ne correspondait pas bien. Nous v\u00eemes alors qu&rsquo;il suffisait d&rsquo;avancer la fa\u00eeti\u00e8re d&rsquo;environ 80 cm vers l&rsquo;aval pour que tout rendre dans l&rsquo;ordre. Cela supposait qu&rsquo;on coupe le bout aval qui d\u00e9passerait, et qu&rsquo;on fasse une derni\u00e8re petite pi\u00e8ce d\u00e9passant d&rsquo;autant de la ferme amont. <a href=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/Fermes.jpg\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/Fermesp.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"271\" align=\"right\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p>C&rsquo;est alors que nous compr\u00eemes pourquoi cette fa\u00eeti\u00e8re avait miraculeusement \u00e9chapp\u00e9 au pourrissement. Nous m\u00eemes en effet plus de 20 minutes \u00e0 couper \u00e0 la tron\u00e7onneuse le bout qui ne d\u00e9passait pas les 15 cm de diam\u00e8tre. Le bois \u00e9tait dur comme de l&rsquo;acier, elle avait d\u00fb \u00eatre faite dans un bois de sapin de haute altitude aux fibres \u00e9tonnamment serr\u00e9es. Sur ce diam\u00e8tre de 15 cm, nous en compt\u00e2mes plus de 80, ce qui est consid\u00e9rable quand on pense qu&rsquo;en plaine, un sapin de cet \u00e2ge peut atteindre 60 ou 80 cm de diam\u00e8tre! La fa\u00eeti\u00e8re \u00e9tant un \u00e9l\u00e9ment cl\u00e9 de la r\u00e9sistance du chalet, ce n&rsquo;est certainement pas un hasard si un bois d&rsquo;une telle qualit\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 choisi. Mais pour l&rsquo;instant, cela ne nous facilitait pas la t\u00e2che, nous n&rsquo;avions en effet pas envie de redescendre cette grande pi\u00e8ce de bois durement mont\u00e9e en place, et Marc du faire de p\u00e9rilleux exercices de voltige pour r\u00e9aliser son assemblage \u00e0 coup de tron\u00e7onneuse qui parvenait plus \u00e0 faire chauffer sa lame qu&rsquo;\u00e0 couper efficacement le bois. Mais il le fut enfin, et un grand clou maintint la fa\u00eeti\u00e8re sur chaque ferme, pr\u00eate \u00e0 recevoir tout le reste du toit.<\/p>\n<p>C&rsquo;est au cours de ce travail, que le 24 juillet en fin d&rsquo;apr\u00e8s midi nous e\u00fbmes la surprise de voir monter 4 types curieux charg\u00e9s de lourds sacs et coiff\u00e9s de chapeaux \u00a0\u00bb panama \u00a0\u00bb qu&rsquo;ils lan\u00e7aient en l&rsquo;air: c&rsquo;\u00e9taient les routiers de l&rsquo;Oratoire qui nous faisaient une visite. Pendant les deux jours o\u00f9 ils furent pr\u00e9sents, notre chantier ne manqua pas d&rsquo;ambiance! Comme il fallait les occuper, nous les charge\u00e2mes d&rsquo;installer le plancher de la grange. C&rsquo;\u00e9tait un \u00e9l\u00e9ment de s\u00e9curit\u00e9, limitant une \u00e9ventuelle chute du toit \u00e0 la seule hauteur de la grange. Au dessus de la cuisine, nous avions pr\u00e9vu, comme c&rsquo;\u00e9tait habituellement le cas, un planch\u00e9 bouvet\u00e9, pour \u00e9viter que le foin ou quelque courant d&rsquo;air passe entre les planches, et de simples planches pour tout le reste. Le travail n&rsquo;\u00e9tait pas trop technique et ils s&rsquo;en sortirent bien, avec seulement de l&rsquo;aide pour les bords o\u00f9 il fallait faire des d\u00e9coupes subtiles, et parfois un coup de tron\u00e7onneuse pour mettre toutes les planches \u00e0 la longueur voulue. <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/charpente.jpg\" alt=\"\" width=\"208\" height=\"143\" align=\"Right\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>Cependant, l&rsquo;ossature de la charpente se trouva pr\u00eate \u00e0 recevoir les chevrons. Une inspection en d\u00e9tail des anciens, en faisant attention \u00e0 leur \u00e9tat, et \u00e0 leur longueur nous permit d&rsquo;envisager pour chacun la place qui pouvait lui revenir et nous p\u00fbmes ainsi fixer tous les chevrons de deux gros clous, un en haut dans la fa\u00eeti\u00e8re, et un en bas dans la sabli\u00e8re, avec l&rsquo;aide de notre p\u00e8re et de \u00a0\u00bb l&rsquo;instit \u00a0\u00bb Michel Grange qui \u00e9taient mont\u00e9s pour la journ\u00e9e nous voir. Marc les coupa ensuite \u00e0 la bonne longueur.<\/p>\n<p>Vint alors un autre probl\u00e8me que nous avions laiss\u00e9 en suspens, et qui nous prit plus de temps et d&rsquo;\u00e9nergie que nous le pensions. Les fermes devaient en effet \u00eatre maintenues par des \u00ab\u00a0contrevents \u00ab\u00a0: pi\u00e8ces de bois mises en biais, partant du haut d&rsquo;un arbal\u00e9trier pour arriver sur la sabli\u00e8re, afin de trianguler la charpente. Or, ne nous p\u00fbmes n&rsquo;en sauver qu&rsquo;\u00e0 peine trois ou quatre, et nous n&rsquo;avions aucun bois du diam\u00e8tre voulu pour en faire autant en plus, comme il le fallait au minimum.<\/p>\n<p>Mon id\u00e9e fut la suivante: aux jumelles nous pouvions voir que dans le haut de la for\u00eat qui domine Val-Froide dans le R\u00e9vi, il y avait nombre de sapins abattus par des temp\u00eates qui peut-\u00eatre pourraient nous fournir du bon bois et qui auraient en plus l&rsquo;avantage d&rsquo;\u00eatre les plus pr\u00e8s du chalet que l&rsquo;on puisse envisager puisque la for\u00eat culmine l\u00e0 \u00e0 1900m d&rsquo;altitude.<\/p>\n<p>Je partis ainsi avec Alexandre pendant que les autres partaient faire des courses \u00e0 Saint Jean et devaient \u00eatre nombreux pour remonter du mat\u00e9riel dont nous avions besoin. Nous descend\u00eemes le long du Rechet et dans des pentes tr\u00e8s abruptes nous p\u00fbmes effectivement trouver quatre bonnes perches qui correspondaient \u00e0 ce que nous cherchions. La remont\u00e9e fut atroce. Plus de 300m de d\u00e9nivel\u00e9e avec une progression difficile et un \u00e9quilibre sans cesse pr\u00e9caire dans une pente extr\u00eame de plus de 45 degr\u00e9s, et un tronc de plus de 4 m\u00e8tres sur chaque \u00e9paule for\u00e7ant \u00e0 s&rsquo;arr\u00eater en nage tous les dix pas pour les poser verticalement afin de chercher un peu de soulagement. Mais petit \u00e0 petit, nous parv\u00eemes \u00e0 notre but, et ils purent imm\u00e9diatement \u00eatre utilis\u00e9s. Le montage des ces contrevents demandait en plus un savant assemblage en biais fait d&rsquo;autant plus finement que le type de charpente de Chanin \u00e0 simple sabli\u00e8re laisse tr\u00e8s peu de place pour que le contrevent joigne l&rsquo;arbal\u00e9trier \u00e0 la sabli\u00e8re sans emp\u00eacher le passage ult\u00e9rieur des chevrons. Encore aujourd&rsquo;hui, la vue de ces contrevents dans le chalet laisse une sensation curieuse m\u00eal\u00e9 d&rsquo;une peine ind\u00e9l\u00e9bile et d&rsquo;une fiert\u00e9 l\u00e9gitime.<\/p>\n<p>C&rsquo;est tout cela termin\u00e9, et alors que nous commencions \u00e0 reconstituer la charpente de la cave lat\u00e9rale que vint la date du 27 juillet \u00e0 laquelle je devais redescendre pour rejoindre Paris, vacances termin\u00e9es. C&rsquo;\u00e9tait, comme on le pense bien \u00e0 regret. Mais ce que nous avions pr\u00e9vu comme t\u00e2che \u00e0 accomplir pour ce premier mois \u00e9tait exactement accompli, et nous avions alors bon espoir d&rsquo;arriver \u00e0 boucler les travaux dans l&rsquo;\u00e9t\u00e9. Marc pouvait, lui, rester jusqu&rsquo;au 15 ao\u00fbt, avec l&rsquo;aide d&rsquo;une autre \u00e9quipe qui devait arriver une semaine plus tard. Il y avait certes encore du travail, mais il ne semblait pas qu&rsquo;il y aurait encore de grandes d\u00e9cisions de conception \u00e0 prendre. Le principal \u00e9tait fait, et il restait \u00e0 \u00ab\u00a0habiller \u00a0\u00bb le chalet. Nous n&rsquo;avions pas tort dans notre analyse, mais nous sous estimions n\u00e9anmoins le travail qu&rsquo;il restait \u00e0 faire, et aussi, ce qui peut \u00eatre pris pour significatif, le nombre de clous qu&rsquo;il fallait encore planter. Jusqu&rsquo;\u00e0 la fin, il fallut, incessamment monter et remonter des dizaines de kilos de clous, nous ne pouvons dire au juste combien, mais ce qui est certain c&rsquo;est que nous n&rsquo;avions pas pr\u00e9vu le dixi\u00e8me de ce qui fut n\u00e9cessaire!<\/p>\n<p>Nous descend\u00eemes alors tous, mais Marc passa tout au plus une nuit \u00e0 Albiez, pour remonter d\u00e8s le lendemain pour une semaine en solitaire.<\/p>\n<h4><a name=\"8f\"><\/a>8f. La cave<\/h4>\n<p>Pendant toutes les semaines pr\u00e9c\u00e9dentes, nous avions laiss\u00e9 la question de la cave quelque peu de c\u00f4t\u00e9, pensant que si nous \u00e9tions en retard, nous pouvions toujours la remettre \u00e0 une autre ann\u00e9e. Mais les travaux ayant bien avanc\u00e9, nous pens\u00e2mes qu&rsquo;ils serait tout de m\u00eame mieux de la finir avec le reste de la maison, d&rsquo;autant plus qu&rsquo;elle prot\u00e8ge, par sa pente qui se termine au raz du sol, le c\u00f4t\u00e9 du chalet le plus expos\u00e9 aux temp\u00eates. Cela supposait de refaire en plus petit tout le travail que nous avions effectu\u00e9 ces derni\u00e8res semaines.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ainsi que Marc d\u00fb d&rsquo;abord reconstruire le pignon du mur qui \u00e9tait tomb\u00e9. Il le fit en une journ\u00e9e, d\u00e9pla\u00e7ant seul des pierres d&rsquo;une taille insens\u00e9e, et ce travail qu&rsquo;il pensait faire \u00e0 la va-vite fut fait vite, certes, mais largement aussi bien que les autres portions de mur que nous avions refaits. Pour la sabli\u00e8re, il fallut se contenter des restes souvent un peu douteux, mais heureusement, elle ne devait pas supporter une masse importante. Les chevrons, eux, purent rester ceux d&rsquo;origine, en effet, les t\u00f4les \u00e9taient rest\u00e9es et ils avaient donc toujours \u00e9t\u00e9 prot\u00e9g\u00e9s. Des planches de r\u00e9cup\u00e9rations firent effet de liteaux, et il ne restait alors plus qu&rsquo;\u00e0 mettre les t\u00f4les d&rsquo;origine que nous avions mis \u00e0 part pr\u00e9cieusement.<\/p>\n<p>C&rsquo;est alors que les choses se cors\u00e8rent. En effet, malgr\u00e9 le soin mis \u00e0 l&rsquo;ouvrage, la nouvelle cave n&rsquo;avait pas exactement la m\u00eame taille que l&rsquo;ancienne, et il fallut donc retailler toutes les t\u00f4les de bord pour les mettre \u00e0 la bonne dimension. Ce travail fut fort fastidieux, heureusement, Marc n&rsquo;\u00e9tait pas oubli\u00e9 de la vall\u00e9e, notre p\u00e8re monta deux fois, une fois avec un ami estivant, et une autre fois avec Herv\u00e9 Martin dont la force physique et la bonne volont\u00e9 \u00e9taient fort pr\u00e9cieuses.<\/p>\n<p>Ensuite, pendant cette semaine, Marc posa les 3 portes de Chanin. Pour les deux portes du bas, celles de la cuisine et celle de l&rsquo;\u00e9table, nous d\u00e9sirions garder les anciennes portes, et il fallait les consolider un peu, et les mettre en place sur les chambranles neuves mises en places. L\u00e0 encore le quincaillier de Saint Jean de Maurienne, plein de ressources, avait \u00e0 notre disposition les anciens gonds se terminant par un \u00e9norme clou. Fort bien, mais la manoeuvre de mise en place est extr\u00eamement d\u00e9licate, il s&rsquo;agit de planter cette \u00e9norme clou peu commode sur l&rsquo;arr\u00eate de la poutre constituant le chambranle tout en arrivant \u00e0 terme \u00e0 ce que le gond soit en place \u00e0 quelques millim\u00e8tres pr\u00e8s tant dans sa position que dans l&rsquo;alignement avec les autres gonds&#8230; Pour la porte de la grange, tout \u00e9tait \u00e0 refaire, l&rsquo;ancienne ayant \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9e par le vent. Il ne restait plus qu&rsquo;\u00e0 acheter des serrures avec de grosses cl\u00e9s, et de les poser.<\/p>\n<p>Enfin avant d&rsquo;accueillir l&rsquo;\u00e9quipe d&rsquo;Ao\u00fbt, il a fallu reconstituer le stock de nourriture. En effet, les meilleures choses avaient \u00e9t\u00e9 mang\u00e9es, en particulier la consommation de confiture avait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s sous estim\u00e9e, ainsi que celle des bo\u00eetes de couscous tout pr\u00eat et de semoule pour les salades de midi.<\/p>\n<p>Le lundi 3 ao\u00fbt au soir arriv\u00e8rent la seconde \u00e9quipe form\u00e9e de Sophie Lemarchand (future Mme Louis Pernot), de Philippe Bouillaux, et d&rsquo;Emmanuel Ranson. Sophie les avait conduits en Land Rover de Paris, et c&rsquo;est courageusement qu&rsquo;ils entam\u00e8rent la mont\u00e9e de Chanin sous la pluie apr\u00e8s une fatigante journ\u00e9e de voyage. L&rsquo;arriv\u00e9e dans le noir complet, sous une pluie battante dans la tente qui nous servait de cuisine et de s\u00e9jour fut heureusement r\u00e9confortante, avec la chaleur du po\u00eale, un d\u00eener chaud, et le confort des duvets dans la tente de patrouille Partridge. C&rsquo;est seulement le lendemain matin que la nouvelle \u00e9quipe d\u00e9couvre le beau temps, la vue, et le chalet bien avanc\u00e9.<\/p>\n<h4><a name=\"8g\"><\/a>8g. La couverture<\/h4>\n<p>La premi\u00e8re chose \u00e0 faire fut de clouer des liteaux sur les chevrons, et perpendiculaires \u00e0 ceux-ci, de fa\u00e7on \u00e0 pouvoir accueillir ensuite les bardeaux. Ce travail n&rsquo;\u00e9tait pas tr\u00e8s difficile, mais il fallait n\u00e9anmoins souvent interposer des cales \u00e0 cause du fait que les chevrons n&rsquo;avaient pas tous le m\u00eame diam\u00e8tre. Une frayeur n\u00e9anmoins, en commandant les liteaux, j&rsquo;avais simplement multipli\u00e9 le nombre de liteaux pr\u00e9vus pas la longueur du chalet, plus une marge de s\u00e9curit\u00e9. C&rsquo;\u00e9tait un calcul un peu trop simple, et nous nous en sommes rendu compte imm\u00e9diatement. \u00c0 chaque liteau, il y avait une chute plus ou moins importante, en moyenne de 40 cm, multipli\u00e9 par des dizaines, et nous risquions d&rsquo;\u00eatre \u00e0 court. Aussi nous d\u00fbmes choisir pour chaque morceau de bois la place qui lui convient le mieux afin de limiter ces sinistres chutes perdues. Quand on a pas de t\u00eate&#8230;<\/p>\n<p align=\"center\"><a href=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/DebutBardo.jpg\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/DebutBardop.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"195\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p>Pendant ce temps l\u00e0, certains fermaient le bas du chalet en clouant les grosses planches verticales servant de mur ext\u00e9rieur sur les deux fa\u00e7ades qui \u00e9taient en bois, autour des portes et devant. La jonction entre chaque planche recevait de plus un \u00a0\u00bb couvre joint \u00ab\u00a0, planche plus petite clou\u00e9e par dessus pour rendre le mur imperm\u00e9able \u00e0 l&rsquo;air. Il fallait par ailleurs percer dans ces murs un trou rond pour le tuyau de po\u00eale. Ce trou fut prot\u00e9g\u00e9 d&rsquo;une t\u00f4le pour ne pas br\u00fbler le bois avec la chaleur. Et il fallait aussi faire deux ouvertures \u00e0 peu pr\u00e8s carr\u00e9s pour les deux fen\u00eatres. Elles re\u00e7urent leur vitre lorsqu&rsquo;il fut possible d&rsquo;aller en acheter \u00e0 Saint Jean de Maurienne \u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;une course dans la vall\u00e9e. L\u00e0 encore, notre d\u00e9sir d&rsquo;authenticit\u00e9 \u00e9tait h\u00e9ro\u00efque, face \u00e0 cette vue superbe, seulement deux petits fenestrou de 30 cm de c\u00f4t\u00e9 furent perc\u00e9es. \u00c0 l&rsquo;usage cela est en fait excellent, ces fen\u00eatres sont jolies, elles conservent \u00e0 la fa\u00e7ade son v\u00e9ritable aspect alors que des ouvertures agrandies l&rsquo;auraient d\u00e9natur\u00e9es, et cela nous invite \u00e0 sortir pour profiter de la montagne tant par la vue que par nos autres sens.<\/p>\n<p>Et petit \u00e0 petit, les liteaux recevaient leurs bardeaux. Une premi\u00e8re couche fut pos\u00e9e c\u00f4t\u00e9 est, puis une \u00e9paisseur de feutre goudronn\u00e9 pour parfaire l&rsquo;\u00e9tanch\u00e9it\u00e9, puis une seconde, plus difficile \u00e0 mettre parce qu&rsquo;il fallait la clouer au dessus de l&rsquo;autre dans les liteaux, alors que ceux-ci n&rsquo;\u00e9taient plus visibles.<\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e0 ce moment que notre ami M. vint, avec son fils qui lui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 mont\u00e9 une fois pour aider Marc \u00e0 faire la cave. Le travail avan\u00e7a alors \u00e0 une vitesse fulgurante. Les deux premi\u00e8res rang\u00e9es furent clou\u00e9es en quelques heures sur la face du toit qui est du c\u00f4t\u00e9 des portes, \u00e0 l&rsquo;ouest. Mais en posant plus tard la troisi\u00e8me, qui elle, n&rsquo;\u00e9tait pas arr\u00eat\u00e9e par la cave et devait aller jusqu&rsquo;au bout, Marc se rendit compte qu&rsquo;il avaient pos\u00e9 les planches les unes \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des autres, sans se soucier de garder une certaine orthogonalit\u00e9 par rapport \u00e0 l&rsquo;axe du chalet. Or sur le toit de Chanin, aucun c\u00f4t\u00e9 n&rsquo;est parall\u00e8le aux autres, et en continuant ainsi, les bardeaux ne seraient pas arriv\u00e9s parall\u00e8les au bord amont du toit, ce qui aurait \u00e9t\u00e9 du plus f\u00e2cheux effet. Pour r\u00e9parer cela, \u00e0 part de tout d\u00e9faire (ce qui n&rsquo;\u00e9tait pratiquement pas possible avec ces clous galvanis\u00e9s qui sont inarrachables sans d\u00e9truire la planche qu&rsquo;ils maintiennent), la seule solution \u00e9tait de tailler sp\u00e9cialement des bardeaux de forme un peu en trap\u00e8ze, permettant de rattraper sur deux ou trois largeur l&rsquo;angle voulu. Raboter une planche afin que ses deux c\u00f4t\u00e9s ne soient plus parall\u00e8les n&rsquo;est pas tr\u00e8s difficile, mais il ne faut pas oublier que chaque bardeau doit avoir une rainure \u00e0 un centim\u00e8tre des deux bords. Il fallut donc redescendre dans la vall\u00e9e, acheter une nouvelle provision de clous, toujours en quantit\u00e9 insuffisante, et emprunter le bouvet de notre p\u00e8re pour refaire une rainure sur chacun des bardeaux de rattrapage, une fois mis \u00e0 la bonne forme. C&rsquo;\u00e9tait un travail de pr\u00e9cision, relativement difficile, il prit un temps consid\u00e9rable, et il a fait tr\u00e8s certainement perdre le temps qui avait sembl\u00e9 \u00eatre gagn\u00e9. L&rsquo;aspect du toit en a aussi un peu p\u00e2ti, avec cet \u00e9ventail de rattrapage, sans doute invisible par celui qui n&rsquo;y fait pas attention, mais flagrant pour celui qui le d\u00e9plore. Cela n&rsquo;enl\u00e8ve cependant pas l&rsquo;amiti\u00e9 des rares amis qui ont bien voulu non seulement monter par curiosit\u00e9, mais aussi donner du temps et de l&rsquo;\u00e9nergie pour nous aider dans notre entreprise.<\/p>\n<p>La scierie nous avait livr\u00e9 des bardeaux d&rsquo;excellente qualit\u00e9. Ils \u00e9taient bien rouges, ni trop secs ni trop humides selon ce qui nous avait \u00e9t\u00e9 indiqu\u00e9 par le couvreur qui nous a instruit dans la technique du bardeaux. Le cloutage \u00e9tait ainsi ais\u00e9, le bois ne se fendant pas sous les clous. Mais la scierie nous avait livr\u00e9 ces planches non pas dans leur longueur d&rsquo;1m80, ou de 90 cm, mais dans des multiples diverses de ces longueurs, plus une certaine marge. Un des travaux fastidieux consistait donc \u00e0 trier ces planches, et \u00e0 les d\u00e9couper \u00e0 la bonne longueur. C&rsquo;est Pierre-Emmanuel qui se d\u00e9voua pour cette t\u00e2che. Il tria l&rsquo;\u00e9norme volume des planches de toutes longueurs m\u00e9lang\u00e9es lors des diff\u00e9rentes op\u00e9rations du transport et du stockage, puis les empila finement sur une hauteur d&rsquo;1 m 50 entre des piquets plant\u00e9s dans le sol, et les bardeaux furent d\u00e9bit\u00e9s par un ou deux coups de tron\u00e7onneuse. Ensuite ces diff\u00e9rents bardeaux furent stock\u00e9s par longueur exacte \u00e0 20m du chalet, sur le petit replat de la maison du cochon.<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/pignon.jpg\" alt=\"\" width=\"124\" height=\"209\" align=\"left\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>Au cours du travail de couverture, un malencontreux coup de tron\u00e7onneuse dans une ancienne poutre rencontre un de ces gros clous forg\u00e9s qui datent du d\u00e9but du si\u00e8cle, et la lame de la tron\u00e7onneuse devient totalement inutilisable. Or la quantit\u00e9 de bois \u00e0 couper \u00e9tant terrible, il n&rsquo;\u00e9tait pas envisageable de travailler \u00e0 la scie \u00e0 main. Il a fallu toute affaire cessante descendre \u00e0 Saint Jean de Maurienne pour chercher une nouvelle cha\u00eene.<\/p>\n<p>Avant de commencer \u00e0 clouer une longueur de bardeaux, nous choisissions une des longueurs de bardeaux disponibles en stock, on en descendait une quantit\u00e9 suffisante, puis on cloue un liteau \u00e0 la bonne longueur. Il faut alors d\u00e9couper et clouer une longueur de feutre goudronn\u00e9 sur la surface inf\u00e9rieure qui sera recouverte, parfois le vent complique un peu cette entreprise. Une \u00e9quipe de 2 clouteurs s&rsquo;\u00e9quipe alors de marteaux et d&rsquo;une poche pleine de clous galvanis\u00e9s de la longueur ad\u00e9quate. Une des \u00e9chelles est alors attach\u00e9e par des cordes horizontalement en dessous de la surface \u00e0 couvrir. Celui qui cloue le bas de la planche, se tient debout sur le mince rebord que constitue cette \u00e9chelle et cloue \u00e0 travers 3 \u00e9paisseurs de bardeaux dans le liteau, il utilise des clous galvanis\u00e9s de 7 cm de longueur, tout en surveillant que le bardeau est bien \u00e0 cheval sur les deux d&rsquo;en dessous. De mani\u00e8re \u00e0 rester bien \u00e0 cheval, il faut donc choisir dans la pile de bardeaux ceux qui sont par hasard un tout petit peu plus larges ou au contraire un peu plus \u00e9troits. Parfois le d\u00e9calage devient \u00e0 la longue trop grand et on est oblig\u00e9 de couper un bardeau afin de diminuer sa largeur de quelques centim\u00e8tres puis de refaire la gorge au bouvet pour rattraper la diff\u00e9rence. Celui qui cloue en milieu, cloue \u00e0 travers 2 \u00e9paisseurs de bardeaux, dans le liteau, avec des clous galvanis\u00e9s de 5 cm de longueur. Ce cloutage est a une t\u00e2che d\u00e9licate, d&rsquo;abord il ne faut pas fendre le bois avec ces clous assez important, et par ailleurs, m\u00eame avec un cordeau, il n&rsquo;est pas \u00e9vident de ne pas sortir du liteau, il faut alors arracher le clou avant qu&rsquo;il soit trop enfonc\u00e9, et refaire une tentative. Il faut aussi un peu de chance pour ne pas tomber sur les clous des \u00e9paisseurs inf\u00e9rieures. Une longueur de toit correspond \u00e0 une centaine de planches \u00e0 disposer avec ces soins, et il y a 6 longueurs de chaque c\u00f4t\u00e9 du toit, planter un clou devient alors un r\u00e9flexe.<\/p>\n<p>Pendant le travail long et fastidieux du clouage, l&rsquo;habilet\u00e9 de Marc fut encore \u00e0 contribution. Il fallait en effet fermer la grange au pignon amont, et donc reconstituer un chambranle de porte, et faire de toute pi\u00e8ce la porte, alors qu&rsquo;il ne restait \u00e0 peu pr\u00e8s rien d&rsquo;ancien pour copier. Mais le travail sur les photos anciennes put donner une id\u00e9e des proportions, et des restes divers purent donner deux morceaux de vieux gonds pour la porte qui vinrent s&rsquo;engager dans deux parties m\u00e2les achet\u00e9es dans la vall\u00e9e. Et puis Marc voulut aussi faire la cloison int\u00e9rieure qui devait s\u00e9parer la cuisine de l&rsquo;\u00e9curie. Il ne restait aussi pratiquement rien de l&rsquo;ancienne cloison, mais nous nous souvenions qu&rsquo;il existait une porte de communication dans cette cloison. Dans notre souvenir, cette porte avait \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9e, mais il nous avait sembl\u00e9 int\u00e9ressant de r\u00e9tablir cette communication \u00e9vitant de sortir dehors pour aller chercher du bois, des provisions ou des outils dans l&rsquo;\u00e9curie. Marc fit ainsi de toute pi\u00e8ce, en un temps record et avec des chutes de bois une chambranle, et une petite porte tout \u00e0 fait dans le style et parfaitement r\u00e9ussie. L&rsquo;ancienne propri\u00e9taire qui montera quelques ann\u00e9es plus tard nous dit qu&rsquo;en fait cette porte \u00e9tait plus au centre (plus pr\u00e8s du lit) que nous ne l&rsquo;avions pens\u00e9&#8230;) Quant \u00e0 la cloison elle m\u00eame, il n&rsquo;y a pas grand chose \u00e0 en signaler sauf qu&rsquo;il fallait \u00e9tablir une jonction entre le bois et le mur de pierre qui soit la plus ajust\u00e9e possible afin d&rsquo;\u00e9viter les courants d&rsquo;air. C&rsquo;est par un prodige de virtuosit\u00e9 que la tron\u00e7onneuse fit une d\u00e9coupe si parfaite du bois qu&rsquo;on a l&rsquo;impression que le mur de pierre a \u00e9t\u00e9 fait apr\u00e8s le cloison!<\/p>\n<p>D&rsquo;une fa\u00e7on \u00e0 peu pr\u00e8s analogue, Philippe Bouillaux ferma la cave en ajustant une porte fort bien faite, tout \u00e0 fait dans le style. Par la faute de Marc (qui s&rsquo;est simplifi\u00e9 la vie en mettant les gonds, cette porte s&rsquo;ouvre dans le sens contraire de l&rsquo;origine, mais il ne faut pas \u00eatre trop puriste&#8230;)<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/Bardos.jpg\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/Bardosp.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"284\" align=\"right\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p>Et puis, clou apr\u00e8s clou, planche apr\u00e8s planche, le chalet a fini par trouver toute sa couverture et son habillage de bois sur les deux fa\u00e7ades concern\u00e9es. Cette op\u00e9ration \u00e9tait dangereuse pour le chalet, car elle est somme toute assez longue, et qu&rsquo;il fallait \u00e9viter que le chalet n&rsquo;offre une trop grande prise au vent en cas de temp\u00eate. Aussi nous avons constitu\u00e9 2 \u00e9quipes de 2 personnes travaillant en parall\u00e8le \u00e0 la m\u00eame vitesse sur les 2 pignons. Nous avons \u00e9t\u00e9 assez tristes quand nous avons ferm\u00e9 le pignon nord, car \u00e0 cette hauteur, on a vraiment une vue extraordinaire, et les amis de passages nous invitaient tous \u00e0 mettre une grande baie vitr\u00e9e afin de garder cette vue. Souvent, nous nous mettions l\u00e0, face \u00e0 la vall\u00e9e pour admirer la montagne et pour surveiller le chemin (pour voir si quelqu&rsquo;un monte). Mais nous sommes rest\u00e9s incorruptibles afin de laisser \u00e0 Chanin son aspect et son caract\u00e8re.<\/p>\n<p>Le pignon nord est constitu\u00e9 de 2 \u00e9paisseurs de planches superpos\u00e9es. La premi\u00e8re couche a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e en bois neuf, et la seconde en planches de r\u00e9cup\u00e9ration. Pour chaque planche, il y a une d\u00e9coupe \u00e0 faire, sur mesure pour ajuster au bord du toit et faire le tour des liteaux et des poutres, et couper \u00e0 la juste longueur en bas. Le sud \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;origine fait d&rsquo;une seule \u00e9paisseur de planches, mais cela a laiss\u00e9 entrer tant de neige et de pluie dans la grange que le foin pourrissait. Aussi avons nous rapidement pos\u00e9 des couvre-joints comme sur le mur de la cuisine au rez de chauss\u00e9e. Nous avons par ailleurs clou\u00e9 des petites planches pour bloquer l&rsquo;entr\u00e9e du vent dans la grange sous le toit. Cela est bien sur avantageux pour ceux qui dorment dans le foin de la grange, il ne sont ainsi pas dans le courant d&rsquo;air, et de plus cela limite un peu le risque d&rsquo;arrachage de la toiture par une bourrasque. Mais l\u00e0 encore, cette petite entorse \u00e0 l&rsquo;origine supprime l&rsquo;a\u00e9ration naturelle du foin. Le probl\u00e8me est que le foin ramass\u00e9 n&rsquo;est jamais tout \u00e0 fait sec et que la fermentation du foin produit de m\u00e9thane qui, parait-il, risque de s&rsquo;enflammer spontan\u00e9ment, et en tout cas g\u00e2che le foin ramass\u00e9. Aussi avons nous perc\u00e9, quand m\u00eame, une petite ouverture en forme de carr\u00e9 de 10 cm de c\u00f4t\u00e9 sur le pignon nord. Une planchette clou\u00e9e bouche cette ouverture quand elle n&rsquo;est pas utile.<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/devant.jpg\" alt=\"\" width=\"143\" height=\"210\" align=\"left\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>Pour le fa\u00eete du toit, deux possibilit\u00e9s s&rsquo;offraient \u00e0 nous. Traditionnellement, les fa\u00eetes des toits de bardeaux \u00e9taient (\u00e0 peu pr\u00e8s) \u00e9tanches par le d\u00e9passement des planches du c\u00f4t\u00e9 ouest (c\u00f4t\u00e9 des temp\u00eates) sur le c\u00f4t\u00e9 est. Nous aurions donc du faire ainsi. Mais nous avons pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 mettre sur le sommet du toit un fa\u00eete de t\u00f4les. Les deux principales raisons \u00e9taient d&rsquo;abord de garder la silhouette de Chanin telle que nous l&rsquo;avions connue, et la seconde la crainte que la solution traditionnelle n&rsquo;offre pas une \u00e9tanch\u00e9it\u00e9 parfaite, et une trop grande prise au vent au cas o\u00f9 une temp\u00eate farceuse aurait eu l&rsquo;id\u00e9e de souffler de l&rsquo;est. Et puis l&rsquo;id\u00e9e de m\u00ealer le bois et la t\u00f4le nous semblait esth\u00e9tiquement une solution assez heureuse. Des clous galvanis\u00e9s \u00e0 t\u00eate large sp\u00e9cialement pr\u00e9vus pour cet effet servirent alors \u00e0 fixer ces t\u00f4les \u00e0 leur place. Ce travail n&rsquo;\u00e9tait pas trop difficile, mais fort p\u00e9nible parce que la t\u00f4le galvanis\u00e9e n&rsquo;avait pas tellement envie de se laisser percer par les clous et chaque fois qu&rsquo;un se tord, on prend un coup de marteau sur les doigts. Mais en fin, apr\u00e8s 122 coups sur les doigts la fa\u00eeti\u00e8re est en place, et du plus bel effet de solidit\u00e9, d&rsquo;\u00e9tanch\u00e9it\u00e9 et d&rsquo;esth\u00e9tique.<\/p>\n<p>Il ne resta alors plus qu&rsquo;\u00e0 mettre trois grosses serrures aux trois portes de la cuisine, de la cave et de la grange (la porte de l&rsquo;\u00e9curie \u00e9tant ferm\u00e9e de l&rsquo;int\u00e9rieur), et le chalet fut termin\u00e9. Avant de partir nous avons d\u00e9mont\u00e9 la tente de cuisine, mis en place le po\u00eale, la table et les bancs \u00e0 leur place dans la cuisine de Chanin, puis nous avons de nettoy\u00e9, de br\u00fbl\u00e9 les morceaux et les ordures d\u00e9gradables, rentr\u00e9 tout le bois non pourris \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, ainsi que les multiples tentes. <a href=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/FiniFace.jpg\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/FiniFacep.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"284\" align=\"right\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p>Le dimanche 16 ao\u00fbt \u00e0 8 heures du matin par un beau soleil levant \u00e9clairant la fa\u00e7ade nord, et la pleine lune brillant dans le ciel, toute l&rsquo;\u00e9quipe quittait le nouveau Chanin avec une certaine \u00e9motion. Certes une grande satisfaction d&rsquo;avoir accompli un travail consid\u00e9rable les r\u00e9jouissait, mais le r\u00e9sultat \u00e9tait tellement beau qu&rsquo;il \u00e9tait difficile de penser qu&rsquo;on ait pu en \u00eatre la cause. Tout semblait comme si Chanin \u00e9tait ressorti de ses ruines par une sorte de r\u00e9surrection miraculeuse dont les causes nous auraient quelque peu d\u00e9pass\u00e9es. Il \u00e9tait difficile de croire que le r\u00eave qui nous avait hant\u00e9 pendant la moiti\u00e9 de notre vie ait pu enfin se r\u00e9aliser. Or il s&rsquo;\u00e9tait r\u00e9alis\u00e9, et il n&rsquo;en \u00e9tait pas moins beau pour autant, au contraire.<\/p>\n<p align=\"center\"><a href=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/FiniSoleil.jpg\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/FiniSoleilp.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"273\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p>Au cours de l&rsquo;hiver nous sommes mont\u00e9s anxieusement pour voir comment se comportait le chalet apr\u00e8s les premi\u00e8res temp\u00eates d&rsquo;hiver. Tout allait bien, mais la porte de la cuisine avait subi une tentative d&rsquo;effraction de la part d&rsquo;un curieux. Nous avons du d\u00e9tordre la serrure ab\u00eem\u00e9e, puis nous avons pris des mesures un peu plus fortes de protection. D&rsquo;abord en mettant de simples petits volets accroch\u00e9s \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur afin de limiter la concupiscence des gens qui passent. Puis nous avons organis\u00e9 de fermer le chalet en mettant des poutres derri\u00e8re les portes de la cuisine et de l&rsquo;\u00e9table. Mais notre principale protection est peut \u00eatre les bonnes relations que nous avons avec tous ceux qui peuvent fr\u00e9quenter cette montagne, et d&rsquo;en laisser l&rsquo;acc\u00e8s aux \u00e9quipes de chasseurs qui le demanderaient&#8230;<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/Interieur.jpg\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/PhotosNew\/Interieurp.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"271\" align=\"Right\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p>Le travail suivant dans Chanin a \u00e9t\u00e9 de reconstituer le mobilier. En effet, il ne restait du mobilier d&rsquo;origine que la table (\u00e0 restaurer), et deux petits bancs. Sur le mod\u00e8le des 2 anciens lits qui y \u00e9taient \u00e0 l&rsquo;origine, nous en avons fabriqu\u00e9 de nouveaux, bien creux, \u00e0 remplir de foin. Pr\u00e8s du lit qui est contre les murs ext\u00e9rieurs, nous avons selon l&rsquo;habitude locale, tapiss\u00e9 le mur de journaux pour limiter les courants d&rsquo;airs. Enfin, nous avons construit 1 grand banc et quelques petits bancs, et install\u00e9 des \u00e9tag\u00e8res sur le mur pr\u00e8s du po\u00eale. Et enfin, l&rsquo;ann\u00e9e suivante : un buffet pour mettre la vaisselle.<\/p>\n<p>La cave a \u00e9t\u00e9 termin\u00e9e l&rsquo;ann\u00e9e suivante, il lui manquait son plafond. \u00c0 l&rsquo;origine ce plafond \u00e9tait recouvert d&rsquo;une \u00e9paisse couche de terre qui servait d&rsquo;isolation. Mais comme nous n&rsquo;avons pas de beurre ou de tomme \u00e0 conserver dans cette cave, nous n&rsquo;avons pas remis de terre.<\/p>\n<p>Un travail consid\u00e9rable a \u00e9t\u00e9 fait les ann\u00e9es suivantes pour am\u00e9liorer et pour maintenir les chemins. D&rsquo;abord le chemin habituel a \u00e9t\u00e9 est \u00e9largi \u00e0 1 m 50 et d\u00e9barrass\u00e9 des racines croche-pieds. Puis le chemin par la ruine de l&rsquo;Arcosse a \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9 avec grand art dans les broussailles malgr\u00e9 50 ans d&rsquo;abandon, et a \u00e9t\u00e9 a peu pr\u00e8s d\u00e9gag\u00e9.<\/p>\n<p>Dans les projets, il restait encore \u00e0 refaire le toit de la cave avec des lauzes, ce qui est un assez gros travail. Nous attendons aussi que les murs en mauvais \u00e9tat que nous n&rsquo;avons pas refaits en 1992 s&rsquo;\u00e9croulent pour les remonter mais nous avons \u00e9tay\u00e9 la charpente en pr\u00e9vision de cela. Nous pourrions \u00e9galement reconstruire la maison des cochons qui 20 m au dessus Chanin. Enfin, nous sommes toujours \u00e0 tout essayer pour que l&rsquo;\u00e9tang artificiel appel\u00e9 \u00ab\u00a0la gouille\u00a0\u00bb 200 m au dessus de Chanin accepte de garder l&rsquo;eau de pluie&#8230;<\/p>\n<p>Maisa apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 r\u00e9duit pratiquement \u00e0 l&rsquo;\u00e9tait de ruine, Chanin pouvait repartir pour une nouvelle vie. Combien de temps pourra-t-il durer? Personne ne le sait. Et s&rsquo;il a d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pass\u00e9 ses 10 ans, nous savons bien que ce n&rsquo;est pas seulement gr\u00e2ce \u00e0 la qualit\u00e9 de notre travail. De toute fa\u00e7on, si un coup de vent le veut vraiment, rien ne peut r\u00e9sister.<\/p>\n<p>Et puis autre miracle de la continuit\u00e9, nous avons gard\u00e9 avec les anciens propri\u00e9taires de r\u00e9elles relations amicales, depuis pr\u00e8s de 20 ans que nous nous fr\u00e9quentions. Et une fois le pas franchi de nous c\u00e9der le chalet, toute m\u00e9fiance de part et d&rsquo;autre se sont dissip\u00e9es. Nous sommes souvent venu les voir pour leur demander conseil, ou nous faire profiter de leurs souvenirs sur la vie \u00e0 Chanin. En 1993, nous avons pu montrer les photos du chalet reconstruit \u00e0 la grand-m\u00e8re qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9mue de retrouver son chalet comme elle l&rsquo;avait toujours connu, et c&rsquo;\u00e9tait tr\u00e8s peu de temps avant qu&rsquo;elle d\u00e9c\u00e8de. Le fait qu&rsquo;elle reconnaisse son chalet comme elle l&rsquo;avait toujours connu \u00e9tait pour nous une vraie cons\u00e9cration et une validation de notre travail. Et puis pour nous, m\u00eame si nous \u00e9tions officiellement \u00ab\u00a0propri\u00e9taires\u00a0\u00bb de Chanin, il restait toujours un peu le leur, on n&rsquo;efface pas comme \u00e7a des si\u00e8cles d&rsquo;histoire. Et nous leur en avons donn\u00e9 la cl\u00e9. Habitant en face, ils suveillent les all\u00e9es et venues, et m\u00eame si le chalet est \u00e0 vol d&rsquo;oiseau \u00e0 trois kilom\u00e8tres, avec de bonnes jumelles, nous savons ainsi qui et quand y est mont\u00e9. Ce chalet a en fait cr\u00e9\u00e9 des liens v\u00e9ritables entre nous, et une tr\u00e8s fid\u00e8le amiti\u00e9 nous lie avec les anciens propri\u00e9taires, et aussi, une grande consid\u00e9ration (que j&rsquo;esp\u00e8re mutuelle), et, il faut le dire, une r\u00e9elle affection. Cela est un autre miracle de Chanin, et c&rsquo;est bien pr\u00e9cieux, pour nous tout simplement, et aussi parce qu&rsquo;un chalet a une \u00e2me.<\/p>\n<h4><a name=\"8h\"><\/a>8h. La couverture en lauzes<\/h4>\n<p>La temp\u00eate de d\u00e9cembre 1999 qui a frapp\u00e9 durement la France a frapp\u00e9 \u00e9galement Chanin. D&rsquo;autres chalets ont \u00e9t\u00e9 bien plus touch\u00e9s, certains ont m\u00eame \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement d\u00e9molis par cette temp\u00eate.<\/p>\n<p>Monter \u00e0 Chanin l&rsquo;hiver n&rsquo;est pas un petit exercice. En fait il s&rsquo;agit de monter une pente raide pleine de neige et de glace sur 1000m de d\u00e9nivellation. Et une fois en haut, les conditions de vie sont relativement rudes. Il faut s&rsquo;attendre \u00e0 une temp\u00e9rature dans le chalet de -10 \u00b0, au petit matin il n&rsquo;est pas facile de sortir de sa montagne de duvets et de couvertures.<\/p>\n<p>Mais vu du Villard (le village qui est en face de Chanin, vers 1550m d&rsquo;altitude), on remarque avec de fortes jumelles qu&rsquo;un petit quelque chose de bizarre est apparu sur le toit de la cave. Louis se d\u00e9voue pour monter seul voir ce qui se passe l\u00e0 haut. De bon matin, il se lance dans la mont\u00e9e depuis le fond de Vallefroide, franchit un chaos d&rsquo;arbres arrach\u00e9s par la temp\u00eate, monte (avec angoisse de d\u00e9couvrir une toiture d\u00e9plac\u00e9e)&#8230; Il y a effectivement des d\u00e9gats, mais finalement, ce n&rsquo;est pas trop grave puisque la structure elle m\u00eame n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 touch\u00e9e. Une rang\u00e9e de t\u00f4les ont \u00e9t\u00e9 soulev\u00e9es sur le toit de la cave. Nous avons vraiment eu de la chance, parce que cette ouverture dans le c\u00f4t\u00e9 de la toiture le plus expos\u00e9 aux tempr\u00eates aurait bien facilement pu \u00eatre la cause de la perte de toute la toiture. C&rsquo;est ce qui \u00e9tait arriv\u00e9 d\u00e9j\u00e0 une fois \u00e0 Chanin, et c&rsquo;est ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 de nombreux autres chalets. Mais l\u00e0, heureusement, le vent n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 tout \u00e0 fait assez fort pour soulever notre lourde toiture en bardeaux de m\u00e9l\u00e8ze et son chargement de tout ce qui se trouve dans la grange (foin, r\u00e9serve de planches, tonneau).<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir pris des photos pour tenter de faire jouer l&rsquo;assurance, Louis a effectu\u00e9 imm\u00e9diatement une r\u00e9paration de fortune en clouant simplement des planches pour maintenir les t\u00f4les soulev\u00e9es sur le trou du toit. Puis est redescendu en vitesse dans la vall\u00e9e avant la nuit.<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/lauzes2.jpg\" alt=\"\" width=\"253\" height=\"149\" align=\"Right\" \/><\/p>\n<p>Cette aventure nous a d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 poursuivre la restauration de Chanin en refaisant la couverture de la cave en lauzes, comme c&rsquo;\u00e9tait le cas \u00e0 l&rsquo;origine.<\/p>\n<ul>\n<li>Ce sera un avantage d&rsquo;authenticit\u00e9, et d&rsquo;esth\u00e9tique<\/li>\n<li>Mais \u00e9galement, du point de vue de la r\u00e9sistance aux temp\u00eates, il n&rsquo;est pas mauvais d&rsquo;ajouter 5 tonnes de pierres et de bois du c\u00f4t\u00e9 le plus expos\u00e9 aux vents dominants. Peut-\u00eatre que l&rsquo;usage des t\u00f4les pour les couvertures a pr\u00e9cipit\u00e9 la disparition des chalets d&rsquo;altitude. Ce mode de couverture est plus facile \u00e0 mettre en oeuvre, moins cher \u00e0 l&rsquo;achat, bien moins cher \u00e0 transporter, vite construit et vite envoll\u00e9!<\/li>\n<\/ul>\n<p>Dans le printemps et l&rsquo;\u00e9t\u00e9 2000:<\/p>\n<ul>\n<li>nous avons pu trouver un fabriquant de lauzes, + command\u00e9 5 tonnes en vrac<\/li>\n<li>nous avons fait des recherches pour retrouver les techniques de pose traditionnelle dans ce secteur particulier de l&rsquo;Arvan. Les livres, mais surtout une visite d&rsquo;un ancien toit de lauzes dans un \u00e9t\u00e9 de conservation magnifique (ce chalet \u00ab\u00a0Opinel\u00a0\u00bb que nous aimons bien),<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/chanin.net\/images\/lauzes1.jpg\" alt=\"\" width=\"398\" height=\"238\" align=\"Right\" border=\"0\" \/><\/li>\n<li>pris les mesures \u00e0 Chanin des travaux de charpente \u00e0 r\u00e9aliser pour la renforcer en vue de recevoir cette charge suppl\u00e9mentaire + command\u00e9 le bois.<\/li>\n<li>nous avons trouv\u00e9 un hellicopt\u00e8re qui prenne des charges importantes<\/li>\n<li>pr\u00e9vu comment disposer \u00e0 Chanin de perforatrices capable de faire les trous dans les lauzes, et cela sans \u00eatre raccord\u00e9 au r\u00e9seau d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9<\/li>\n<\/ul>\n<p>Suite des travaux de couverture pr\u00e9vue pour l&rsquo;\u00e9t\u00e9 2001&#8230;<\/p>\n<p align=\"Center\">La suite des aventures se trouve dans la page \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/chanin.net\/actu\/actualite.html\">Derni\u00e8res nouvelles<\/a> \u00a0\u00bb et ses archives&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Histoire de la d\u00e9couverte et de l&rsquo;achat de Chanin ou le long chemin pour reprendre un chalet d&rsquo;alpage . (Pour une version abr\u00e9g\u00e9e de l&rsquo;histoire cliquez ici) 1. Les d\u00e9buts 2. Opinel, ou la confirmation 3. La d\u00e9couverte de Chanin 4. Tractations 5. le chalet de la Saussaz 6. Acheter Chanin 7. Les pr\u00e9paratifs de &#8230; <a title=\"une longue histoire\" class=\"read-more\" href=\"http:\/\/chanin.net\/index.php\/histoire-d-une-reconstruction\/\" aria-label=\"En savoir plus sur une longue histoire\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":8,"comment_status":"open","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-24","page","type-page","status-publish"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/chanin.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/24","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/chanin.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/chanin.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/chanin.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/chanin.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=24"}],"version-history":[{"count":17,"href":"http:\/\/chanin.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/24\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":275,"href":"http:\/\/chanin.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/24\/revisions\/275"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/chanin.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=24"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}